L'Avenir Agricole et Rural 20 décembre 2007 à 00h00 | Par JL BLONDEL

INFO SYNDICALE - VISITE CHEZ LE PREFET

Sur proposition de la FDSEA et des JA, le Préfet Yves Guillot a pris le temps d’écouter et de dialoguer avec le monde agricole en visitant l’exploitation de la famille MOUSSU à Ninville. Ce fut l’occasion pour le représentant de l’Etat de s‘immerger dans le travail et les soucis administratifs quotidiens des agriculteurs et d’enregistrer les attentes des responsables agricoles.

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Dès son arrivée au mois de mars 2008, le Préfet avait été invité par la Profession à découvrir l’agriculture haut-marnaise, mais l’obligation de réserve qu’imposaient alors les élections présidentielles ne lui a pas permis de venir sur le terrain.
Cette invitation a donc été renouvelée, avec cette fois l’avantage pour le Préfet d’avoir une meilleure connaissance de l’agriculture haut-marnaise et de ses responsables qu’il a déjà maintes fois rencontrés.

Pas de droit à l’erreur

Gérald, Cyril et Geoffroy ont accueilli le représentant de l’Etat dans leurs bâtiments nouvellement construits à l’écart de la commune de Ninville. Après avoir expliqué les méthodes d’élevage, ils ont conduit le Préfet dans le bureau où étaient étalés les documents relatifs à l’identification des animaux et à leurs soins. La partie administrative nécessite près d’une heure de travail quotidien et ce temps paraît long aux agriculteurs qui considèrent cette mission comme une vraie punition.
Le Préfet a pu mesurer le caractère pointilleux des enregistrements et surtout des contrôles y afférant.
Il a pu percevoir l’angoisse des éleveurs face aux contrôles administratifs qui ne tolèrent aucun droit à l’erreur dans certains domaines, en particulier celui de la directive nitrates. Une donnée manquante  pour un seul îlot entraîne automatiquement une pénalité de 1 %. Le DDAF qui accompagnait le Préfet en convient. «dès qu’un contrôleur se présente sur une exploitation, il y a un grand risque qu’il y ait une pénalité» reconnaît Yves Laplacette.
Françoise Henry et Sébastien Riottot ont dénoncé cette pression administrative et réclamé le droit à l’erreur. Le Préfet, même s’il a rappelé que nous vivions dans un «monde compliqué» dans lequel il faut respecter des procédures complexes, a pu, néanmoins, constater que les contrôles et les sanctions étaient d’une extrême sévérité.

Une profession inquiète

Françoise Henry a aussi rappelé au Préfet les inquiétudes du monde agricole qui sont dominées par la crise de la FCO pour lesquelles les Pouvoirs Publics n’ont pas su trouver les réponses adaptées en terme de communication avec les éleveurs et de moyens financiers. Les dégâts sur les élevages sont importants et le vaccin doit être rapidement accessible. Il convient par ailleurs de dégager des budgets conséquents pour indemniser les éleveurs de toutes les pertes d’exploitation. Or l’Europe est absente voire gênante dans ce dossier puisqu’elle encadre les aides nationales (exemple : clause de minimis).
L’autre sujet d’inquiétude concerne la remise en cause des soutiens européens. Les agriculteurs haut-marnais sont très dépendants des aides directes. Le Syndicalisme haut-marnais rappelle que les références historiques n’ont pas été très avantageuses dans le département, qu’il s’agisse des références historiques 87-91 pour les céréales ou 93 pour les vaches allaitantes dans les troupeaux mixtes de plus de 120 000 kg de lait (un tiers du troupeau, soit près de 10 000 vaches, est actuellement sans PMTVA).
La compensation des handicaps naturels doit être maintenue et le concept de «zone intermédiaire» réactivé.
La famille MOUSSU, dont l’exploitation est en limite extérieure de la zone défavorisée, espère bien qu’un jour les handicaps naturels seront au moins partiellement reconnus dans un autre zonage. La FDSEA a ainsi demandé aux élus haut-marnais, et particulièrement à Luc CHATEL,d’organiser une entrevue avec le ministre de l’agriculture pour lui expliquer qu’entre la montagne et les plaines fertiles, il ne fallait pas oublier le croissant «aride» des zones intermédiaires qui borde le Bassin Parisien.
Le premier représentant de l’Etat dans le département doit aussi relayer cette forte attente. Le dossier qui a été remis a Hervé GAYMARD en 2003 conserve toute son acuité surtout à l’heure où il est question de remettre en cause la mesure rotationnelle.
Directive nitrates : «n’en rajoutons pas»

Le Président de la Chambre d’Agriculture a évoqué le 4ème programme d’actions directive nitrates qui est en cours de réflexion et dans lequel l’Administration a quelque peu tendance à se «lâcher» en exigeant des contraintes d’exploitation supplémentaires (couvert végétal obligatoire avant les cultures de printemps, accès interdit aux cours d’eau par les animaux, épandage de fumier interdit sur les sols gelés, dépôt temporaire limité à 200 m3, prise en compte de tous les cours d’eau y compris ceux qui ne sont pas nommés, etc .). Tout cela sans vérifier si l’impact des pratiques agricoles avait une incidence sur la qualité des eaux ! Le Préfet a semblé étonné de cette orientation car il pensait que la Haute Marne n’était pas un département à problèmes sur le plan des nitrates…
Jean Louis COURTOUX a aussi dénoncé les indicateurs fantaisistes quelquefois présentés par certains services de l’Etat pour justifier une dégradation de l’environnement et faire adopter des contraintes supplémentaires.

Les prélèvements de quotas laitiers sont ringards

Françoise Henry a enfin évoqué la demande de la Profession Agricole de suspendre les prélèvements de quotas laitiers lors des mouvements d’associés dans les GAEC, et même lors des agrandissements. Ces prélèvements ne sont plus justifiés et incompris par la grande majorité des agriculteurs. Le DDAF, lui, se retranche toujours derrière  la réglementation, mais le Préfet a été très attentif aux demandes du syndicalisme qui n’hésite pas à qualifier ces prélèvements de ringards.
Cette visite de plus de 2 heures a été bien vécue de part et d’autre et confirme l’esprit de dialogue dans lequel le représentant de l’Etat et les responsables agricoles entendent conduire les dossiers pour promouvoir l’agriculture haut-marnaise.
Des efforts qui ne sont pas bien valorisés

Sébastien Riottot a expliqué longuement que les agriculteurs français, et particulièrement les jeunes agriculteurs haut-marnais, faisaient de gros efforts de mise aux normes et de respect de traçabilité qui n’étaient pas toujours bien compris ni valorisés par les consommateurs.
La grande distribution et les Pouvoirs Publics ont probablement une responsabilité dans cette carence car les produits importés ne sont pas soumis aux mêmes exigences. «Nous n’avons rien à cacher, nous pouvons aujourd’hui tout justifier» rappelle le Président des Jeunes Agriculteurs qui refuse de se laisser enfermer dans le discours citadin du «bio» trop souvent doctrinal et caricatural. Les animaux, comme les plantes, doivent être soignés ainsi que le font tous les agriculteurs haut-marnais dans leur système d’élevage et de culture encore très conventionnel et extensif.

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