L'Avenir Agricole et Rural 12 mars 2009 à 11h38 | Par F.Thevenin

JEUNES AGRICULTEURS - « Boîte à outils ou boîte de Pandore »

L'assemblée générale des Jeunes Agriculteurs de Haute-Marne a été l'occasion d'aborder tous les sujets agricoles actuels avec une place privilégiée pour le bilan de santé de la PAC. Compte rendu.

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Lors du débat sur les organisations commune de filières, les échanges ont été constructifs et instructifs. Avec, de gauche à droite, Jean-Paul Fontaine - secrétaire générale des JA Est -, Sébastien Riottot - président des JA Haute-Marne -, Jérôme Bobillet – JA national -, Philippe Mangin – Président de Coop de France et EMC2 -, Stéphane Derango - rayon boucherie Cora – et Joseph Garnotel -économiste-.
Lors du débat sur les organisations commune de filières, les échanges ont été constructifs et instructifs. Avec, de gauche à droite, Jean-Paul Fontaine - secrétaire générale des JA Est -, Sébastien Riottot - président des JA Haute-Marne -, Jérôme Bobillet – JA national -, Philippe Mangin – Président de Coop de France et EMC2 -, Stéphane Derango - rayon boucherie Cora – et Joseph Garnotel -économiste-. - © FREDERIC THEVENIN

Actuellement, le premier sujet de préoccupation des agriculteurs, en général, et des Jeunes Agriculteurs, en particulier, est le bilan de santé 2 010 de la PAC. Pour Sébastien Riottot, le président JA 52, Michel Barnier (et surtout son successeur) s'est doté d'une belle boîte à outils qu'il est possible de confondre avec une boîte de Pandore.
Pour lui, le bilan de la Pac est la cause de la pagaille actuel dans le monde agricole « suite aux nombreuses discussions et efforts de lobbying pour préserver son pré carré dans chaque production et, accessoirement, piquer quelques aides aux collègues ».
Selon Sébastien Riottot, « il ne faut pas se voiler la face. Malgré l'image consensuelle donnée par les instances nationales, personne n'est satisfait du résultat ». Il se désolidarise des JA nationaux en affirmant que la colère gronde dans de nombreux départements. La Haute-Marne en fait partie...

S'exposer à des problèmes graves

Du fait du prélèvement d'une bonne partie des aides nouvellement découplées (SCOP et PMTVA), des millions d'euros seront prélevés en Haute-Marne sur les céréales et la viande bovine avant d'être réaffectés. Sébastien Riottot commente : « prélever des aides sur des secteurs qui ont bien gagné leur vie en 2008 peut paraître équitable. Aider des secteurs comme l'élevage ovin ; pas de problème ! Mais, d'une année à l'autre, tout peut s'inverser. C'est la dure loi du marché et du climat ».
Pour lui, « amputer une partie des revenus, c'est exposer les exploitations agricoles à des problèmes graves ». Néanmoins, il est satisfait de la majoration des aides à l'installation, la généralisation de l'assurance récolte, du plan protéine encore trop frileux et des aides aux fourrages. En fait, le président des JA déplore la hauteur des coupes et la petitesse des redistributions.
Problème : ce bilan de santé est, selon les JA, une simple répétition générale de la réforme de la PAC de 2 013. Ils précisent : « il faudra bien se demander quel degré d'autonomie alimentaire nous voulons en Europe. Broyer du paysan dans nos régions, c'est laisser la place aux importations de pays lointains et souvent beaucoup moins scrupuleux que nous sur les normes en tous genres ».
Dans la même logique, Sébastien Riottot a du mal à comprendre l'obligation d'un repas Bio en cantine alors que le reste de la semaine, les parents ne sont pas toujours regardants... Le problème vient sans doute du fait que le Bio est le seul signe de qualité reconnu par le grand public alors que l'agriculture raisonnée ou les chartes de bonne pratiques mériteraient d'être mieux valorisées.

Et la HVE ?

