L'Avenir Agricole et Rural 11 avril 2013 à 10h11 | Par L'Avenir Agricole et Rural

INTERVIEW Dominique BARRAU - C’est le prix qui fera la revenu

A la veille de la journée de mobilisation pour l’élevage le 12 avril, la FNSEA revient sur les attentes des éleveurs auprès des pouvoirs publics.

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Dominique Barrau est producteur de lait dans l’Aveyron.
Dominique Barrau est producteur de lait dans l’Aveyron. - © Actuagri
Pour les journées de mobilisation du 12 avril et du 23 juin, le mot d’ordre est «l’élevage : cause nationale», pourquoi ?
DB : Pour le moment, l’augmentation des prix à la production n’a pas été répercutée, les producteurs trinquent. Nous n’en pouvons plus  (Dominique Barrau est producteur de lait dans l’Aveyron Ndlr). J’entends régulièrement des éleveurs me dire qu’ils n’arrivent plus à payer leurs factures, certains abandonnent même l’élevage pour aller vers des productions de blé ou de maïs. Nous irons au bout de nos revendications car c’est le prix qui fera le revenu. Le 12 avril, dans les départements, nous poserons le cahier de doléances chez les préfets et les parlementaires. Le 23 juin, nous discuterons de la problématique de l’élevage avec le citoyen en nous installant à Paris. Nous leur ferons découvrir nos produits locaux et nos animaux. L’idée est de leur faire comprendre que l’élevage est important pour préserver notre agriculture et aussi nos paysages.

Trois réunions sont prévues au mois d’avril (1) entre producteurs, transformateurs et distributeurs sous l’égide du ministère de l’agriculture, qu’attendez-vous de ces rendez-vous ?
DB : Nous attendons de ces tables rondes une prise de conscience. Nous savons qu’il ne sera pas possible de fixer des prix car c’est interdit par la loi, cela est considéré comme une entente. Mais nous devons être capable de prendre en compte l’augmentation des charges. Par exemple, nous avons mené un gros travail sur les accords du 3 mai (accord volontaire pour une meilleure répercussion de la volatilité des cours des matières premières dans les filières animales), on peut se demander si l’on peut intégrer le lait dans ces accords par exemple. Nous voulons des réponses concrètes : est-ce que le ministère de l’environnement va finir par accepter que les normes évoluent afin que nous soyons plus compétitifs ? Sur le prix, va-t-on enfin intégrer la répercussion des charges ? Ce n’est pas si compliqué : prenons le pétrole, quand il augmente,  le prix à la pompe aussi, pourquoi ne serait-ce pas pareil pour l’alimentaire ?

La FNSEA a-t-elle déjà rencontré des enseignes pour discuter de la répercussion des charges ?
DB : Oui, nous avons eu beaucoup de rencontres avec les enseignes locales, certaines nous ont mêmes contactées de leur plein gré, Système U par exemple. D’autres part, Leclerc a bien repéré qu’il manquait 3 centimes au lait mais avec les conditions qu’il propose un accord volontaire sur le prix, il nous amène dans la gueule du loup. Je le répète, nous n’avons pas le droit de nous entendre sur les prix comme ça. Il faut qu’on trouve des solutions ensemble, structurelles et durables.

Est-ce que les prix pour les consommateurs sont susceptibles d’augmenter dans les mois à venir ?
DB : On n’a pas le droit de faire croire aux consommateurs qu’un litre de lait vaut moins cher qu’un litre d’eau. Que la viande porcine, bovine, ovine, les produits avicoles ne valent quasiment rien. Je suis bien conscient du pouvoir d’achat des français mais voilà, l’alimentation a un prix si on veut préserver les éleveurs français.

Lors du congrès de la FNSEA, certaines tensions étaient présentes entre le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll et le syndicat. Cela ne va-t-il pas impacter les négociations ?
DB : En effet, nous avons poussé un coup de gueule pour faire passer les messages, je pense que nous avons été entendus. La situation est grave pour tous les secteurs de l’élevage. Maintenant je fais confiance aux pouvoirs publics, on va vite savoir s’ils ont entendu le message. Le 9 avril, je réunis les secrétaires généraux des associations spécialisés pour préparer la suite et évidemment si les demandes du congrès ne sont pas suivies, nous continuerons les actions.

(1) Les trois réunions se dérouleront le 8 avril pour la filière laitière, le 15 avril pour la filière porcine, et le 18 avril pour l’aviculture.
La PAC, une réponse auxproblèmes des éleveurs ?

La FNSEA déposera un cahier de doléances dans les préfectures et auprès des parlementaires dans les départements et régions le 12 avril. Quatre thèmes y figureront : revaloriser les prix, simplifier les normes environnementales et arrêter toute surenchère réglementaire et fiscale, investir pour assurer l’avenir et enfin un paragraphe intitulé «pour une Pac qui accompagne et redonne des perspectives à l’élevage». Selon le cahier de doléances, la future PAC devra «accompagner les efforts des éleveurs, donner une ambition à l’élevage ainsi qu’une réelle politique économique pour ces filières». Dans ce cadre, la FNSEA fait des propositions. Elle souhaiterait des outils de gestion de marché améliorés dans l’OCM unique. A savoir, des  filets de sécurité recalculés au regard des coûts de production, un observatoire européen des marchés, des volumes et des prix, une organisation des producteurs et des filières renforcée au regard du droit de la concurrence. D’autre part, le syndicat demande des outils de gestion des risques adaptés et efficaces face aux aléas climatiques (fourrages) et sanitaires (fonds de mutualisation). Enfin, un soutien adapté à la situation de l’élevage serait une des solutions à la crise de l’élevage grâce à plusieurs leviers : une convergence interne soutenable par tous, un verdissement pragmatique qui apporte de la souplesse au retournement des prairies afin de sécuriser l’autonomie fourragère, un recouplage nécessaire et indispensable pour le maintien de certaines productions menacées par un DPU aveugle, la prise en compte de l’herbe et la priorité de la compensation des handicaps au sein du 2ème pilier.

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