L'Avenir Agricole et Rural 21 mai 2008 à 00h00 | Par Jean-Louis BLONDEL

Haute-Marne - Volatilité décoiffante !

La commission grandes cultures FDSEA – JA s’est réunie le 14 mai dernier pour faire le point sur les sujets d’actualité au premier rang desquels on retrouve la volatilité des cours des céréales et des oléagineux. Le syndicalisme analyse sans euphorie le contexte actuel qui est aussi marqué par des augmentations vertigineuses des charges.

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Commission Grandes Cultures

L’année 2007 bat probablement tous les records en matière de gestion. malgré une récolte plus que moyenne, les résultats sont excellents car les charges des intrants étaient encore à des niveaux raisonnables. Ainsi, le revenu à l’hectare des exploitations céréalières est de 356 Euros contre 156 en 2006 et 182 en moyenne sur les 6 dernières années. Cette estimation a été réalisée par le CER sur la base d’un prix moyen du blé de 185 Euros.
Qu’en sera-t-il en 2008 ? Tout dépendra de la récolte mondiale et de l’évolution des stocks.
La hausse des charges des engrais, encore limitée en début de campagne 2 007 a été encore de plus atténuée par une faible utilisation en raison des conditions météorologiques. Il en sera bien sûr autrement pour 2 008 et les perspectives pour 2 009 sont encore plus préoccupantes. Le prix des engrais a pratiquement doublé et l’utilisation des phytos est en augmentation.
Jean Paul Kihm a ainsi manifesté son inquiétude sur le retrait de certaines matières actives dont le remplacement n’est pas toujours assuré par d’autres produits. Malgré ces préoccupations, les membres de la Commission sont unanimes à reconnaître que le marché est plutôt bien orienté à long terme à condition qu’on ne remette pas en cause la politique des biocarburants.

Le nouveau procédé carburant


Thierry Lahaye a rappelé que les hausses de prix de matières premières agricoles étaient principalement dues à une mauvaise récolte mondiale et une faiblesse chronique des stocks.
Cette tension prévisible a été accentuée par la spéculation financière. Les biocarburants ne représentent que 1 % de la SAU mondiale. Le blé et encore moins le riz ne sont utilisés pour les biocarburants et pourtant les prix ont flambé. Les besoins alimentaires ne sont pas non plus menacés par les biocarburants, l’incorporation de 7 % est largement couverte par la remise en culture de la jachère ; il ne faut pas non plus oublier que les biocarburants produisent aussi de l’alimentation animale (tourteaux, drèches, pulpes) permettant de dégager des superficies supplémentaires et de nous rendre plus autonomes en matière de protéines végétales. En 2010 nous produirons 3,5 millions de tonnes de tourteaux supplémentaires en France, soit l’équivalent de ce que nous importons en tourteaux de soja.
Combattre les biocarburants serait irresponsable et suicidaire surtout au niveau du biodiesel qui absorbera les 4/5 de la production de colza. 500 000 hectares suffisent en effet pour satisfaire les besoins alimentaires en France alors que 2 millions d’hectares seront écoulés dans les unités d’estérification.

Pour une harmonisation européenne des phytos


La commission a pris connaissance de la dernière liste des retraits de matières actives.
Quelques-unes de ces produits concernent les grandes cultures et la solution de remplacement n’est pas toujours évidente. La commission demande que la législation soit harmonisée au plan européen et elle espère que les nouvelles modalités d’autorisation de mise en marché permettront d’accélérer la recherche et la commercialisation des produits.
Les phytosanitaires comme les médicaments sont aujourd’hui contrôlés par la même administration, ce qui paradoxalement permet de désengorger les procédures.

Apprivoiser les marchés :

Pierre Ammeux conseiller en gestion de la Société ODA (Offre et Demande Agricole) a exposé pendant près de 2 heures le contexte des marchés et le rôle que joue son entreprise constituée de 40 collaborateurs dont 6 spécialisés dans l’analyse des marchés pour anticiper les évolutions et prendre les couvertures adaptées.
La volatilité des cours européens trouve d’abord son origine dans l’abaissement draconien des prix d’intervention qui étaient autrefois supérieurs au prix du marché mondial et qui ne jouent plus leur rôle stabilisateur. Deuxième cause de cette volatilité : l’abaissement des stocks mondiaux qui a atteint l’an dernier un minimum historique. Dès lors la moindre variation de production sachant que la demande est relativement stable au niveau mondial, entraîne des tensions de marchés. Le rendement moyen mondial des céréales est de l’ordre de 28 quintaux. Mais selon que la récolte (ou la prévision) se situe à 27 ou 29 quintaux, le marché réagira à la hausse ou à la baisse avec une forte amplitude.
Pour 2008 il est encore trop tôt pour définir à 2 quintaux près le rendement moyen mondial. Le marché à terme restitue un certain nombre de données météorologiques qui sont par nature aléatoires.
Les fondations sont saines car les stocks restent faibles, mais rien ne permet d’affirmer que les cours actuels resteront à leur niveau de 200 Euros /tonne environ pour le blé. Il existe donc des outils de couverture pour prendre position en se réservant la possibilité de débloquer une position pour bénéficier d’une meilleure opportunité de marchés. C’est ce que l’on appelle les options.
ODA n’a pas vocation à inciter ses clients à spéculer mais au contraire à les assurer contre les variations de cours. Des informations régulières sont communiquées aux agriculteurs et aux différents acteurs sur le marché des graines et/ou des aliments du bétail.

Il est aujourd’hui possible de se positionner pour la récolte 2 008 en blé et pour la récolte 2 009 en oléagineux. Aux USA l’anticipation peut même aller au-delà de 2 années. Lorsque l’agriculteur a défini son prix de vente optimal pour dégager un revenu minimum, il peut ainsi se positionner et avec l’achat d’une option, qui représente aujourd’hui près de 10 % du cours, profiter d’une opportunité de marché. Compte tenu de la volatilité des cours, les options sont toutefois plus chères.Cette assurance combinée avec une assurance récolte telle que celle diffusée actuellement par le Crédit Agricole ou Groupama permet de sécuriser fortement le revenu. C’est probablement cette voie qu’il faut explorer pour mettre en œuvre les outils de régulation de marchés de demain dans le cadre de la réforme de la PAC. C’est aussi pour cette raison que les américains ne veulent pas modifier leur farm bill qui repose sur le principe du soutien variable en fonction du marché, même s’il est contraire à la boîte verte de l’OMC.

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