L'Avenir Agricole et Rural 14 juin 2007 à 00h00 | Par JL BLONDEL

HAUTE-MARNE : secheresse - ESCOURGEON : c'est bien un problème de cervoise

La recherche variétale peut apporter le meilleur mais aussi le pire. De nombreux agriculteurs haut-marnais font aujourd'hui les frais d’une jeune variété d’escourgeon dont le manque de rusticité a été mis en évidence suite aux conditions climatiques du mois d’avril qui étaient certes difficiles sans être exceptionnelles ni destructrices puisque les autres variétés ont beaucoup mieux résisté. Des procédures sont en cours pour rechercher les responsabilités en amont de la filière.

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Cette parcelle de 32 ha située sur le territoire de Villiers sur Suize est entièrement sinistrée.
Cette parcelle de 32 ha située sur le territoire de Villiers sur Suize est entièrement sinistrée. - © JL BLONDEL

Début mai, lorsque la FDSEA a eu connaissance des premiers incidents de culture, une enquête a été lancée pour recenser les problèmes. Une quarantaine d’agriculteurs ont signalé des dégâts plus ou moins importants sur l’ensemble du département, avec une localisation plus concentrée sur le Barrois et le plateau de Langres. Dans certaines parcelles les pertes sont spectaculaires, jusqu’à 100 % d’épis non fécondés. D’autres chutes de rendements sont signalées ici ou là sur d’autres variétés telles qu’Azurele ou Colibri (qui sont elles aussi des jeunes variétés) mais l’intensité est moindre. La SEPAC est plus exposée que les autres organismes stockeurs car elle est davantage implantée dans cette zone et elle avait pris l’option de commercialiser à grande échelle (environ 5 000 ha) cette semence prometteuse en se basant sur des résultats d’essais très positifs. Cet OS assume aujourd’hui sa part de responsabilités, d’une part en se montrant très compréhensif sur le respect des contrats de commercialisation qui avaient été signés, et en accompagnant les agriculteurs dans leurs démarches de recherche de responsabilités, d’autre part.

Qui est responsable ?


Il n’y a probablement pas un responsable, mais une chaîne de responsabilités qui va de l’obtenteur, la société MONONT à l’organisme stockeur qui a vendu la semence certifiée, vente qui était souvent couplée à un contrat de commercialisation en orge brassicole bien que cette variété soit encore en observation vis-à-vis de la malterie.
Entre ces deux acteurs, il y a le Comité Technique Permanent de la Sélection (CTPS) qui a surveillé le comportement de la variété pendant deux ans avant que le Groupe d’Etude et contrôle des Variétés et Semences (GEVES) en autorise la commercialisation en 2005. Les semenciers, puis les OS ont ensuite conduit des essais pour valider le comportement de la plante dans les différents contextes de culture. Jusque-là aucune anomalie n’avait a priori été signalée. Et c’est probablement derrière ce constat que se retrancheront tous les acteurs de l’amont de la filière. Il n’en reste pas moins que l’agriculteur a acheté en toute confiance une semence qui avait été garantie pour ses performances. D’ailleurs la société MOMONT, pour en faire la promotion, n’a pas hésité à utiliser le slogan « l’escourgeon qui ne fait rien à moitié sauf les demis ! » (cf encadré). Ce slogan a aujourd’hui un goût amer !
Même si le droit et la jurisprudence ne sont pas favorables, la FDSEA 52 entend bien mettre chaque intermédiaire face à ses responsabilités.
Est-il, par exemple, normal que les phénomènes climatiques tels que le stress hydrique en période de pollinisation et méïose (puisque c’est une explication plausible) ne soit pas évalué dans la fiche technique des semences ?

Est-il aussi normal qu’une variété soit si rapidement mise en culture (65 000 ha cette année au niveau national) alors que la variété n’a que deux ans sans attirer l’attention des agriculteurs ?

Certes aujourd’hui la recherche variétale doit être dynamique et faire preuve d’une grande réactivité mais il serait logique que les incidents liés à la fragilité intrinsèque de la plante fassent l’objet d’une couverture en responsabilité civile. Si aucune assurance privée ne fonctionne il faudra imaginer d’autres moyens de couverture. En toute hypothèse il est hors de question que seuls les agriculteurs et leurs OS paient pour l’ensemble de la filière.

La Haute-Marne est-elle seule concernée ?


La FDSEA a lancé une enquête auprès du réseau FNSEA pour vérifier si d’autres problèmes étaient apparus ailleurs. Pour le moment la Haute Marne semble être la zone la plus touchée ; ce qui ne va probablement pas faciliter les démarches d’engagement de responsabilités. Mais un fait est incontournable : la Cervoise est la seule variété a être aussi gravement sinistrée et le sinistre doit bien avoir une autre cause que le climat ou la qualité des sols puisque les autres variétés plus anciennes ont bien résisté. Pour le moment l’heure est au constat. Les experts vont se rendre dans les parcelles avant la moisson. Le procès, et espérons-le la conciliation, viendront ensuite.

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