L'Avenir Agricole et Rural 19 septembre 2013 à 10h03 | Par L'Avenir Agricole et Rural

HORSCH - La productivité agricole, un enjeu éthique

Le fabricant d’outils de travail du sol, dont la filiale française est basée à La Lucine près de Chateauvillain, a organisé deux journées de réflexion sur les perspectives de l’agriculture mondiale, avec l’intervention de deux spécialistes allemands en économie et en agronomie.

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La nécessité de produire plus et mieux dans le domaine agricole est une responsabilité éthique de l’Europe vis-à-vis des autres pays du monde, puisque ce continent est doté d’un climat propice à la production de céréales et de terres arables parmi les plus fertiles au niveau planétaire. Située entre le 40e et le 50e parallèle, l’Europe assure à elle seule un quart de la production de blé mondiale, qui s’élève à 564 millions de tonnes, explique H. Schönberger. Quant aux Etats-Unis, ils produisent la moitié de la production mondiale de maïs qui est de 671 millions de tonnes.

Pour F.J. Radermacher, il est possible de nourrir 10 milliards d’habitants, encore faut-il que le pouvoir d’achat soit équitablement réparti dans le monde et entre les citoyens. 15 % de la population mondiale souffre de la faim actuellement. Pour cela, les valeurs fondatrices de la démocratie, nées de la révolution française -Liberté, Egalité, Fraternité- doivent dépasser les frontières et s’appliquer à un niveau global.

 

Les rendements progressent depuis les années 60 mais stagnent depuis dix ans en colza et en blé. Pour l’agronome, ce constat est lié à la réduction de la fumure organique, à la monoculure et aux rotations simplifiées.

Des réserves de rendement existent cependant. Elles peuvent être activées grâce à différents leviers. On constate un appauvrissement en matière organique de la sous-couche arable (10-20 cm) alors qu’un enracinement à ce niveau est souhaitable ; un travail du sol profond et à un rappui différencié peuvent apporter une amélioration, de même que l’apport d’une fumure de fond (phosphore, potasse).

Un peuplement homogène grâce à l’utilisation d’un semoir monograine permet une meilleure exploration du sol et des plantes plus robustes. Les études ont montré que l’espacement optimum en colza est compris entre deux et trois cm. Enfin, la sécurisation des rendements visés passe nécessairement par l’application de fongicides associés à des oligo-éléments appliqués en foliaire comme le bore et le cuivre qui vont renforcer leur action.

 

Réglementer le plus grand casino du monde

Pour favoriser un développement durable à l’échelle planétaire, réglementer le secteur financier est une nécessité. Celui-ci est fondé d’une part sur la rapidité de la circulation de l’information amplifiée par Internet et d’autre part sur une instabilité constante, source de plus-value. La loi du marché, qui était censée aboutir à l’équilibre, est en fait aux antipodes du développement durable. La responsabilité liée à la propriété y est dissoute puisque les spéculateurs peuvent acheter et revendre des actifs en quelques minutes et encaisser des plus-values non taxées dont le niveau dépasse l’entendement... F.J. Radermacher cite une expérience menée par le Prix Nobel d’économie américain Joseph Stiglitz selon laquelle la répartition des richesses est inacceptable ; il a tenté de représenter sur un graphique les plus grandes fortunes mondiales. Avec une échelle de 1 cm = 100 000 dollars, il aurait fallu un papier d’une hauteur de … 4 km. Ces détenteurs de capitaux apatrides, exonérés de toute forme de taxe, placent leur argent dans la terre et menacent la planète de «Bresilianisation» (de grands propriétaires terriens et une pauvreté accrue de la population). Le milliardaire activiste Georges Sorros, qui a fait fortune à la bourse affirme lui-même que tant que les Etats ne seront pas capables d’établir des règles, il continuera a s’enrichir.

La crise financière de 2007 a percé au grand jour le vaste casino que représentent les marchés et remis au goût du jour la fameuse taxe Tobin. Taxer les transactions financières à l’échelle européenne permettrait de récolter entre 10 et 30 milliards d’euros. Le problème avec ces capitaux hautement volatils, dont l’économie a besoin pour fonctionner, c’est qu’une telle taxe, si elle n’est pas appliquée au niveau mondial, sera contournée avec un risque d’effondrement des marchés européens. Il faut donc que le G20 et l’Organisation de Coopération et de Développement, l’OCDE (composée de pays développés), aboutissent à une réglementation des marchés. Pour F.J. Radermacher, il y a trop de réglementation intra-communautaire pour tenter de contre-balancer l’absence de réglementation inter-planétaire.

Autre point important, les paradis fiscaux. Depuis la crise de 2007, la Suisse a fait une avancée significative en fermant les comptes des détenteurs ne transmettant pas leurs informations bancaires à leurs Etats respectifs.

...et activer les leviers agronomiques

Selon la FAO, le développement au niveau mondial passera nécessairement par des agricultures vivrières associées à des systèmes agro-forestiers, capables dans certains cas de faire reculer le désert.

En attendant, les pays à fort potentiel agronomique ne doivent pas céder à «l’extensification» décidée par les pouvoirs politiques sous la pression des environnementalistes, et continuer leurs efforts de déplafonnement des rendements car, selon H. Schönberger, chaque tonne de céréale qui n’est pas produite chez nous devra l’être ailleurs dans le monde sur trois à cinq fois plus de surface. Il s’appuie sur les besoins de l’être humain en «équivalent blé» ramenés à la surface. (voir tableau dans notre numéro de cette semaine page 24).

- © Estelle DAUPHIN

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La vision  de Monsieur Horsch PDG, et Robert DORSEMAGEN, RESPONSABLE COMMERCIAL

sur l'agriculture européenne.

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