L'Avenir Agricole et Rural 28 septembre 2017 à 08h00 | Par L'Avenir Agricole et Rural

HORSCH : Quelle place pour l’agriculture française

Le salut de l’agriculture française passera par la performance économique et l’innovation. C’est la conclusion d’une conférence donnée par un fiscaliste et une économiste, lors des journées de la Lucine de l’entreprise Horsch à Châteauvillain.

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Karl-Heinz-Mann a expliqué les différentes réformes agricoles très différentes entre Allemagne de l’Ouest et de l’Est.
Karl-Heinz-Mann a expliqué les différentes réformes agricoles très différentes entre Allemagne de l’Ouest et de l’Est. - © T MORILLON

Karl-Heinz Mann est issu d’une famille d’agriculteurs allemands, il fonde un cabinet de conseil et de gestion (auprès de 300 exploitations) tout gardant l’agriculture comme activité annexe : 2 exploitations en Allemagne de l’Est de 2 300 et 900 ha. Il a détaillé les mutations agricoles de son pays.

Deux visions agricoles

Après 1945, l’Allemagne de l’Est connaît des réformes agraires communistes entraînant la nationalisation des grandes exploitations (>100 ha). Puis les petites structures (<100 ha) sont regroupées en coopératives de production agricole, sous contrainte de l’État. À cette époque en Allemagne de l’Ouest, une politique de soutien des prix est mise en place, mais le nombre d’exploitations diminue. Lors de la réunification du pays, toutes les fermes d’État sont privatisées et une politique ambitieuse est lancée avec une loi favorisant les énergies renouvelables. Les investisseurs dans ce secteur sont largement rémunérés, mais en contrepartie, le coût de l’énergie a augmenté pour le consommateur. Les exploitants qui ont des coûts de production très élevés, peuvent vite perdre de l’argent. D’ailleurs 35 % des unités de biogaz ne sont pas rentables, mais sont maintenues par un accompagnement des banques.

 

Le marché du foncier et du fermage en Allemagne est totalement libre et en proie à une forte concurrence. De ce fait, le prix des terres a explosé, jusqu’à 50 000 Ä/ha. A l’Ouest du pays la production animale est intensive, ce qui entraîne une forte demande foncière, avec un fermage entre 1200 et 1400 Ä/ha. Une loi sur les successions (pas d’impôt jusqu’à 26 M Ä de valeur d’entreprise en cas de poursuite de l’activité) encourage les achats d’exploitations par des industriels afin de les transmettre à leurs descendants.

Les fermes les plus performantes ont une organisation totalement optimisée, alors que celles affichant de mauvais résultats ne font pas suffisamment d’activités productrices. Les Allemands se tournent vers l’agriculture de conservation, mais font face à des problématiques de limaces ou de souris.

Une coopérative agricole, la DLG, est un véritable moteur d’innovation et de modernisation agricole. Elle regroupe 27 500 membres « payants », ainsi que des scientifiques et des industriels. Pour Karl-Heinz Mann, l’agriculture de précision peut améliorer la rentabilité de 50 Ä/ha, mais elle a des limites : « c’est très complexe car on passe trop de temps au bureau plutôt qu’au champ, ce qui peut ne plus être rentable ». L’avantage des exploitations de l’Ouest réside dans sa conquête de performance, tandis qu’à l’Est elles ont l’atout d’être très structurées au niveau organisationnel.

Un rôle nourricier

Sylvie Brunel est professeur d’économie, pour elle l’agriculture allemande est véritablement stratégique alors qu’en France l’agriculture n’est qu’une variable d’ajustement. « En France, les gens sont attachés au modèle familial que représente l’agriculture et en Allemagne on tend vers une agriculture sans agriculteurs ». En 1990, la France était au 2e rang des exportateurs mondiaux de produits agricoles pour se retrouver au 9e rang en 2007. Selon Sylvie Brunel il n’y a plus le choix : « il faut adopter une stratégie offensive pour l’agriculture française ».

En 2 050 la population mondiale sera de 10 milliards d’habitants qu’il faudra nourrir. La Chine achète des terres partout sur la planète pour faire face aux enjeux de demain. Les échanges mondiaux vont progresser et il faudra une complémentarité pour tous les pays. La France a du blé de qualité ce qui lui permet d’exporter le cinquième de sa production au Maghreb. « La France a un rôle nourricier pour les pays en besoin, garantissant la paix sociale ».

 

Une crise qui dure

Mais les Pouvoirs Publics ont abandonné le secteur agricole pendant 20 ans et aujourd’hui les prix ne sont plus rémunérateurs. Sylvie Brunel voit plusieurs causes à cette crise : 4 centrales d’achats qui font la pluie et le beau temps en France, l’abandon des quotas laitiers, l’embargo russe et le ralentissement de l’économie chinoise. Résultat : en 17 ans notre pays à perdu la moitié de ses fermes et aujourd’hui sur 100 Ä de produits alimentaires seulement 6,20 Ä reviennent au producteur. De plus les exploitants font face à une réglementation très lourde et l’État français alourdit les normes européennes. Pourtant les agriculteurs ont sauvé notre pays de la faim après la guerre et aujourd’hui le secteur agricole reste le 2e employeur de France. « C’est une agriculture qui a relevé le défi de la productivité tout en économisant des surfaces » ajoute l’économiste. Mais l’agriculture française est menacée, elle perd 100 000 ha par an et une exploitation sur cinq n’est pas remplacée lorsqu’elle cesse son activité.

Selon Sylvie Brunel, l’agriculture a un rôle environnemental majeur : « on attend que les agriculteurs soient les pilotes des moyens de mise en œuvre de réduction du CO2. Mais on fait fonctionner une industrie de la peur alors que les paysans sont engagés dans la transition agro-écologique ». L’agriculture de précision et de conservation sont les clés d’un modèle durable, l’agriculture de demain passera par une innovation constante. « L’agriculture doit entretenir les paysages, fournir de l’énergie, verdir la chimie, capter le CO2, mais surtout assurer la sûreté alimentaire. Il faut refaire de l’agriculture une priorité pour sauver la France ».

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