L'Avenir Agricole et Rural 17 novembre 2011 à 12h02 | Par E. DAUPHIN

INNOVATION LAITIÈRE - Trois étoiles pour la SCL «Novalait»

Depuis le mois de juillet, le troupeau du GAEC d’Izé a intégré le bâtiment de la société civile laitière « Novalait », gérée par Philippe Deru. Plongée au cœur d’un laboratoire d’innovations au service de l’efficacité et du bien-être animal.

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Alimentation tapis Associés Bol mélangeur Caillebotis Intérieur du bâtiment Nurserie Système de traite Table de parage

Philippe Deru, un agri-entrepreneur qui ose

Philippe Deru, éleveur passionné devenu entrepreneur dans l’équipement d’élevage haut de gamme, a maintes fois attiré les projecteurs sur notre département lors des concours et des ventes en Prim’holstein. Aujourd’hui, il concrétise son projet en matière de grands troupeaux sans perdre de vue le bien-être animal, pour investir dans le bâtiment qu’il loue à la SCL Novalait.

 


Quelle sera la dimension de Novalait en rythme de croisière ?

Actuellement les trois associés totalisent un quota d’1,5 million de litres de lait. Le troupeau laitier de 150 VL est entré dans le bâtiment le 21 juillet. Courant décembre, il devrait être en rythme de croisière. Avec un investissement total d’1,8 million d’euros d’infrastructures, exempt de subventions, le seuil de rentabilité sera atteint lorsque nous produirons 2,5 millions de litres de lait. Le bâtiment a été dimensionné pour accueillir 275 vaches, avec une possibilité d’extension latérale.

Y aura-t-il des interactions entre l’EURL Deru et la SCL Novalait ?

Les deux sociétés sont totalement distinctes et l’objectif est de rentabiliser la société laitière. La seule interaction qu’il doit y avoir est d’en faire un terrain d’expérimentation afin de sortir des références en matière de grands troupeaux, ce qui manque cruellement en France. Les investisseurs sont contraints de se déplacer à l’étranger afin d’obtenir des informations. Dès la phase de l’installation,  nous essaierons de mesurer un maximum de paramètres sur la rentabilité, le temps de travail, les réformes, etc.

Quels sont les avantages de la SCL sur le GAEC, selon vous ?

En GAEC on est ensemble tout le temps et sur tous les fronts. La SCL permet de mutualiser la partie la plus astreignante, à savoir la production laitière. C’est une solution qui permet de maintenir de la production laitière sur le territoire, et donc des emplois, sans que les associés ne soient déconnectés d’une vie sociale. Contrairement à 80% des sociétés laitières, nous avons fait le choix d’embaucher une main d’œuvre salariée afin de nous dégager de l’aspect opérationnel pour nous consacrer à la gestion et au management. Les associés consacrent seulement 30% de leur temps à la production laitière (week-end et congés payés) et peuvent s’investir dans d’autres activités.

Quelles sont les perspectives du secteur laitier, selon vous ?

Croire encore à la production laitière de nos jours est un pari risqué, mais mes associés et moi-même sommes des entrepreneurs dans l’âme. On est toujours sur la corde raide à essayer d’améliorer nos performances.

Certaines régions sont d’ores et déjà dépourvues de transformateurs, ce qui n’est pas le cas dans notre secteur. La présence de deux usines de proximité a été un facteur déterminant dans mon choix d’investissement. Si on se projette dans l’avenir, le quota de demain sera alloué en fonction des surfaces épandables. Nous avons une carte à jouer dans nos régions, par rapport à la Bretagne, confrontée au problème des algues vertes.

Disposer de surfaces culturales est également un atout pour assurer notre autonomie fourragère et être moins dépendants des importations sur une partie des protéines. A titre d’exemple, je crois beaucoup à la réintroduction de la luzerne, encore appelée « foin à lait » à l’étranger.

Quel impact sur le profil des exploitations polyculture élevage ?

Actuellement les GAEC en polyculture élevage ont du mal à isoler leurs ateliers en terme de rentabilité. Je pense qu’à terme, des exploitations réduites en unités de main d’œuvre et équipées de robot, aquéreront plus de visibilité sur la rentabilité de leur atelier laitier. La traite sera d’ailleurs entièrement robotisée, même en système rotatif. Ces structures cohabiteront vraisemblablement avec des sociétés civiles laitières au sein desquelles l’atelier laitier sera mutualisé.


Depuis 2007, la réglementation permet le regroupement de quotas laitiers au sein d’une nouvelle entité, la « société civile laitière », afin de mutualiser l’activité laitière, de gagner en compétitivité et de répartir l’astreinte de travail. Ce regroupement peut se faire sans prélèvement de quota ni transfert de terre.

