L'Avenir Agricole et Rural 26 juin 2020 à 08h00 | Par L'Avenir Agricole et Rural

Innov’Action - Conjuguer agronomie et rentabilité

Le 16 juin, la Chambre régionale d’agriculture Grand Est (CRAGE) a organisé un rendez-vous Innov’Action en live sur sa chaîne Youtube pour présenter les trajectoires de l’agriculture de demain et les différents essais menés en région.

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Si la structure du sol est bonne, la racine de la plante pousse verticalement.
Si la structure du sol est bonne, la racine de la plante pousse verticalement. - © CA 52

Pour le deuxième rendez-vous d’Innov’Action, toujours à distance, les conseillers de la CRAGE ont présenté les résultats des essais menés en région à travers une série de vidéos autour de 5 thématiques.

 

Fertilisation  azotée du blé

 

L’azote est l’intrant qui a aujourd’hui le retour sur investissement le plus important. C’est un enjeu capital pour l’exploitant, pour le calcul de la dose totale, mais aussi pour raisonner la date d’apport. Si l’apport est excédentaire ou en décalage par rapport aux besoins de la plante il peut y avoir des pertes. Cette année beaucoup d’apports d’azote ont été réalisés en conditions sèches, ce qui pose question sur sa valorisation, car des pertes ont pu être occasionnées.
Plusieurs éléments sont à prendre en compte pour valoriser la fertilisation azotée. Tout d’abord la météo : il faut 15 mm de pluie dans les 15 jours après l’apport. Ensuite la forme d’engrais : les moins volatiles sont les formes nitriques, suivies par les formes ammoniacales, tandis que les engrais uréiques sont les plus sensibles à la volatilisation. Le type des sol est important : plus le pH du sol est élevé, plus la volatilisation de l’azote augmente. Il faut également privilégier les apports en soirée, car le froid limite la volatilisation. « L’idéal est d’apporter l’azote sous forme ammoniacale, sur sol humide, par des températures basses avant une pluie de 15 mm » résume Claude Rettel. conseiller à la Chambre d’agriculture de Moselle.

 

Biomasse énergétique ou fourragère

 

Pour optimiser sa production, il est possible de faire deux cultures en un an. En septembre, on sème classiquement une céréale d’automne à vocation fourragère ou énergétique, et on la récolte immature (généralement en mai), puis on lui fait immédiatement succéder une deuxième culture (fourragère ou énergétique, voire une culture de vente). Cette succession de cultures est menée avec peu d’intrants et même en zéro phyto la plupart du temps.
Il est primordial de bien choisir son espèce, qui devra conjuguer productivité et résilience. Une double culture demande plus d’interventions (deux semis et deux récoltes), mais qui sont généralement compensées par un faible niveau de charges engagées et une régularité de la production. Cette régularité découle d’une moindre exposition aux différents risques climatiques puisque la production ne se fait plus sur un cycle unique.
L’optimum de production de biomasse se situe au moment de la floraison. « On a donc le choix entre deux scénarios. Soit on récolte et on ensile la céréale début mai et on la considère comme une CIVE (Culture intermédiaire à vocation énergétique). On perd la moitié de la production de biomasse, mais on assure la réussite de la culture suivante, généralement un tournesol, un maïs ou un soja. Deuxième scénario : on récolte la céréale à floraison et on implante derrière la deuxième culture à vocation énergétique ou fourragère. Pour les méthaniseurs ce sera souvent un sorgho ou un maïs. Pour la production fourragère, de nombreuses combinaisons de variétés existent, à adapter en fonction de ses objectifs et du type de sol » explique Frédéric Arnaud conseiller à la Chambre d’agriculture de Meurthe et Moselle. 

 

Éviter le tassement

 

Quand on tasse un sol, on réduit très fortement le potentiel de la culture. Un sol trop tassé empêche l’eau et l’air de circuler. La plante est mal alimentée en nutriments ce qui va pénaliser son développement. Plus un sol est tassé, plus l’infiltration d’eau est lente, ce qui augmente le risque de ruissellement et d’érosion. On sait qu’on a une bonne structure de sol lorsque les racines des plantes poussent à la verticale.
Plusieurs outils existent pour réduire le tassement mais il faut d’abord diagnostiquer sa profondeur. S’il est situé entre 20 et 30 cm, on utilisera un fissurateur ou un déchaumeur, entre 30 et 40 cm on prendra un décompacteur, au-delà de 40 cm on utilisera une sous-soleuse. Mais ces utilisations ont un coût, il est plus judicieux de prévenir sue guérir.

Pour éviter de tasser le sol, il faut privilégier des pneumatiques plus larges et adapter la pression des pneus selon le type de travail à effectuer. Plus la pression est faible et plus le tassement sera faible. Les systèmes de guidage GPS permettent d’optimiser les déplacements et donc de réduire fortement les surfaces tassées. Les couverts ne sont pas une solution curative aux problématiques de tassement, mais permettent de le prévenir.

 

Les légumineuses dans les assolements

 

Il est possible d’intégrer les légumineuses dans les couverts. Si on est éleveur, on peut aussi utiliser des légumineuses fourragères pour faire des méteils. Ces mélanges ont l’avantage de pouvoir être implantés à l’automne et donc d’éviter les coups de chaleur qui impactent les protéagineux au printemps.
La luzerne tire son épingle du jeu depuis quelques années. Cette espèce méditerranéenne peut aller chercher l’eau même en période sèche grâce à son système racinaire. Avec le réchauffement climatique, la luzerne bénéficie d’une pousse de plus en plus précoce et voit ses rendements augmenter d’année en année. De plus, elle a l’avantage de s’affranchir de tout stress azoté.
Le type de sol est très important pour l’implantation de la luzerne, il faut éviter les sols hydromorphes ou acides. Plusieurs périodes de semis sont possibles : en semis de printemps en solo ou sous couvert (orge de printemps ou tournesol), en semis d’été après une orge d’hiver, ou en début d’automne en association à un méteil ou une céréale.

 

Et le zéro phyto ?

 

Le zéro phyto peut répondre à différentes impasses techniques, comme l’augmentation de la résistance des insectes aux insecticides ou la résistance des vulpins à de nombreuses familles chimiques. De plus le retrait régulier des matières actives ne facilite pas la conduite des cultures et les différentes restrictions (parcelles drainées, ZNT...) sont autant de problématiques qui peuvent inciter à changer ses pratiques.
L’utilisation des engrais minéraux permet une bonne vigueur des cultures qui peut être un réel moyen de lutter contre les bioagresseurs sans avoir recours aux pesticides. La rotation, la génétique, les mélanges variétaux, les cultures associées, le labour occasionnel, le désherbage mécanique sont autant de leviers qu’il est possible de mobiliser.
Dans les essais menés par la CRAGE sur leurs plateformes, les techniciens remarquent que la maitrise des bioagresseurs est plutôt satisfaisante, mais que des difficultés persistent pour la culture du colza et la maitrise du chardon. Sans surprise, les marges brutes (hors primes) sont en retrait d’une centaine d’euros par hectare et les charges de mécanisation sont en hausse. Les conseillers constatent que, sans plus-value sur le produit de vente ou sans aide financière de l’État, ce mode de production, proche des nouvelles attentes de la société, n’est pas rentable.


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