L'Avenir Agricole et Rural 17 juin 2010 à 16h03 | Par E. DAUPHIN

Journée technique EMC2 - Produire plus et mieux

La journée d’essais annuelle à laquelle sont conviés tous les agriculteurs travaillant avec la coopérative a eu lieu à Dommartin-le-saint-Père. Malgré une localisation excentrée, on note une excellente participation des agriculteurs venus de l’ensemble du département, entre 170 et 200 personnes.

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L’orge de printemps était la culture qui représentait la meilleure marge. Compte tenu de la chute des prix de l’année dernière, liée à la saturation du marché brassicole, les regards se tournent vers d’autres cultures économes en IFT*. En outre, dans le cadre de souscriptions à la MAE rationnelle ou à l’aide à la diversité de l’assolement, la quatrième culture est source d’investigations.

Cultures porteuses

Le maïs grain : avec le réchauffement climatique

Dans un contexte de réchauffement climatique, le maïs grain prend toute sa place. Les éleveurs sont déjà très outillés et détiennent le savoir-faire sur cette culture qui a révélé un potentiel inespéré à travers les essais réalisés. C’est en outre une culture qui ne demande pas beaucoup de travail. Certes elle a des besoins en eau élevés qui nécessitent parfois une irrigation, et il faut réussir à réduire la quantité de traitement pour en améliorer la rentabilité, mais dans nos départements, le maïs grain a peut-être sa chance, soutenu par un marché porteur.

Tournesol : oisellerie ou oléique ?

Le jour où les colzas vont mal, il y a une solution pas chère du tout, c’est le tournesol. Le marché des huiles sert de moteur, il s’agit d’une culture économe. Sur les 100 ha de l’an dernier, on est arrivé à un tournesol oisellerie de bonne qualité. Il y a en outre un énorme marché en tournesol oléique et on peut se demander pourquoi la Haute-Marne n’en fait pas. Les besoins en température sont identiques à ceux du maïs. Seules les variétés précoces sont cultivables par ici, avec pour objectif une récolte décente en septembre. Il reste toutefois des améliorations à apporter aux variétés en terme de précocité.

En août, les amateurs d’astéracées pourront visiter une plateforme de 500 ha répartis sur trois communes. Un entrepreneur local sème et moissonne. L’engrais a été incorporé le jour du semis. Le traitement sur le rang a été expérimenté. Il y a juste un coup de bineuse à donner avant récolte. C’est une plante qui nécessite peu d’engrais, même dans les sols les plus séchants.

Triticale : le scoop !

100 000 quintaux ont été engagés pour l’an prochain par le responsable «marché». Cette culture crée un précédent au colza et nécessite l’export de la paille. Une bonne nouvelle pour les éleveurs serrés au niveau fourrages. Le triticale est une opportunité dont nous détenons le savoir-faire et qui garantit une régularité de rendement. La contrainte de cette culture reste néanmoins un risque de fusariose accru.

La fertilisation

Potasse et phosphore : de nouvelles normes d’exportation

Le COMIFER (comité français de la fertilisation) a sorti de nouvelles normes d’exportation. Il était temps, car les normes en vigueur dataient de plus de 40 ans ! Les plans de fumure étaient donc inadaptés et un peu excessifs. C’est une bonne nouvelle à l’heure où on cherche à optimiser chaque unité fertilisante. Le prix du PK pourrait rester élevé, la volatilité des cours est liée à des problèmes de disponibilité.

Tous les fourrages des différentes cultures ont été recensés et réanalysés en valeur minérale par le COMIFER afin de recaler les préconisations en matière de fertilisation.

Auparavant, sur un blé à 80 quintaux avec des pailles, on pensait exporter 96 kg de P205 et 144 kg de potasse par tonne de blé. En réalité, on serait plutôt à 61 et 102. Les préconisations vont donc descendre d’autant.

Cette nouvelle donne sera prise en compte par les techniciens conseils d’EMC2. En revanche, le conseil COMIFER sera adapté à la rotation dans son ensemble et pas uniquement à la culture.