Pour les JA, l'idée de regrouper tous les sigles de qualification sous la norme Haute Valeur Environnementale est bonne. Mais, ils regrettent les coûts que cela va engendrer alors que de nombreuses exploitations remplissent déjà les critères. Sébastien Riottot émet alors une idée : « pourquoi, pendant que l'on y est, ne pas apposer le sigle Natura 2 000 sur les produits issus de cette zone ? ».
Problème : ce genre de démarches peut être intéressant lors de forts excédents mais dès que le marché se tend, les acheteurs sont prêts à s'approvisionner n'importe où et au moins cher ! Sébastien Riottot regrette alors l'attitude des GMS qui ont su répercuter très rapidement la hausse des prix des matières premières et qui ne savent pas, aujourd'hui, répercuter la baisse. Il insiste : « nous le savions déjà mais il est temps que cet état de fait se vulgarise pour le grand public ».
Le président des JA a ensuite déploré l'attitude des vétérinaires : « ils ont eu l'aval de la préfecture pour pratiquer des tarifs déraisonnables mais travailler à plus de 300 euros de l'heure... il y a de l'abus ». Un peu de compréhension et de solidarité avec les éleveurs aurait été la bienvenue de la part des vétos plutôt que de passer pour des profiteurs.

Nouveau parcours
à l'installation

Tous ces sujets d'inquiétudes ne doivent pas cacher la dynamique JA de Haute-Marne. Le parcours à l'installation a évolué pour être plus proche de l'attente de chacun. Le Point Info devrait pouvoir continuer sa mission d'accueil et d'orientation du futur installé. La forme qu'il a prise l'année dernière semble donner toute satisfaction.
Parmi les changements, le plan de professionnalisation constitue le fait le plus marquant puisqu'il remplace en quelque sorte le stage 6 mois et le stage 50 heures.
Désormais, le jeune recevra une formation en parfaite adéquation avec ses besoins sur une période plus ou moins longue en fonction de son expérience. Il s'agit bel et bien d'un parcours à la carte. Le seul socle commun à tous les candidats sera le stage 21 heures, sur trois jours, qui permettra de faire l'état des lieux du contexte dans lequel le jeune s'installe.
Pour l'avenir, les JA 52 ont comme projet, avec le SDR, le FDSEA et la Chambre, de créer un pôle emploi. Il s'agit d'une mise en commun des moyens humains en apportant chacun son expertise dans son domaine pour proposer aussi bien du remplacement que du complément de main-d’œuvre lors de pic d'activités. Cette structure est en cours de création avec comme objectif de proposer quelque chose de fonctionnel pour le printemps et ainsi répondre à la demande importante pour les travaux d'été.
Les JA militent également pour que tous les services d'élevage de la maison de l'agriculture se rapprochent en un pôle de façon à proposer un guichet unique pour les éleveurs et ainsi faciliter leurs démarches.
Enfin, en matière de communication, les JA 52 vont multiplier les actions dans les écoles et accroître leur présence sur Internet avec notamment l'ouverture d'une page Facebook.

Une redistribution des aides nécessaires mais une méthode discutable

Au sujet du bilan de la PAC et de la redistribution de 1,4 milliard d'euros d'aides en faveur des filières les plus fragiles et l'élevage, Philippe Mangin parle de nécessité incontestable. Par contre, pour lui, la technique pour y parvenir est plus discutable : « 22 % de prélèvements en une seule fois sur les uns pour redistribuer 15 % aux autres est intenable ».
Philippe Mangin estime qu'il aurait fallu de la progressivité et des mécanismes de solidarité entre céréaliers et éleveurs inventés par la profession agricole. Il évoque, par exemple, une solidarité qui passerait par le maillon de l'engraissement. Les céréaliers aideraient l'élevage à condition que les éleveurs « reconstruisent » une filière d'engraissement ; d'où l'importance de relier coopératives céréalières et coopératives d'élevage. Mais pour lui, rien ne se fera sans élan collectif venu des Chambres d'Agriculture, des syndicats ou de la coopération.

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