L'Avenir Agricole et Rural 19 octobre 2006 à 00h00 | Par F.Thevenin

HAUTE-MARNE - VOYAGE, Viva Corsica

L'agriculture corse n'a rien de comparable avec celle du nord de la France. D'un point de vue technique, elle est plus rude. D'un point de vue administratif, les éleveurs ne subissent pas les pressions que supportent les haut-marnais…

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Inutile de dire que les laiteries et lieux de fabrication des fromages ne sont pas devenus de véritables laboratoires comme en Haute-Marne. La DSV n'y voit rien à redire !
Inutile de dire que les laiteries et lieux de fabrication des fromages ne sont pas devenus de véritables laboratoires comme en Haute-Marne. La DSV n'y voit rien à redire ! - © AVENIR AGRICOLE ET RURAL
Avec un Produit Intérieur Brut par habitant estimé à 20 000 euros, la Corse se situe en dernière position parmi les régions françaises, à 13 % de la moyenne nationale. Elle se positionne juste devant les régions Limousin et Poitou-Charentes en termes de PIB par emploi avec 53 000 euros, montant inférieur de 7 % à la moyenne nationale.
 
Du point de vue structurel, la Corse se caractérise par une répartition de la valeur ajoutée par secteur extrêmement typée. En dépit d'une image tenace d'économie agricole, la Corse dispose d'une population très majoritairement urbaine (63 %). Exclue du mouvement de révolution industrielle, elle compte par ailleurs le secteur secondaire le moins développé du pays. Elle constitue enfin la région française la plus orientée vers le secteur tertiaire où elle dispose d'atouts majeurs pour étayer son développement et surmonter ses handicaps traditionnels (insularité, relief, stagnation démographique…). Son potentiel touristique inhérent à un patrimoine culturel et environnemental riche et varié, ainsi que ses capacités d'innovation et d'exploitation des nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC) constituent en particulier deux créneaux porteurs sur lesquels la Corse pourrait opportunément se positionner.
Du point de vue conjoncturel, la situation économique générale de l'île se trouve actuellement en voie d'amélioration. La Corse connaît notamment une démographie d'entreprises plutôt dynamique et un net rattrapage de la moyenne nationale en termes d'emploi, avec un différentiel de taux de chômage de 0,4 point au en 2005, contre 4 points en 1997. La croissance de la Corse, stable par rapport à celle du continent, devrait connaître dans les années à venir une nette accélération à la faveur de la mise en place progressive du Programme Exceptionnel d'Investissement (PEI), à condition que l'île soit en mesure de résoudre les contraintes d'offre inhérentes à l'étroitesse de son marché intérieur par une ouverture accrue aux échanges extérieurs.

Des handicaps lourds

Le secteur agricole occupe aujourd'hui une place réduite dans l'économie insulaire représentant environ 2 % du PIB de l'île et 3,6 % de la population active. Il génère un chiffre d'affaires annuel de 230 millions d'euros. Il conserve toutefois un rôle important dans la vie sociale et induit des effets globalement positifs sur l'occupation et l'entretien du territoire (prévention des incendies…). Avec 3 600 unités de production en 2000, la Corse a perdu 30 % de ses exploitations agricoles depuis 1988, ce qui est conforme à la tendance nationale. La taille des exploitations agricoles corses est inférieure d'un tiers environ à la moyenne nationale.
L'agriculture corse revêt un caractère dual, une agriculture traditionnelle de type extensif, centrée sur l'élevage (intérieur et sud de l'île) côtoyant une agriculture spécialisée, moderne et intensive, axée sur les cultures fruitières et la vigne (plaine orientale). Elle souffre cependant de multiples handicaps :

- la faible rentabilité des exploitations, en raison de leur taille, des coûts de production (déficit fourrager, surcoût engendré par l'insularité...) et des problèmes de gestion, largement imputables au manque de professionnalisme et de formation
- la situation foncière complexe avec l'indivision qui rend l'accès au foncier difficile
- le vieillissement préoccupant de la population agricole. La part des moins de 35 ans n'atteint plus que 10 %. L'âge moyen s'élève désormais à 52 ans. Le nombre de dossiers d'aide à l'installation est en moyenne annuelle de 25 sur la période 2000/2005, contre 45 entre 1991 et 1996.