L’adoption des normes pousse à décapitaliser le sol en potasse et légèrement en phosphore ; sur les 18 000 analyses de la «ferme EMC2», on atteint une couverture de 100 % en P2O5 et de 80 % des exportations en Potasse, ce qui correspond à la tendance actuelle.

Attention aux extrêmes

Une orge de printemps est moyennement exigeante en potasse, compte tenu de la richesse des sols. Cependant, 40 unités de potasse supplémentaire peuvent faire diminuer d’un point en protéine et par là même faire basculer d’une qualité fourragère à une qualité brassicole. La dose d’azote ne sera pas forcément à l’origine d’un gain, il faut aussi se poser la question de la fertilité. La potasse a, quant à elle, des vertus anti-stress, elle aide à l’alimentation hydrique de la plante.

Il faut donc trouver un juste équilibre afin de ne pas endommager les capacités de production, tout en ajustant les apports pour préserver les marges.

La qualité des fourrages est essentielle en élevage : d’après une enquête menée auprès de soixante-cinq éleveurs, 39 évoquent des problèmes de fécondité, 12 se plaignent de raideur à la mise à l’herbe, de vaches qui ont du mal à tenir debout, de fièvres de lait en dehors des vêlages. Des symptômes liés à une carence en minéraux et notamment à une carence en potassium.

«Certains ont en effet tendance à oublier que la destination des fourrages est l’alimentation animale et qu’à tirer au niveau des engrais, les animaux derrière vont mesurer la qualité de ce que vous leur apportez» affirme le technicien d’EMC2. On peut néanmoins se demander si un complément ciblé à l’auge ne serait pas plus efficace sur le plan économique.

Les évolutions techniques en matière de fertilisation

 

Trois solutions ont été citées :

- l’engrais localisé au pied des plantes permettrait d’en mettre moins et de limiter les pertes et d’augmenter le développement racinaire de surface. Par exemple, pour l’orge de printemps, qui est une culture «explosive», tout doit donc être mis au pied.

- une nouvelle génération d’Activateurs biologiques. En favorisant le développement des bactéries, le PK présent dans le sol est rendu disponible pour la plante. Ces produits ne contiennent pas de phospore, néanmoins les essais semblent concluants. Un essai avec Neutraflore est en place dans le Bassigny. C’est une piste à explorer même si ces produits doivent faire leurs preuves également sur le plan économique.

- les outils de contrôle et de rattrapage. L’analyse foliaire est un élément de diagnostic devenu abordable, au même titre que les analyses de sols et les analyses de fourrages. Il ne faut donc pas hésiter à y faire appel pour redresser la barre à temps en cas de carences.

Il n’y a plus aucun doute, l’agronomie est au service de la réduction d’intrants et de la performance environnementale.

 

* Indicateur de Fréquence de Traitement

Tout est question d’équilibre...

L’objectif du réseau équilibre mis en place par EMC2 est de trouver des réponses techniques en adéquation avec les attentes sociétales et le revenu des agriculteurs. La coopérative fait fonctionner ce réseau d’agriculteurs expérimentateurs sur ses fonds propres.

19 exploitations sont actuellement dans le réseau afin de tester des solutions alternatives. «Les motivations des agriculteurs sont d’ordre économique et environnemental, soit parce qu’ils sont dans une impasse ou parce qu’ils veulent réduire leurs intrants. On a commencé à semer l’hiver dernier avec des expérimentations sur le désherbinage et les antilimaces alternatifs. Les conclusions seront rendues lors des visites d’essais qui auront lieu après les premières récoltes», explique Mathias Sexe, Directeur Agronomie et développement.

Pour l’agriculteur qui souhaite se lancer dans l’aventure, tout commence par un diagnostic complet des assolements, du matériel et du temps de travail. L’expérimentation lui prendra du temps et il devra assumer les risques liés aux changements de pratique, mais il bénéficie de l’appui technique de la coopérative dans sa démarche. Il doit également accepter de partager les résultats.

Au-delà de l’aspect technique, adhérer à un réseau d’expérimentation peut contribuer à redonner un sens au métier, en remettant l’agriculteur en position d’acteur, en partenariat avec sa coopérative.

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