L'Avenir Agricole et Rural 24 décembre 2020 a 08h00 | Par Actuagri

« La directive Abeilles doit coller aux réalités du terrain »

Christian Durlin, vice-président de la Commission environnement de la FNSEA, alerte sur les conséquences pour la profession agricole si la révision de l’arrêté « Abeilles » était publié en l’état.

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Pour Christian Durlin, certaines recommandations de l’arrêté Abeilles sont inapplicables.
Pour Christian Durlin, certaines recommandations de l’arrêté Abeilles sont inapplicables. - © FNSEA

Afin d’enrayer le déclin des insectes pollinisateurs (abeilles domestiques et sauvages, bourdons, mouches, ...) et en contrepartie de la réintroduction des néonicotinoïdes, le Gouvernement a lancé, il y a quelques mois, un plan de protection des pollinisateurs. Il a mis en place un "groupe de travail" interministériel qui entend réviser l’arrêté "Abeilles" de 2003 dont une nouvelle version doit être publiée dans les prochaines semaines. La profession agricole alerte contre les conséquences, qui pourraient être désastreuses, si cet arrêté était publié en l’état.

Pourquoi vous opposez-vous à ce plan pollinisateurs ?
Christian Durlin : Nous ne nous opposons pas au plan "pollinisateurs" parce que nous avons besoin de ces insectes pour nos cultures. Nous avons donc tout intérêt à les préserver nous-mêmes. Je rappelle simplement le contexte. Nous souhaitons un plan de pollinisateurs global où tous les volets avancent dans un même pas de temps (bol alimentaire, questions sanitaires, impact phytosanitaire etc.). En février 2019, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) avait rendu un avis sur la protection des abeilles et des autres insectes pollinisateurs.

En quoi ces recommandations vous paraissent-elles contraignantes ?
CD : Pour plusieurs raisons. D’abord, les tests de l’ANSES n’établissent pas scientifiquement de lien précis de cause à effet entre la détection d’un produit phytosanitaire dans une matrice de la ruche et l’impact sur l’affaiblissement ou la mortalité des colonies d’abeilles. Les mortalités massives aiguës d’abeilles citées sont basées sur des déclarations. Il y a une vraie lacune dans le dispositif de surveillance des mortalités d’abeilles en France. On ne sait pas quelles sont les circonstances d’exposition ni les conditions d’utilisation et encore moins la cause de la décroissance de la colonie, qui est aujourd’hui scientifiquement démontrée comme multifactorielle.

Les seules recommandations que l’on nous donne en tant qu’agriculteurs, c’est de ne pas traiter nos cultures. C’est comme si le gouvernement demandait pour réduire drastiquement la mortalité sur les routes de ne plus prendre le volant.

Quelles sont vos demandes ?
CD : Il serait temps de mettre fin à la distorsion de concurrence créée par l’arrêté Abeilles de 2003. En effet, il n’existe qu’en France et nulle part ailleurs en Europe. Il est important de comprendre que toutes ces mesures sont dissuasives pour les firmes qui commercialisent des intrants en France. Sous de nouvelles contraintes réglementaires, elles vont se heurter à des investissements importants pour réaliser les nouveaux tests pour tous les produits et l’obtention de la mention abeille, qui, je le rappelle, s’obtient par usage. Cela va engendrer des parcours administratifs longs et les laboratoires en mesure de réaliser ces tests vont être surbookés.

On l’a vu avec les néonicotinoïdes. Le temps de la recherche n’est pas celui de l’agriculture et encore moins celui du politique. Il est probable que les 2/3 des produits phytos ne soient pas redéposés pour obtenir une dérogation (mention abeilles).

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