Anticipant la fin des quotas, Jean-Loup Michel et Philippe Deru, qui partagent la même passion pour l’élevage, souhaitent renouveler leur collaboration au sein d’une telle structure. Ayant déjà collaboré au sein d’un GAEC, les anciens conscrits réfléchissent alors à un nouveau projet d’association.

Alimentation du troupeau laitier

Les associés de la SCL pourvoient aux besoins en fourrage des animaux en exploitant leurs surfaces agricoles. Ils assurent la récolte, le stockage et l’approvisionnement en flux tendu sur le site d’exploitation.

La ration des vaches laitières est composée de maïs ensilage, de foin et de luzerne avec un complément en aliments élaborés. Les VL restent dans le bâtiment, hormis durant la période de tarissement, où elles pâturent.

Afin d’assurer homogénéité et régularité dans l’apport de la ration, l’élaboration et la distribution de celle-ci a été automatisée. Le système commercialisé par l’entreprise ValMétal a été importé du Canada et installé par l’EURL Deru. Un premier bol défibreur prépare la ration fourragère avec l’aliment sec (minéraux et tourteaux). Elle est ensuite brassée avec le maïs dans un mélangeur, afin de respecter la composition de chaque aliment et de préserver l’appétence. Le mélange est convoyé par des tapis vers les animaux.

La réintroduction de luzerne, permet de fournir  des protéines de qualité tout en limitant l’approvisionnement correcteur azoté (soja ou colza)... Abandonnée en raison de la baisse des aides européennes, cette culture revient sur le devant de la scène. Jean-Loup Michel, dont une partie des terres cultivables se trouve dans le Barrois, en a réimplanté.



En Haute Marne, LA scl NOVALAIT loue un bâtiment pour accueillir 275 vaches


Gestion des élèves

Les veaux commencent leur vie dans une pouponnière durant quinze jours dans une ambiance parfaitement maîtrisée. L’extraction de l’air assure une constance de température nécessaire au bon développement de l’immunité chez les jeunes animaux. Ils rejoignent ensuite la nursery équipée de box collectifs de dix places. Afin d’éviter toute transmission de germes, le bâtiment des veaux est éloigné de celui des vaches en production. Les mâles partent ensuite à l’engraissement au GAEC d’Izé. Les génisses sont conservées pour le renouvellement.


Système de traite évolutif

Les gérants ont opté pour une salle de traite rotative de 20 places munie de quatre passages d’hommes. Par rapport à un robot de traite, ce système présente l’avantage d’être évolutif. La SCL devrait en effet doubler l’effectif de VL dans les années à venir, passant de 150 à 300. Le roto présente également l’avantage d’être simple d’utilisation, ce qui représente un avantage dans le cadre d’intervenants multiples.

En terme d’organisation du travail, deux salariés, dont le responsable d’élevage, interviennent en semaine. Les associés se relaient durant les week-end et les congés payés.

Gestion des effluents

Le bâtiment entièrement équipé de tapis, est incliné de deux degrés afin de faciliter l’écoulement des jus et le raclage du lisier indispensable pour limiter le microbisme au niveau des sabots. Le lisier est brassé en permanence dans des fosses. Cette inclinaison facilite en outre la surveillance du troupeau au responsable d’élevage.


Un logement tout confort

Le bâtiment de taille carrée est coiffé d’un toit d’usine constitué de panneaux sandwich et de parois latérales gonflables pour une luminosité optimum à l’intérieur. Les parois sont constituées de boudins gonflables entourés de filets brise-vent. Un compresseur permet de réguler la pression en fonction de la température extérieure, du vent et de l’hygrométrie. Le bâtiment est parfaitement isolé des courants d’air en hiver et peut être totalement ouvert l’été grâce à l’amovibilité des parois latérales.

Le bâtiment est équipé de tapis dans les couloirs, de matelas dans les logettes «logistalles» dont Philippe Deru détient le brevet. Conçues spécifiquement pour le confort de l’animal, elles leur évitent tout hématome, grâce aux cloisonnements mobiles, tout en donnant l’illusion à l’animal d’un cloisonnement rigide. Les logettes sont remplies d’un mélange de sciure et de calcaire afin d’absorber les jus.

La forme carrée du bâtiment facilite la gestion par lot. Trois lots existent en fonction de l’âge des vaches. De une à deux lactations puis au-delà de deux lactations. Un lot supplémentaire permet de loger les vaches atypiques ; fraîches vêlées mammites ou ayant subit un traitement antibiotique récent, etc.


Parage des pattes

Le parage des pattes est une opération annuelle indispensable pour la locomotion des vaches. Pour effectuer cette opération, Martial est équipé d’une table de contention dernière génération qui lui permet de travailler en toute sécurité pour l’homme et l’animal, à hauteur d’homme.

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