L'Avenir Agricole et Rural 15 mars 2018 à 09h00 | Par L'Avenir Agricole et Rural

INTERVIEW : MERCOSUR, DES LIGNES ROUGES ONT ÉTÉ FIXÉES

L’Avenir Agricole et Rural a posé quelques questions à Bérangère Abba, députée de la première circonscription de la Haute-Marne, sur des sujets d’actualités comme le Mercosur, l’interdiction du glyphosate ou le parc national.

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Avenir Agricole et Rural :

Le Mercosur va mettre sur le marché français des productions ayant une réglementation différente de la nôtre : glyphosate, OGM, hormones de croissance, etc. Comment peut-on être exigeant avec les producteurs français et dans le même temps signer les accords commerciaux du Mercosur ?

 

Bérangère Abba : Lors des échanges sur l’accord de libre-échange entre les pays d’Amérique du Sud et l’Union européenne, la France a rappelé qu’elle soutenait le principe d’un accord commercial qui permettra, grâce aux exportations, de contribuer au rayonnement du savoir-faire français dans le monde. Mais la France ne signera pas à n’importe quel prix, et pas dans la précipitation.

Cet accord UE-MERCOSUR doit être cohérent avec les engagements pris sur le plan social, environnemental et productif. Il n’est pas question de signer un accord qui favoriserait un acteur industriel ou agricole étranger ayant un modèle social ou un modèle environnemental contraire aux règles auxquelles les agriculteurs français sont soumis.

Des lignes rouges ont été fixées : contrôle de la traçabilité aux frontières, aucune réduction des standards de qualité, des standards sociaux, sanitaires ou environnementaux. Il n’y aura donc jamais de bœufs aux hormones de croissance commercialisés en France, le Président de la République s’y est engagé lors de son discours devant les jeunes agriculteurs le 23 février dernier.

À ce stade, l’accord n’est pas jugé acceptable par la France qui adopte une stratégie défensive pour valoriser nos atouts, et tient sans doute la ligne la plus ferme au sein des négociations. Les échanges sont suspendus depuis le 2 mars dernier, faute d’entente entre les États membres.

Cet accord est conditionné à sa ratification par les parlements nationaux européens. En tant que législateur, je serai particulièrement attentive aux termes de cet accord.

 

AAR : Le glyphosate va être interdit dans 3 ans en France, ce délai n’est-il pas trop court pour trouver des techniques alternatives ?

 

BA : L’engagement pris par le Gouvernement de tendre vers l’interdiction de l’usage des substances dangereuses et vers une agriculture moins dépendante aux pesticides me semble particulièrement bienvenu.

Le glyphosate est une substance classée en mars 2015 par le Centre international de recherche sur le cancer comme agent cancérigène probable pour l’homme. Son utilisation massive est responsable d’une pollution des sols et des milieux aquatiques.

Par ailleurs, des doutes subsistent sur la toxicité des produits à base de glyphosate.

L’impact nocif de cette substance sur l’environnement et la santé humaine justifie largement l’interdiction de l’utilisation du glyphosate sur le principe. Mais cette interdiction doit être interprétée avec souplesse, dans l’intérêt des agriculteurs. Le Gouvernement envisagerait même de prévoir certaines exceptions, pour les agriculteurs qui auraient de sérieuses difficultés à s’adapter.

Le délai de 3 ans prévu permettra de trouver des alternatives techniques, et non chimiques.

Par exemple, un désherbant « naturel » à base de produits végétaux est actuellement en cours de développement en France. Il serait inoffensif pour l’homme et l’environnement selon les premières études réalisées.

Il existe en France un réseau de 3 000 fermes « Dephy » engagées pour travailler avec moins de pesticides. Les résultats montrent que les exploitations n’utilisant pas de glyphosate ont des rendements et des revenus équivalents aux autres.

Pour éviter le risque de créer des distorsions de concurrence, la France doit convaincre l’Europe de fixer une date ferme de sortie du glyphosate.

Afin de connaître l'avis de Bérangère ABBA sur le Parc National, et les circuits courts, consultez notre hebdomadaire de cette semaine, en page 03.

 

Bonne lecture

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