L'Avenir Agricole et Rural 10 mai 2013 à 10h37 | Par L'Avenir Agricole et Rural

INTEMPÉRIES EN HAUTE MARNE - L’heure du constat

Alors que le département est placé en vigilance orange par la Préfecture suite à l’excès d’eau des dix derniers jours, la zone sinistrée à proximité de Fayl Billot après avoir fait face à l’urgence, dresse l’inventaire des dégâts.

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 (© Estelle Dauphin)  © ESTELLE DAUPHIN  © ESTELLE DAUPHIN La quasi-totalité des colza en boutons littéralement décapités par la grêle © ESTELLE DAUPHIN  © ESTELLE DAUPHIN  © ESTELLE DAUPHIN  © ESTELLE DAUPHIN  © ESTELLE DAUPHIN  © ESTELLE DAUPHIN  © ESTELLE DAUPHIN Parcelle de ray-grass saccagée à la veille de la récolte. Il n'existe pas de système d'a&ssurance pour l'herbe © ESTELLE DAUPHIN  © ESTELLE DAUPHIN  © ESTELLE DAUPHIN  © ESTELLE DAUPHIN  © ESTELLE DAUPHIN Une orge proche de l'épiaison qui quelques heures auparavant mesurait 50 com complètement hachée © ESTELLE DAUPHIN  © ESTELLE DAUPHIN  © ESTELLE DAUPHIN Vingt quatre heures après la tempête et malgré la douceur de la température, on peut encore observer des accumulations de grêlons, ici dans une parcelle de maïs lessivée. © ESTELLE DAUPHIN  © ESTELLE DAUPHIN  © ESTELLE DAUPHIN  © ESTELLE DAUPHIN  © ESTELLE DAUPHIN Accumulation de grêlons vingt quatre heures après la tempête. On devine le niveau de la crue sur les barbelés ainsi que sa force, au piquet défoncé © ESTELLE DAUPHIN Les fosses envahies par le flux d'eau ont débordé dans les bâtiments d'élevage. © ESTELLE DAUPHIN  © ESTELLE DAUPHIN  © ESTELLE DAUPHIN  © ESTELLE DAUPHIN  © ESTELLE DAUPHIN On distingue clairement la trajectoire de la coulée de boue en provenance du champ de maïs voisin ainsi que l'accumulatin de terre au fond du parc. © ESTELLE DAUPHIN  © ESTELLE DAUPHIN  © ESTELLE DAUPHIN  © ESTELLE DAUPHIN  © ESTELLE DAUPHIN  © ESTELLE DAUPHIN  © ESTELLE DAUPHIN  © ESTELLE DAUPHIN  © ESTELLE DAUPHIN  © ESTELLE DAUPHIN Les trottoirs du Bussières les Belmont défoncés, les habitatiions à proximité du Saulon inondées. © ESTELLE DAUPHIN  © ESTELLE DAUPHIN  © ESTELLE DAUPHIN

Les inondations qui ont ravagé les villages de Poinson les Fayl et Bussières les Belmont suite à l’orage de grêle de jeudi dernier ont causé des dégâts sans précédent sur les habitations et les infrastructures. Qu’en est-il au niveau agricole ?

 

Données météorologiques

La quantité de précipitations tombée le 2 mai fait suite à un mois d’avril déjà très pluvieux. Ainsi, d’après Météo France, il est tombé 135,2 mm à Fayl-Billot en avril, ce qui représente un excédent par rapport à la normale de 97 % (normale 1981-2010 = 68,8 mm).

La journée du 2 mai (entre le 2 à 8h et le 3 à 8h), il est tombé à Fayl-Billot 28,2 millimètres, dont 22,4 mm en 2 heures entre 18h et 20h.

La fréquence d’apparition statistique d’une telle quantité de précipitations en deux heures est de deux ans. Cependant il est à noter que selon la carte des cumuls obtenue à partir des radars de précipitations, Fayl-Billot se situe en bordure de la zone la plus pluvieuse. Il est donc probable que des cumuls plus importants aient concerné un secteur allant du sud-ouest à l’est de Fayl-Billot.

Les précipitations du 2 mai portent donc le cumul à 105 mm en 7 jours, soit une valeur supérieure à la normale d’un mois d’avril entier (normale 1981-2010 = 68,8 mm) comme d’un mois de mai entier (normale 1981-2010 = 94,2 mm).

 

Un premier inventaire des dégâts

Outre les dégâts sur les habitations, largement relayés par les médias nationaux, de lourdes pertes ont été enregistrées au niveau des parcelles et des chemins situés dans le couloir de grêle. Les colzas, les orges et les blés ont été littéralement «hachés» par des grêlons de deux centimètres de diamètres. Idem pour les féveroles et les ray-grass prêts à récolter. Quant aux pâtures, la première coupe est anéantie.

