L'Avenir Agricole et Rural 12 juin 2009 à 14h07 | Par F.Thevenin

INTERVIEW DE LUC CHATEL - “Pour des prix justes et équilibrés”

L’Avenir Agricole et Rural a rencontré le secrétaire d’Etat à l’industrie et à la consommation, pour connaître sa position sur la mise en oeuvre de la loi de modernisation et de l’économie qui fait l’objet d’une frustration grandissante de la part du syndicalisme agricole. Le Ministre défend sa loi mais comprend l’impatience des agriculteurs. Il entend donner de l’impulsion à l’observatoire des prix et des marges.

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Luc Chatel entend favoriser la régulation des filières agricoles.
Luc Chatel entend favoriser la régulation des filières agricoles. - © JL BLONDEL

AAR : Finalement le gouvernement a remis en selle la politique interprofessionnelle en participant à la conclusion d’un accord sur le prix du lait.

Luc CHATEL : Il y a un an, la DGCCRF était intervenue pour sécuriser juridiquement les accords entre les agriculteurs et les industriels qui étaient attaquables par Bruxelles. Un amendement inscrit dans la loi de finances à la demande de Michel BARNIER a permis de relancer la négociation interprofessionnelle, mais elle ne redémarrait pas. Le gouvernement n’est pas intervenu directement dans la conclusion du dernier accord, il a  en revanche, fixé une méthode permettant au CNIEL de proposer des indicateurs.

AAR : Cet accord ne permet pas aux producteurs de dégager une rémunération de leur travail. Peut on en rester là ?

LC : J’ai une conviction, tout en restant «libéral» : le marché du lait ne peut être complètement déréglementé. Car le producteur ne choisit pas son acheteur et je trouve choquant qu’il soit obligé de livrer son produit sans savoir combien il sera payé. Je suis pour un prix juste et équilibré. Un prix qui permet aux agriculteurs et aux industriels de pérenniser leur outil. J’observe que jusque là, l’agroalimentaire a mieux résisté que les autres secteurs à la crise. C’est important pour notre pays.

AAR : La FNSEA et les JA lancent une action pour obtenir, dans un premier temps, la vérité des prix, et surtout des marges, en visant la grande distribution. La Loi de Modernisation de l’Economie (LME), si elle supprime certaines pratiques, ne change pas les rapports de forces. Comme toute règle du jeu il faut un arbitre. Or l’observatoire ne fonctionne toujours pas.

LC : Je voudrais rappeler que la LME n’est pas responsable de la crise actuelle du lait. Le problème est d’abord européen et Michel BARNIER a pris plusieurs initiatives en défendant d’abord le maintien des quotas jusqu’en 2014 et en demandant récemment l’avancement de la clause de rendez-vous actuellement prévue pour 2010.
Mais je comprends l’impatience des agriculteurs à propos de l’observatoire des prix et des marges. Des contrôles ont lieu actuellement par la DGCCRF sur le respect des nouvelles pratiques commerciales qui permet de supprimer les marges arrières unanimement dénoncées. Antérieurement je m’étais aussi opposé aux enchères inversées. Mais il faut effectivement des gardes fous et de la transparence. Avec Christine LARGARDE nous avons décidé d’envoyer des contrôleurs chez certains acteurs de la filière qui ne jouent pas le jeu de la transparence. Il faut que l’observatoire fonctionne, je vais lui donner une impulsion «politique».

AAR : La grande distribution refuse de remettre en cause ses marges et met sous pression ses fournisseurs notamment sur les MDD (marques de distributeurs) et les premiers prix. Quels régulateurs publics envisagez vous ?

LC : Les MDD constituent une part importante du chiffre d’affaires pour un grand nombre de PME. IL faut en tenir compte, mais il faut aussi veiller à ce que les rapports restent équilibrés. La priorité de la DGCCRF est actuellement de contrôler l’application de la LME.
Avec Jean Paul CHARIE, Président de la CEPC (Commission d’Evaluation des Pratiques Commerciales) nous nous sommes opposés, par exemple, à la pratique des marges fixes (NDLR : l’enseigne LECLERC voulait imposer une marge fixe de 25 % quel que soit le prix de revente au consommateur, alignée sur le concurrent le moins cher !).
Nous sommes engagés dans la voie de la modernisation et de la transparence des pratiques commerciales. Il y a déjà eu des sanctions, il y en aura d’autres et elles seront publiées. J’ajouterai que l’agriculture ne peut être dérégulée et le lait en particulier.

Délais de paiement

La Haute Autorité de la concurrence -qui est une structure indépendante- se prononcera avant la fin du mois de juin sur l’extension de l’accord interprofessionnel signé entre la FNSEA, JA, Coop de France, et le Négoce Agricole sur les délais de paiement de l’agrofourniture. L’accord qui prévoyait des aménagements jusqu’en 2012 devrait être validé dans ses grandes lignes, la Haute Autorité demande en effet une étape transitoire en juillet 2009.


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