L'Avenir Agricole et Rural 12 février 2015 à 08h00 | Par L'Avenir Agricole et Rural

Il y a le feu à la maison élevage

Invité aux travaux de l’assemblée générale de l’Apal, Jean-Pierre Fleury dénonce une situation très difficile pour les éleveurs. Il réfute les analyses qui résument leurs difficultés à un problème de revenu, en faisant la démonstration d’une crise structurelle. Tout comme l’association qui l’accueillait à Château-Salins, le leader de la Fédération nationale bovine (Fnb) propose des solutions.

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Jean-Pierre Fleury : «La nouvelle Pac est décevante, elle manque de souffle nouveau et aucune région d’élevage n’est satisfaite de cette réforme». «Quant aux arbitrages qui ne sont pas encore faits entre le ministre et Bruxelles, il est urgent d’avoir des conclusions».
Jean-Pierre Fleury : «La nouvelle Pac est décevante, elle manque de souffle nouveau et aucune région d’élevage n’est satisfaite de cette réforme». «Quant aux arbitrages qui ne sont pas encore faits entre le ministre et Bruxelles, il est urgent d’avoir des conclusions». - © Apal

Une crise structurelle

En invitant le président de la Fédération nationale bovine, les responsables de l’Apal se sont donnés le temps de partager une analyse fine de la situation économique, dans un contexte de réforme profonde de la Politique agricole commune (Pac).

Les multiples difficultés de la filière viande prenaient ainsi une large place lors de l’assemblée générale du 23 janvier, au lycée agricole de Château-Salins.

Il faut dire que 2014 a cumulé de multiples évènements préjudiciables à la santé économique d’une filière réputée être la lanterne rouge des revenus agricoles.

Mais au-delà du simple constat, Jean-Pierre Fleury condamne les analyses qui résument les difficultés des éleveurs à leur revenu. «Ce n’est plus un problème de revenu, nous sommes face à une crise structurelle».

Pour le patron de la Fnb, «s’ajoutent à la difficulté des prix qui ne sont pas au rendez-vous, des contraintes normatives et réglementaires insupportables et des charges au plus haut». Jean-Pierre Fleury alerte «il y a le feu à la maison élevage».

Exemples chiffrés à l’appui, Jean-Pierre Fleury précise son propos, «Sur quinze ans, mon vétérinaire a augmenté ses tarifs de 50 %, même hausse pour mes aliments du bétail, le prix de l’heure pour les réparations des machines agricoles a été multiplié par quatre».

Pour ce qui est des cours, «sur la même période, le prix de la viande bovine progressait de 62 % pour le consommateur et seulement 12 % pour le producteur».

Le «triptyque : prix, normes et charges, est fatal aux éleveurs», dénonce le responsable syndical, «pourtant les producteurs réalisent collectivement des progrès considérables, la productivité a progressé de 2,5 % par an depuis 2000, nous avons régulièrement investi, mais la rentabilité n’y est pas».

Rebondir

Pour sortir de l’ornière, la Fnb montre trois entrées. «Pour rebondir, nous voulons traiter les causes de ces difficultés structurelles en agissant sur les marchés intérieurs, intracommunautaires et sur les marchés des pays tiers».

Sur le marché intérieur, la profession fait le choix de la reprise du concept qualitatif de l’offre consommateur. Le projet associe les Gms, qui sont actuellement montrées du doigt. «Elles doivent prendre part au travail», prévient Jean-Pierre Fleury. L’amélioration des flux d’animaux, qui ne peuvent être valorisés en pièces, s’affirme comme une priorité.

L’information du consommateur, avec le nouvel étiquetage participe à cet objectif qualitatif.

Cependant, les premiers retours d’expérience concernant la nouvelle classification des morceaux de viande inquiètent le président de l’Apal.

Pour mémoire, depuis le 13 décembre dernier, les morceaux de viandes vendus, conditionnés en libre-service, sont classés de une à trois étoiles en fonction du potentiel de qualité du morceau.

Stéphane Peultier alerte sur  ce dispositif qui génère, «une proportion plus forte de morceaux à valeur ajoutée basse». L’ouvrage reste donc sur le métier.

Toujours sur le marché intérieur, la restauration collective (Rhd) devient un cheval de bataille. Le slogan de la Fnb est accusateur, «les élus français sont les premiers importateurs de viande».

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. 80 % de la viande qui y est consommée proviennent de l’importation. Seulement 20 % de la viande en Rhd sont d’origine française. «En Allemagne, c’est exactement l’inverse», dénonce Jean-Pierre Fleury.

La forte mobilisation syndicale sur ce dossier devrait porter ses fruits. Fnb et Fnsea poussent les feux dans ce sens. Un guide pratique, destiné à favoriser l’approvisionnement local en restauration collective, a été édité par les services du ministère de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt, en novembre 2014. Ce guide est à la disposition de tous les acteurs de la Rhd. «Tout est possible en restant en conformité avec la réglementation», le patron de la Fnb prévient, «en période électorale, les élus en campagne doivent tous prendre des engagements dans leur programme de gestion des collectivités»

Compétitivité

Sur le marché intracommunautaire très concurrentiel, les pertes de compétitivité sur des débouchés à notre porte, résultent de l’effondrement de notre dynamisme. Le gouvernement passe au banc des accusés. A force de normes et de règlements, le lavage plus blanc que blanc à la française met la filière hors-jeu.

Enfin, sur le marché de l’export vers les pays tiers, la Fnb ne veut rien lâcher. «Il faut des industriels qui aient envie de faire, mais surtout une administration plus efficace». Jean-Pierre Fleury réclamait, devant une salle enthousiaste, «moins de contrôleurs dans les fermes, et plus de fonctionnaires efficaces pour délivrer des certificats d’exportation».

Stéphane Peultier avait quelque peu défriché les pistes d’actions avancées par Jean-Pierre Fleury. Dans son rapport moral, le président de l’Apal revendiquait, pour l’association «un travail structurant sur l’économie des filières». Trois chantiers étaient mis en avant.

Le label rouge Charolais pour lequel «les abattages vont débuter à Metz la semaine prochaine», se félicite Stéphane Peultier. Le site de Charal renoue ainsi avec un débouché abandonné il y a quelques années. L’objectif visé porte sur une vingtaine d’animaux par semaine.

Le veau lorrain, une nouvelle marque dans la palette de l’Apal pour «cette production qui n’est pas dans nos habitudes», va nécessiter «encore un gros travail sur la couleur de la viande». Si d’un point de vue gustatif le produit s’avère apprécié, les membres du collège acheteurs de l’association témoignent d’une «réticence des consommateurs pour une viande trop rouge, qui se rapproche visuellement de la viande de jeunes bovins».

Autre exemple promu par le président de l’Apal, la marque Hugo Desnoyer. Véritable star des bouchers parisiens, «cet artisan met en avant des valeurs comme l’autonomie fourragère des exploitations, la maturation de sept à huit semaines pour les viandes». Stéphane Peultier se félicitait de pouvoir annoncer les premiers abattages effectués, la semaine passée, pour cette filière, au rayonnement international.

Administrateurs

Renouvelés au collège producteurs :

Pour la Meurthe-et-Moselle :

Philippe Paquin

Stéphane Peultier

Christophe Troncy

Pour la Moselle :

François Rechenmann

Pour les Vosges :

Brice Mougenot

Au collège commerçants :

Pour la Lorraine :

Didier Bloch

Pour la Champagne :

Gautier Larcher

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