L'Avenir Agricole et Rural 09 juin 2016 à 08h00 | Par L'Avenir Agricole et Rural

INTEMPÉRIES : INCERTITUDE SUR LA QUALITÉ DE LA RÉCOLTE

La douceur de l’hiver, la fraîcheur du printemps et la forte pluviométrie de ces dernières semaines ont retardé les semis de maïs et développé la présence d’insectes et de champignons dans les parcelles. Le point sur la situation avec les techniciens SEPAC et EMC2.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
- © S LEITENBERGER

Les précipitations ininterrompues depuis plusieurs jours provoquent des excès d’eau dans de nombreuses situations, voire des inondations. Ces pluies interviennent sur des sols déjà bien pourvus en eau avec des conséquences nombreuses : anoxie, maladies ou verse.

 

Les champignons se développent

Jean-François Ferrand, responsable collecte chez SEPAC

«Il y a un bon état végétatif dans les zones argilo-calcaires, le potentiel est en place malgré un salissement important de fin de cycle, mais toutes les terres hydromorphes souffrent. La photosynthèse se fait moins bien à cause de l’asphyxie racinaire, le remplissage sera moindre sur ces parcelles. L’hiver particulièrement doux et l’excès d’eau font apparaître un complexe maladie/ insectes en plaine plus important que les autres années. Les colzas ont fleuri longtemps à cause de l’excès d’eau, ce qui a limité le nombre de siliques par m² mais qui peut être compensé par le pmg.

 

Le pois d’hiver est la culture la plus sinistrée avec de nombreuses parcelles détruites à ce jour. Sur blés, la pression septoriose et rouille jaune est très forte avec des F1 touchés sur certaines variétés. Les conditions humides et douces de l’épiaison, pendant la floraison du blé, suscite des inquiétudes sur la qualité sanitaire. Sur les orges d’hiver, le froid au moment de la méiose a provoqué des avortements de grains, ils ne se remplissent pas et sont attaqués par des champignons de fin de cycle.

La gestion du désherbage, des maladies, de la pression insectes (pucerons) et les types de terre généreront des différences de rendements significatives. Les maïs ne sont pas tous semés, il y a même certaines parcelles qui doivent être re-semées, globalement on a un retard des cultures à floraison estivale : tournesol, soja… Les foins sont tous arrivés à maturité, mais il est difficile de rentrer dans les parcelles et leur qualité n’est pas optimum : sur-maturité, verse, pourriture et présence de terre. La qualité de la récolte est dore et déjà altérée».

 

Un potentiel élevé malgré tout

Ludovic André, technicien agronomie EMC2

« L’eau est tombée au mauvais moment entraînant une floraison des colzas longue et difficile et les parcelles sont touchées par la cylindrosporiose, ces facteurs sont propices à l’expansion du sclérotinia. En blé, les conditions sont favorables au développement de la fusariose des épis et on observe la présence de rynchosporiose sur les orges de brasserie de printemps et d’hiver. Les cultures se re-salissent, particulièrement les graminées avec le développement des populations de vulpins et de folles avoines, mais aussi les gaillets.

Le risque en mycotoxines est élevé pour la récolte des blés. Mais il y a aussi une pression des insectes sur les cultures : les blés et les pois sont victimes des colonies de pucerons. Le froid, l’humidité et la présence de vulpins dans les graminés sont des conditions favorables au développement de l’ergot. Les parcelles de céréales d’hiver à forte densité, en sol profond, à reliquat d’azote significatif et non régulées sont versées ce qui entraînera une perte de rendement.

Il reste des surfaces de maïs qui n’ont pas encore été semés comme dans le secteur du Bassigny. Le désherbage de post-levée des maïs est difficile à réaliser. Les champs sont trop humides, on a donc peu d’enrubannage d’herbe d’effectués. Le potentiel de rendement reste malgré tout élevé, en particulier dans les sols filtrants de type argilo-calcaire, dans la mesure où la protection fongicide aura été faite et que le désherbage aura pu être maîtrisé ».

 

 


ACCROISSEMENT de la bactériose

La douceur des mois de novembre et décembre 2015 a entrainé un très bon développement des pois d’hiver mais le manque de températures fraîches a limité leur endurcissement. Ainsi, les gelées tardives de janvier et février ont fragilisé les plantes, d’autant plus en semis précoce d’octobre où l’avancement du développement était encore plus prononcé. A noter que la présence de la bactérie dans les tissus de la plante favorise les dégâts de gel à des températures basses mais normalement bien supportées par le pois d’hiver (-2°C, -3°C). La répétition des gelées matinales tardives de mars et avril subies par ces plantes plus sensibles au gel et les conditions humides ont encouragé le développement de la maladie. Ce phénomène pourrait expliquer l’agrandissement des foyers touchés voire le dessèchement accéléré des plantes (brulées par le gel).
Il n’existe à ce jour aucun moyen réel de prévention ou de lutte contre la bactériose du pois.
L’évolution future de la maladie dans les parcelles atteintes dépendra des conditions climatiques : l’arrivée d’un temps chaud et plus sec permettra de stopper son évolution. A contrario, le maintien d’un temps froid et humide permettra à la maladie de continuer à se développer.
Les semences contaminées constitueraient le principal mode de transmission de la bactériose. La contamination se fait principalement à partir des gousses malades. La bactérie présente sur la gousse pénètre dans les graines. Cela peut entrainer un avortement des graines en formation. Si les graines sont déjà formées, la bactérie colonise le tégument. Elle pourrait rester ainsi dans les graines à l’état dormant pendant au moins 3 ans. Les semences pourraient également être contaminées par les poussières au moment de la récolte. La contamination de la plantule a lieu par contact au moment de la germination et est favorisée par l’humidité du sol. La bactérie peut également être transmise d’une parcelle à l’autre par les machines. Une fois sur la plante, la bactérie peut vivre et se multiplier sans être pathogène. Durant cette période, la population bactérienne peut augmenter considérablement. La bactérie est disséminée sur de plus ou moins longue distance par le vent, la pluie ou les eaux d’irrigation et peut ainsi rapidement coloniser toute une culture sans occasionner de dommages. Elle ne devient pathogène que si elle pénètre dans les tissus de la plante. Si les conditions sont favorables (blessure, fraîcheur et humidité) la maladie peut se développer sur une culture en une ou deux semaines. Elle peut être stoppée en conditions chaudes et sèches mais réapparaitre si les conditions deviennent à nouveau favorables.

Méthodes de lutte

L’utilisation de semences saines est recommandée. En France, seul un contrôle sanitaire des semences permet de garantir l’absence de la bactérie, la bactériose ne faisant pas partie du cahier des charges des semences certifiées. Ce contrôle sanitaire peut être réalisé par le GEVES. L’enfouissement des débris de culture et la destruction des repousses de pois sont également recommandés pour limiter les contaminations primaires. L’utilisation de variétés résistantes au froid ainsi que les semis tardifs permettent de prévenir le risque de bactériose en limitant les dégâts de gel. Il est également conseillé d’éviter les interventions mécaniques pouvant blesser les plantes (roulage, passage de la herse étrille...).
Le comportement des variétés face à la bactériose n’est pas un critère évalué lors de leur inscription à ce jour.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. L'Avenir Agricole et Rural se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

L'Avenir Agricole et Rural
La couverture du journal L'Avenir Agricole et Rural n°2462 | septembre 2017

Dernier numéro
N° 2462 | septembre 2017

Edition de la semaineAnciens numérosABONNEZ-VOUS

Les ARTICLES LES PLUS...

Voir tous

Voir tous

Voir tous

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 21 unes régionales aujourd'hui