L'Avenir Agricole et Rural 26 juillet 2012 à 11h36 | Par E.D.

INNOVATION - Optimiser la valeur du foin avec le séchage en grange

La première installation de séchage en grange du département vient d’entrer en fonctionnement. Elle se situe aux Forges, près de Chateauvillain chez Dominique Guenat, éleveur laitier certifié en agriculture biologique.

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La griffe circule dans la station de séchage pour décharger le foin de l’autochargeuse et dans la stabulation pour distribuer le fourrage.
La griffe circule dans la station de séchage pour décharger le foin de l’autochargeuse et dans la stabulation pour distribuer le fourrage. - © E.D.

Technique traditionnelle originaire des zones de montagne comme la Suisse, l’Autriche et le Jura où la culture de maïs est peu développée, elle a été adaptée aux conditions d’hygrométrie en plaine depuis les années 2000 par un groupe d’agrobiologistes de Normandie avec notamment le réchauffement de l’air ventilé afin d’augmenter son pouvoir évaporatoire.

Une exploitation écologiquement intensive

Dominique Guenat a repris sur l’exploitation familiale en 1984. Il est précurseur en matière d’agriculture biologique sur le département puisqu’il convertit son exploitation dès son installation. Il juge ce système plus cohérent compte tenu de sa structure, même si il ne touche une augmentation du prix de son lait que depuis la mise en place de la collecte Biolait en 2009. Il dispose d’un quota laitier de 296 000 litres qu’il produit grâce à un troupeau de VL de race simmentale avec seulement 75 hectares de SAU, essentiellement composée de prairies temporaires, hormis neuf hectares de prairie permanente en bordure de l’Aujon. Le parcellaire est regroupé autour de l’exploitation dans un rayon d’un kilomètre. L’ensilage de maïs était jusqu’à présent indispensable, allant de paire avec l’achat de tourteaux et la culture de quatre hectares de céréales en autoconsommation. Il emploie l’équivalent d’un ETP (deux mi-temps) et son épouse est conjointe collaboratrice.

Le séchage en grange s’inscrit dans une logique d’autonomie alimentaire, d’arrêt de l’ensilage et de simplification du travail. La maturation de son projet de séchage en grange lui a valut deux ans et demi de démarches et de réflexions ainsi qu’une grosse part d’auto-construction dans l’aménagement du bâtiment bois. Il s’est entouré des services d’un cabinet d’étude spécialisé dans ce domaine particulier.

La technique du séchage en grange

Le séchage en grange repose sur la récolte en vrac d’une herbe humide à l’aide d’une autochargeuse de 30 m3. Un préfanage de 48 heures suffit à augmenter le taux de MS à 50-60%. L’herbe est ensuite disposée dans une des trois cellules de séchage/stockage sur des caillebotis en bois à l’aide d’une griffe à fourrage avec bras télescopique. L’air est soufflé par un des deux ventilateurs au travers des caillebotis et du foin. L’air chaud est ponctionné sous la toiture dite «solaire», constituée d’une couche extérieure de fibro-ciment et d’une lame de bois entre lesquelles circule l’air qui entre par les pignons du bâtiment et est évacué par les pans des cellules bardées en clairvoie. L’hygrométrie et la température de l’aire insufflé sont constamment mesurés par une sonde. Lors de la journée ensoleillée de mardi, ces indicateurs étaient de 25% d’humidité et 36 degrés.

Le foin est disposé dans les cellules en couches d’un mètre d’épaisseur. Il est nécessaire d’attendre que la première couche soit sèche pour ajouter la suivante. Le taux de matière sèche atteint alors 90 %.

Le bâtiment de séchage dispose d’une toiture de 1000 m2 et d’une surface au sol de 450 m2 sur trois cellules.

Premiers résultats d’analyse de foin

Dominique Guenat récolte habituellement 50 tonnes de matière sèche en trois coupes. Le séchage en grange permet de conserver le maximum de la valeur nutritive de l’herbe sur pied. La réduction des contraintes climatiques avec des temps de préfanage limités à 48 heures permet de réaliser des coupes précoces d’herbe jeune au stade feuillu avant épiaison et à des périodes où les fenêtres météorologiques sont parfois courtes.

L’herbe récoltée humide garde toute son appétence et ses qualités nutritionnelles, les feuilles ne se détachent pas lors du fanage et de la récolte, optimisant ainsi la valeur protéique du mélange de graminées et de légumineuses de l’exploitation, composées de trèfle violet, blanc, ray grass anglais, fléole, luzerne et dactyle. Selon une étude comparant les résultats zootechniques sur trois rations alimentaires menée à la ferme expérimentale de Blanche Maison en Normandie, le lot consommant du foin ventilé aurait ingéré un kg de MS/VL/jour de plus par rapport aux lots à l’ensilage maïs et au lot mixte.

Compte tenu des particularités climatiques de cette année ; gel, excès d’eau, récolte tardive... les premiers résultats d’analyses de foin collectés sur le département par Haute-Marne Conseil Elevage révèlent des valeurs situées autour de 0,65 UFL et 60 PDIN.

On a à faire à un aliment équilibré (voir encadré). A noter que les analyses révèlent des valeurs alimentaires, mais que l’appétence peut faire toute la différence.

Dans le cas présent, les premières valeurs observées dans le département, avec une ingestion de 14 kg de MS/VL donneraient huit litres de lait par jour. Les résultats obtenus avec le foin ventilé chez Dominique Guenat et en prenant en compte une ingestion d’un kg de MS supplémentaire, on serait à 3 litres de lait par jour produits en plus, soit un kg de concentré économisé.

Repères économiques

L’investissement total pour ce projet était de 250 000 euros. Il a bénéficié des aides plafonnées du Plan Performance Energétique (voir ci-contre) et de l’aide régionale en faveur des bâtiments bois pour des montants respectifs de 25 000 et 16 000 euros.

L’étude des Réseaux d’élevages de l’Ouest démontre une amélioration des critères de performance économique EBE/ Produit Brut liée à une simplification du travail, des économies sur les charges opérationnelles (concentrés, fuel) et une meilleure valorisation du lait sur les critères de qualité (moins de butyriques, amélioration du taux protéique). En revanche, le revenu agricole et la trésorerie se dégradent dans les premières années d’amortissement de l’installation.

Ces observations restent à confirmer chez notre agriculteur haut-marnais lorsqu’il sera en vitesse de croisière.


La première analyse de foin* réalisée fin mai par Benoît Lechène, technicien lait à Haute-Marne Conseil Elevage chez Dominique Guenat révèle :

 

− une bonne préservation de la Matière Azotée Totale: MAT = 102 g/kg,

− un taux de cellulose brute classique à fin mai de 305 g/kg,

− une unité d’encombrement qui révèle un foin assez ingestible pour l’année avec une UEL=1,07,

− Une bonne valeur nutritionnelle à fin mai en lien avec la cellulose brute : UFL = 0,70

− PDIN = 68 et PDIE = 80 sont de bonnes valeurs en lien avec la MAT.

* Analyses Agrinir, technologie Infra Rouge

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