Les exploitations de polyculture élevage du secteur ont été durement touchées ; Edouard Remillet, du GAEC des Baraques à Genevrières estime que 17 ha d’orge, 13 ha de colza, 24 ha de blé et 11 ha de ray-grass prêt à récolter sont par terre. De plus 40 ha de maïs à peine germé sont lessivés.

Même situation chez son voisin, Pierrick Meurey, du GAEC de Briscot à Poinson. Malgré qu’il ne s’agisse pas d’une vallée, une parcelle de maïs en pente qui venait d’être semée a été lessivée, la terre et les cailloux ont été emportés par un torrent, traversant le chemin d’AF pour échouer au fond du parc voisin.

«Cerise sur le gâteau», 1000 m3 de pierre sont tombés dans une parcelle d’herbe située sur la commune de Saulles, en contrebas de Belmont, sur une surface de 40 ares.

Une parcelle de maraîchage située à Poinsons, dépendant des Serres de Fayl, a également été anéantie par les inondations. L’exploitant estime la perte à 5000 euros.



 

 


PREMIERES MESURES D’URGENCE


Une délégation a été reçue en préfecture lundi soir, composée de Thierry Lahaye, Président de la FDSEA, Cyril Moussu, vice-Président de la FDSEA, Christophe Fischer, Président de la Chambre d’Agriculture, accompagnés du président FDSEA de canton, Christian Haemmerli et de Pierrick Meurey, un agriculteur particulièrement touché par les intempéries.

Les responsables professionnels et syndicaux s’étaient rendus sur les lieux dès le samedi matin afin d’apporter leur soutien aux agriculteurs touchés et de prendre la mesure des dégâts afin de négocier avec les Pouvoirs Publics les premières mesures d’urgences.

Le déblaiement des fossés est au cœur des urgences afin d’éviter d’amplifier les phénomènes d’inondations.

La DDT et l’ONEMA s’engageaient à aller le plus tôt possible sur le terrain afin de constater les dégâts et définir les interventions. Compte tenu des précédents, les responsables invitent à la prudence et à n’engager aucune action sans le feu vert des Autorités.

L’accessibilité aux parcelles était également au cœur des préoccupations de la délégation. Les chemins d’AF bénéficient d’une assurance Responsabilité Civile mais pour engager les travaux de déblaiement au plus vite, les services d’un huissier pour constater les dégâts pourraient permettre d’accélérer le début des travaux.

Au niveau de l’aide rotationnelle, les responsables invitent chaque agriculteur à se rapprocher de son organisme de conseil afin de la respecter en cas de ressemis. En cas d’impasse, les agriculteurs concernés pourront y déroger exceptionnellement en raison de cet accident climatique mais cela impliquera une perte financière pendant un an.

Compte tenu de l’expérience qu’il a vécue en 2011, Christophe Fischer est réservé pour l’instant par rapport au déclenchement d’une procédure de reconnaissance en calamité agricole, très lourde à mettre en place et aux retombées incertaines. En tout état de cause, elle ne s’appliquerait qu’aux dégâts subis sur les pâtures, qui ne peuvent prétendre à une couverture assurantielle. Il attend les premières estimations de dégâts à l’échelle du département.

La Préfecture a en effet enregistré 242 interventions des sapeurs pompiers dans 67 communes. Le tronçon Marne Amont (de sa source au lac du Der) a été placé en vigilance orange le 6 mai. La crue noie les cultures sur son passage.

Les communes les plus touchées vont quant à elles essayer d’obtenir la reconnaissance de catastrophe naturelle auprès de la Préfecture. Ce statut pourrait permettre un dédommagement en cas d’érosion lourde, telle que les coulées de pierres dans la parcelle d’herbe à Saulles.

 



La nettoyeuse de drains de la CUMA de Fayl mise à contribution.
La nettoyeuse de drains de la CUMA de Fayl mise à contribution. - © REUSSIR

 


TEMOIGNAGE

Raynald Oudinot, agriculteur à Poinson, était à la Maison de l’Agriculture de Chaumont en train de faire sa déclaration PAC quand il fut appelé en urgence par son épouse. La bouche d’égouts de la ferme est obstruée par la grêle, le sable et les gravats et son bâtiment à génisses aménagé en aire paillée est inondé.
Heureusement, les bêtes étaient sorties. Il fait alors appel à la nettoyeuse de drains de la CUMA de Fayl, dont il est président. Cet usage détourné de la machine fonctionne. Il est alors appelé à intervenir dans le village pour déboucher une canalisation. La situation d’urgence fait émerger des solidarités insolites.
Parmi les dégâts causés par l’accumulation d’intempéries, les pois, le blé et le maïs à peine semé ont été touchés.
Le peu de dévers a raviné les graines à peine germées (photo ci-contre). Il estime en outre sa parcelle de colzas de 25 ha, grêlée à 100 %, ce qui va poser un problème pour l’aide rotationnelle ; il est trop tard pour ressemer un tournesol et s’il opte pour un maïs, il ne respectera pas la clause des trois cultures sur cinq ans.

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