L'Avenir Agricole et Rural 18 septembre 2008 à 00h00 | Par F.Thevenin

JOURNÉE HORSCH - LES COURS A LA MERCI DU CIEL....

Pour les céréaliers, les Journées Pro de Horsch sont des moments privilégiés afin d’aborder, de manière objective, le devenir de l’agriculture dans le monde. La première intervention a été celle de Michaël Horsch, fondateur et PDG de Horsch, autour des atouts et des défis auxquels devra faire face l’ensemble le monde agricole.

Abonnez-vous Réagir Imprimer

«L’an dernier, à la même date, nous avions tous le sourire et nous avions raison de l’avoir». En débutant son intervention, Michaël Horsch évoque la situation d’hier pour mieux expliquer celle de cette année. Il parle, pour l’automne 2008, de retour à la réalité avec des cours de céréales à la baisse, un prix du baril de pétrole qui se stabilise et un dollar qui monte (+ 10 % en trois semaines) et qui permet de maintenir les cours assez élevé.
Pour lui, le véritable handicap est l’explosion du prix des matières premières et plus particulièrement des engrais. Le prix de l’azote a été multiplié par deux et celui du phosphore par trois !
Certains spécialistes expliquent que cette situation va durer. D’autres pensent que non ! Le problème ne viendrait pas d’une sur consommation en Europe mais d’une explosion de la demande en Inde où les agriculteurs touchent des subventions pour acheter des engrais dans le but de tendre vers l’auto-suffisance.
Il serait également possible de produire davantage d’urée en «réouvrant» des usines de fabrication qui avaient été fermées. De la même manière, certains pays arabes cherchent à valoriser leur énergie en fabriquant et en commercialisant un millions de tonne d’urée dans les mois à venir. En d’autres termes, le prix de l’azote pourrait très bien se stabiliser ou baisser dans les six mois à venir.

Le problème phosphore


Si l’azote ne semble pas poser de problèmes, il n’en est pas de même pour le phosphore. L’inquiétude est mondiale et il devient urgent de trouver des alternatives pour, en particulier, des pays comme l’Argentine ou les Etats-Unis qui produisent beaucoup de maïs et de soja ; des productions qui consomment beaucoup de phosphore.
D’après Michaël Horsch, l’Europe pourrait tirer son épingle du jeu de cette situation : «il suffit d’un peu de fantaisie en allant chercher le phosphore là où il se trouve ; c'est-à-dire là où il y a des populations denses et où les écologistes sont intelligents». En fait, il évoque tout simplement l’utilisation des boues et des déchets ménagers des villes. Leur exploitation permettra de donner à l’Europe un avantage concurrentiel par rapport aux autres pays.
Michaël Horsch en profite pour envoyer un message aux hommes et femmes politiques européens mais aussi aux scientifiques : «il est important de réfléchir à long terme et non pas à six mois. Il serait idiot de penser que la pénurie a engendré la hausse des prix et va engendrer une hausse de la production. Cette loi économique n’est pas valable pour les matières premières».

Un marché mondial
toujours tendu

La production mondiale de céréales a franchi le cap des 2 milliards de tonnes en 2004. Depuis, elle n’est jamais redescendue en dessous. Sur ces 2 milliards, 1,5 est produit dans l’hémisphère nord de la planète avec des récoltes de juillet à septembre. Les rendements sont constitués en mai et juin en fonction des pluies régulières sur toute la zone comme cela a été le cas en 2004 et en 2008.
En 2003, l’année avait été plutôt mauvaise avec une production mondiale à 1,86 milliard de tonne. Du coup, en 2004, avec plus de 2 milliards, il a fallu commercialiser 190 millions de tonnes de céréales en plus sachant que la consommation étaient moins élevées qu’actuellement de 150 millions de tonnes. Pour écluser ces tonnages supplémentaires, il a fallu 18 mois !
Par comparaison, en 2007, la production mondiale a été de 2,12 milliards de tonnes pour 2,19 en 2008. Le surplus entre les deux années n’est donc que de 75 millions de tonnes. 60 millions de tonnes s’expliquent une météo plutôt favorable sur toute la planète et le reste par l’augmentation des surfaces et non pas par les engrais ou les investissements.
Entre 2004 et 2008, le surplus est donc deux fois moins élevé et sachant que la consommation ne cesse d’augmenter, il devrait être très rapidement absorbé.

Une sur production
essentiellement européenne


Dans le détail, l’augmentation de la production mondiale de céréales est essentiellement due à l’Europe, à l’Ukraine et à la Russie. A eux seuls, l’augmentation est de 50 millions de tonnes sur les 75 millions. Par exemple, l’Ukraine a augmenté sa production de 50 % en un an. Là-bas, les baux ruraux et le prix des terres sont explosifs et la baisse de cours ne peut que calmer le jeu.
Du côté du maïs dans le monde, la production est de 789 millions de tonnes. La consommation mondiale est de 799 millions de tonne et les stocks encore existants sont de 112 millions de tonnes soit un ratio stock/conso de + 14 % soit une situation très fragile et tendue. Du coup, ceux qui achètent du maïs (Japon, Asie du Sud, Turquie…) sont «nerveux» et, pour se protéger, ils reconstituent leurs stocks. Ainsi, les cours restent et resteront élevés. Remarque : le ratio céréale est de + 16 % et comme il est en dessous de 20 %, la situation est également fragile, à la merci du moindre accident climatique.
En définitive, dans l’avenir, le prix des céréales ne dépendra ni des agriculteurs, ni des spéculateurs, ni des consommateurs mais de la météo. Une sécheresse en Australie (comme cela est souvent le cas), des inondations aux Etats-Unis et un fort hiver autour de la mer noire, la production mondiale de céréales s’effondrerait et les prix pourraient dépasser les sommets de l’an dernier. Par contre, ils n’atteindront plus le plancher des 100 euros la tonne car la consommation est encore appelée à croître.

Une année exceptionnelle !

Fin 2007, début 2008, le marché des machines agricole s’est enflammé et, tout naturellement, l’entreprise Horsch a bénéficié de cet essor en connaissant un développement sans précédent dans le monde entier. Son chiffre d’affaires est désormais de 175 millions d’euros soit une hausse de 70 % par rapport à l’année dernière. Qui dit mieux !
Grâce aux 550 salariés (dont 150 intérims), ce chiffre d’affaires se répartit entre deux genres de produits : les semoirs (75 % du CA) et le travail du sol (25 % du CA). L’entreprise est présente dans 22 pays différents et elle réalise 25 % de son chiffre en Allemagne – son berceau d’origine - et 15 % en France – son premier pays pour l’export –. Viennent ensuite tous les autres dont la Tchéquie, la Slovaquie, l’Ukraine…
Avant même cette augmentation de la demande et grâce à une bonne intuition, Horsch avait investi, en Allemagne, à Ronneburg, dans une production robotisée et une chaîne de montage. L’usine est en fonction depuis janvier 2007. Pour 2009, il est prévu d’élargir le hall de montage de l’usine de Sitzenhof.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. L'Avenir Agricole et Rural se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

L'Avenir Agricole et Rural
La couverture du journal L'Avenir Agricole et Rural n°2522 | novembre 2018

Dernier numéro
N° 2522 | novembre 2018

Edition de la semaineAnciens numérosABONNEZ-VOUS

Les ARTICLES LES PLUS...

Voir tous

Voir tous

Voir tous

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 23 unes régionales aujourd'hui