L'Avenir Agricole et Rural 14 décembre 2006 à 00h00 | Par A Leblond

HAUTE-MARNE - LAIT : POUR QUE LE PRIX DU LAIT AUGMENTE

La FNPL l’a annoncé lors de son Conseil National le 15 novembre dernier, le prix du lait doit augmenter en 2007 mais, précisait-elle, il faudra pour cela franchir l’obstacle d’une grande distribution qui s’accapare une part de plus en plus importante de la plus value des produits laitiers.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
L'indice du prix du lait payé (ADL) comprise a diminué de 1,5 %
L'indice du prix du lait payé (ADL) comprise a diminué de 1,5 % - © FDPL
Rencontre avec les directeurs

Pour cela un mouvement national de sensibilisation et de pression sur cette grande distribution était lancé sur la période du 4 au 14 décembre, l’objectif premier étant d’aboutir à une table ronde dès le 14, réunissant autour de la FNPL les représentants de la distribution et ceux de la transformation, dans le but de définir des règles de bonne conduite permettant un meilleur partage de la valeur ajoutée, car c’est bien là que le bât blesse.

Le temps est loin en effet (2000-2001) où prix «consommateur» et prix «sortie usine» évoluaient en phase (cf graphique). Depuis 2001 les deux courbes s’éloignent, mettant en évidence l’accaparation de plus en plus grande de la valeur ajoutée par le dernier maillon au détriment des deux autres, transformateurs bien sûr puis  par contre coup, producteurs.
Démontrer dans un premier temps cet état de fait que rien ne justifie compte tenu du niveau de gain déjà atteint par la grande distribution, niveau découlant seulement d’un rapport de force extrêmement favorable, d’ailleurs beaucoup plus que dans la plupart des autres pays, c’est le sens de l’action syndicale lancée par la FNPL et relayée à sa façon par la FDPL en rencontrant les directeurs, parfois même d’ailleurs propriétaires, des grandes surfaces chaumontaises (Intermaché, Leclerc, Casino).
Chiffres à l’appui Richard Bourbon et André Leblond leur ont indiqué ce que la filière considère comme une dérive compromettant l’avenir même de certaines de ses composantes, qu’il s’agisse d’entreprises laitières ou de producteurs,puis leur ont demandé de transmettre le message là où ont lieu les négociations (centrales d’achat).

L’augmentation passe par les PGC

L’accueil fut bien sûr des plus cordial, mieux vaut un rendez vous qu’une manifestation, mais il s’agissait aussi pour le nouveau Président  de la FDPL de se faire connaître tout en expliquant clairement que la situation ne pouvait durer.
En effet après 3 ans de «digestion» de la réforme de la PAC qui se sont traduits par une baisse du prix du lait, certes contenue dans les limites de l’ADL au niveau des accords nationaux arrachés de haute lutte par la FNPL, mais les dépassant par toute «la sauce» retirée par les laiteries sur les grammes différentiels MG – MP et plus encore sur les primes contractuelles, le prix du lait ne doit plus baisser et doit même augmenter.
Selon la FNPL c’est possible et ça passe par les PGC (Produits de Grande Consommation), d’où l’action syndicale en cours. Que la Grande Distribution arrête de profiter sans retenue de la position dominante que lui confère le poids de ses enseignes et son organisation, autrement dit “qu’elle en lâche un peu” et le meilleur partage de marge en découlant permettra l’évolution du prix revendiquée car nécessaire.
 
Charges – prix, un différentiel accru

Pour la FNPL et ses organisations départementales il ne s’agit pas d’un effet de manche syndical mais à la fois d’une nécessité et d’une réalité économique.
Alors que les exploitations sont souvent fragilisées par une mise aux normes généralement coûteuse et de moins en moins aidée, charges de production et prix du lait évoluent également dans des sens opposés.
Deux chiffres suffisent à le prouver et à justifier la nécessité du redressement du prix : sur la période 2000-2006 l’indice général d’évolution des charges, a, en ce qui concerne la production laitière (cf encadré) évolué de + 16,4 % alors que l’indice du prix du lait payé, ADL comprise, a diminué de 1,5 % ! (cf graphique).
 
Pas de fatalité

Bien que toute la politique communautaire vise à une baisse des prix au titre de la sacro sainte compétitivité mondiale, il n’y a pas de fatalité à celle-ci, c’est ce que s’évertue à prouver en permanence la FNPL et ce à quoi participe activement la FDPL de Haute Marne.
Les rendez vous de la semaine dernière et les relevés de prix «consommateurs» en cours dans 30 magasins du département en sont l’illustration.

Rencontre avec Luc Chatel

Enfin en cette période quasi pré-électorale, mais surtout parce qu’il a oeuvré à la préparation de la dernière loi sur le commerce, dite Loi Dutreil, le Président de la FDPL a également rencontré le député Luc Chatel afin de l’informer du constat d’accaparation de plus en plus importante de la marge par la grande distribution et du premier bilan réalisé sur l’application de la Loi Dutreil, bilan faisant d’ores et déjà apparaître quelques disfonctionnements majeurs, preuve s’il en fallait de la capacité d’adaptation que confère à la grande distribution, sa puissance.
La note qui lui fut remise dénonce également la démagogie des discours sur le pouvoir d’achat des ménages, qu’ils émanent du commerce ou des hommes politiques, et profitant de l’occasion mentionne également le refus de la Profession d’une aggravation de la réforme communautaire, comprenant pourquoi pas la suppression des quotas, en tant que nouvelle concession à l’OMC au titre de toujours plus de libéralisme économique.

IPAMPA
L’évolution des charges

L’indice des Prix d’Achat des Moyens de Production Agricole, ou IPAMPA, a été créé par l’Institut de l’Elevage et l’INSEE dans les années 90. Mis en place par la FNPL en 1997, l’indice IPAMPA-Lait, spécifique à l’élevage laitier, permet de suivre l’évolution des prix des biens et des services, hors taxe, utilisés par les agriculteurs pour la production laitière. Aujourd’hui compté en base et référence 2000 (on applique l’indice 100 aux prix de l’année 2000), l’IPAMPA est calculé chaque mois sur 235 postes élémentaires, dans les secteurs suivants :
   

    - aliments achetés
     dépenses vétérinaires
    - engrais et amendements
    - semences
    - produits de protection des cultures
    - énergie et lubrifiants
    - fournitures
    - entretien du matériel
    - entretien des bâtiments
    - frais généraux
    - matériels et installations
    - bâtiments.

Il repose sur les prix d’environ 6 000 articles relevés chaque mois par le SCEES auprès de 260 points de venge répartis sur tout le territoire. Sur le reste du champ (énergie, biens d’équipement), on reprend des indices de prix de vente industriel (IPVI) et des indices de prix à la consommation.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. L'Avenir Agricole et Rural se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

L'Avenir Agricole et Rural
La couverture du journal L'Avenir Agricole et Rural n°2521 | novembre 2018

Dernier numéro
N° 2521 | novembre 2018

Edition de la semaineAnciens numérosABONNEZ-VOUS

Les ARTICLES LES PLUS...

Voir tous

Voir tous

Voir tous

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 23 unes régionales aujourd'hui