A ces faiblesses s'ajoute le problème majeur et récurrent du surendettement agricole. Apparue dans les années 1970, cette problématique explique en large partie l'enlisement de ce secteur. Le taux d'endettement global (toutes productions confondues) s'élève à 43 % en Corse, contre 35 % au niveau national ; l'endettement représente ainsi 124 % du chiffre d'affaires contre 87 % dans la France entière. La complexité de la question repose notamment sur la diversité des dettes accumulées : aux 200 millions d'euros de dette bancaire, il convient ainsi d'ajouter près de 60 millions d'euros de dette sociale (MSA) et 9,4 millions d'euros d'endettement à l'égard de l'Office d'équipement hydraulique de Corse.

Des potentialités à exploiter

Afin de pérenniser les exploitations viables et de permettre un véritable décollage agricole, les pouvoirs publics ont décidé la mise en place d'un nouveau plan de désendettement (protocole d'accord Etat/Crédit Agricole/ Agriculteurs) qui doit s'accompagner d'un Plan de relance.
Celui-ci devrait favoriser une modernisation des structures et une professionnalisation des exploitants, tout en s'inscrivant dans une double orientation : la promotion de la qualité et le développement de l'agro-tourisme.
Les filières de production sont nombreuses et de dimension modeste, et souffrent d'un manque d'appui technique. Dans ce contexte, un objectif fondamental consiste à promouvoir des productions de qualité qui trouvent de bons débouchés et bénéficient d'une excellente image auprès du public (logique d'identification des produits) par des mesures spécifiques d'accompagnement pour chaque filière. La réussite des AOC viticoles ou de l'AOC miel de Corse en constitue des exemples encourageants. L'agriculture corse devra cependant savoir s'ouvrir aux échanges extérieurs et assurer la promotion de ses produits.
La Corse constitue un terreau propice à l'essor du tourisme vert. Faute de capitaux suffisants, les exploitants ont jusqu'à présent peu investi cette piste de diversification : seules 4 % des exploitations insulaires sont aujourd'hui concernées. Face à l'intérêt suscité par le tourisme rural, il s'avère nécessaire de présenter une offre d'activités plus complètes, s'appuyant sur des projets collectifs.
Il conviendra cependant de veiller à une mobilisation complète et une allocation efficace des crédits. Ainsi, la mise en œuvre des programmes CPER/DOCUP (pour un total de 120 millions d'euros) présente des situations très contrastées en fonction des mesures. A titre d'exemple, les aides à l'installation des jeunes se trouvent largement délaissées, contrairement à l'accompagnement technique des exploitations.
Heureux ?

En Haute-Marne, dès qu'une vache n'a plus deux boucles, qu'un veau est déclaré avec quelques jours de retard… l'éleveur s'expose à des sanctions. Cela commence par des avertissements puis des menaces et enfin par des prélèvements financiers sur les subventions ou l'obligation d'abattre l'animal. En Corse, la plupart des animaux pâtures dans le maquis, vêle seule et les effectifs des troupeaux sont très approximatifs… Personne n'y voit rien à redire !
En Haute-Marne, les contrôles de la DSV, de la DDA et autres organismes se multiplient. Sur un an, les agriculteurs n'ayant pas vu un contrôleur sont très peu nombreux. En Corse, ces structures administratives existent mais aucun agriculteur ne fait l'objet de contrôle. Au contraire, ils sont soutenus, aiguillonnés et aidés !
En Haute-Marne, lorsqu'un animal est au milieu d'une route départementale - ne parlons même pas des nationales- les agriculteurs se font insulter. Les gendarmes sont alertés. Les amendes tombent. En Corse, le touriste et les insulaires trouvent cela très exotiques. Malheur à celui qui oserait râlé et se plaindre !
En Haute-Marne, si un agriculteur souhaite transformé son lait et faire ses propres fromages, il lui faut investir dans un laboratoire avec des normes précises sous le contrôle de la DSV. Il en est de même pour le moindre bâtiment d'élevage. En Corse, les agriculteurs sont libres et font selon leurs moyens. Là encore, le touriste qui voit des fromages au lait cru sécher au fond d'un local ne trouve rien à redire !
Personnellement, je croyais que la Corse était l'une des 22 régions françaises et que la loi était la même pour tous… Je ne condamne pas du tout ce qu'il se fait là-bas. Au contraire, ce sont eux qui ont raison et la dérive se trouve plutôt de notre côté. Moralité : si vous voulez découvrir un paradis administratif dont rêvent tous les agriculteurs, allez en Corse…

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