L'Avenir Agricole et Rural 19 août 2016 à 08h00 | Par L'Avenir Agricole et Rural

INNOVATION : Réduire le compactage du sol avec le Controlled Traffic Farming

Les terres agricoles sont abîmées par le passage répété des machines. Pour limiter le compactage du sol, le système CTF a été mis au point, à condition d’avoir son parc matériel en cohérence.

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Les machines agricoles circulent aléatoirement dans les parcelles et leur poids augmente considérablement (jusqu’à 20 t par essieu). A cause du compactage du sol,  la parcelle est abîmée entre 70 et 80 % chaque année. Dans les prairies permanentes, ces dégâts ont des conséquences négatives pour la composition du peuplement, pour le rendement et les fonctions du sol. Limiter le compactage pourrait rendre les procédés culturaux plus efficients, plus fiables et plus productifs, d’autre part les fonctions du sol s’améliorent comme l’infiltration et la rétention d’eau.

 

Il faut commencer par bien établir le parcours au champ, l’objectif étant de restreindre les passages répétés du tracteur en utilisant de grandes largeurs de travail et des pneus étroits. Des systèmes de guidage par satellites permettent de définir des voies de passage permanentes pour plusieurs années. Appelés Controlled Traffic Farming (CTF), ils sont utilisés à grande échelle en Australie depuis les années 90 dans les cultures de céréales. En réduisant la zone de compactage de la couche superficielle du sol, les conditions de circulation d’air et d’eau dans les terres se sont améliorées. Les rendements des systèmes culturaux sont devenus plus stables pendant les périodes de sécheresse et de fortes précipitations.

 

Mise en place du CTF

Il faut utiliser des machines avec une grande largeur de travail, les pneus extérieurs réduisent le plus possible la proportion de la voie de passage. La voie représente entre 5 et 10 % de la superficie (selon la largeur de travail et celle des pneus), la zone où poussent les plantes reste intacte. En comparaison, un tracteur avec des pneus de 600 mm de large et 6 m de largeur de travail sollicite 20 % de la surface pour les voies de passage, sachant que celles-ci se trouvent au centre de la culture. Cependant, des voies aussi réduites ne sont possibles que pour la protection des plantes et la fumure avec des largeurs de travail d’au moins 12 m.

Une autre technique consiste à utiliser des largeurs de voie de passage homogènes avec des essieux plus larges sur les tracteurs et les remorques. Dans les cultures en planches et en buttes, les différentes phases de travail peuvent être exécutées avec les mêmes voies de passage, de la mise en place au transport, en passant par l’entretien et la récolte. La surface de culture effective peut être étendue par rapport aux véhicules travaillant avec des voies plus étroites. Un ameublissement du sol en profondeur réalisé à l’aide de la charrue et du cultivateur évite un compactage plus en profondeur. Des pneus permettant de ménager le sol sont censés éviter le plus possible un tel compactage dans les voies de passage en CTF. En principe, il ne devrait plus être nécessaire d’effectuer un travail du sol en profondeur chaque année. Le labour se marie mal avec les voies de passage qui doivent rester en permanence au même endroit, or le retournement décale les voies vers la surface vierge.

 

Cependant, le fait d’élargir la largeur des voies et d’avoir des pneus dont la charge admissible est généralement plus basse réduit la vitesse maximale autorisée et les véhicules de cette largeur ne peuvent plus circuler sur la route. De plus, en conditions humides, des pneus étroits peuvent faire glisser les machines en dehors de la voie de passage. Enfin, pour utiliser le CTF, il faut obligatoirement un guidage de tracteur et des outils avec un système RTK.

 

Des essais concluants en Europe

L’utilisation du CTF en Australie a réduit les impacts négatifs de la circulation. La structure du sol s’ameublit, l’infiltration d’eau augmente et les sols sont moins sensibles à l’érosion. La levée au champ s’est améliorée, les éléments nutritifs sont davantage disponibles dans l’espace racinaire et la pénétration des racines est plus forte. Les rendements sont devenus plus stables et ont augmenté de 5 à 15 %.

 

Des résultats d’essais (Grande Bretagne, Danemark et Pays-Bas) montrent que le CTF, adapté aux conditions locales, peut améliorer durablement l’efficacité de la protection du sol et la production végétale en Europe. Les rendements des surfaces sur lesquelles les machines ne circulent pas représentent entre 80 et 160 % du rendement des surfaces de circulation. Les surfaces intactes obtiennent jusqu’à 36 % de rendement supplémentaire par rapport au système conventionnel. Les voies de passage permanentes ont les résultats les plus bas. Il est estimé que le CTF appliqué en Europe permet une hausse de rendement de 5 à 8 %.

En République Tchèque, l’entreprise Horsch effectue actuellement de nombreux essais en CTF sur 3 300 ha. Il a fallu adapter toutes les machines, du transborder à la vis de vidange de la moissonneuse-batteuse, en passant par les distributeurs d’engrais ou l’enfouisseur à lisier. La moissonneuse dispose d’une voie de 3 m, donc le tracteur doit être en 3 m et l’automoteur de pulvérisation aussi. Les résultats du dispositif sont en attente, s’ils sont concluants Horsch pourrait bien lancer une gamme de machines dédiées au CTF (pour en savoir plus sur le système CTF Horsch, rendez-vous sur www.terre-net.fr, ndlr).

 

Un potentiel pour l’avenir

Le CTF réduit le compactage du sol, diminue le coût du travail et améliore l’infiltration et la rétention d’eau dans les terres. Avec une structure de sol durablement assainie, on développe les micro-organismes qui sont présents, on limite la formation de gaz à effet de serre et on stimule la croissance des plantes puisque l’enracinement est facilité. De ce fait, le CTF étend les possibilités des systèmes culturaux actuels avec semis direct et un minimum de travail du sol, qui ne sont plus limités par le compactage. Pour organiser les zones de circulation, il est recommandé de prendre des mesures pour réduire la pression au sol : utilisation de pneus larges avec une faible pression (voire l’emploi de chenilles) et l’adaptation de la charge à la roue par rapport à la portance effective du sol.

 

Des voies de passage permanentes ont des avantages, en particulier avec les machines lourdes utilisées pour la récolte et la fumure organique. Un système « allégé », avec lequel les voies de passage fixes ne sont utilisées que pour les machines lourdes comme les citernes à lisier, est un premier pas vers l’application du CTF. Tous les travaux qui peuvent être réalisés avec un faible risque de compactage et des faibles pressions au sol (lorsque les conditions sont favorables) peuvent être réalisés sans limites de circulation. Toutefois, utiliser le CTF demande un investissement technique et de l’organisation supplémentaire. Dans la perspective de la hausse des coûts énergétiques et dans le contexte des impacts négatifs du changement climatique, utiliser ce système offre un potentiel intéressant.

 


 


 


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