L'Avenir Agricole et Rural 12 septembre 2007 à 00h00 | Par F.Thevenin

HAUTE-MARNE - GARE "AUX APPRENTIS SORCIERS"

Sous la présidence de Jean-Louis Courtoux et en présence du Préfet, les élus de la Chambre d’Agriculture ont tenu une nouvelle session. Point fort de l’après-midi : le tour de l’actualité du Président entre réalisme, espoir et colère.

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Pour débuter son tour de l’actualité, Jean-louis Courtoux est revenu sur les conditions météorologiques de l’année. Pour lui, cet été n'a pas eu lieu ! Les conséquences en ont été un déroulement erratique des travaux des champs et en particulier de la fenaison qui vient de se terminer avec deux mois de retard….
La moisson s'est déroulée dans des conditions humides  et les rendements qui promettaient tant à la sortie de l'hiver se sont révélés moyens. Heureusement les prix sont au rendez-vous à l’exception du lait. Il  prévient : «ceux qui veulent à toute force maintenir des prix bas notamment en augmentant voire en supprimant les quotas jouent à aux apprentis sorciers». Jean-Louis Courtoux poursuit : «on ne fera pas réapparaître des producteurs de lait avec les aides du 2ème pilier».


Hausse des prix, structurelles ou
conjoncturelles ?


Pour le grand public, la polémique récente sur le prix de la baguette a permis de mettre en évidence une forte tendance haussière des prix des matières premières agricoles. Cette tendance est-elle structurelle ? Jean-Louis Courtoux en est convaincu pour plusieurs raisons :
- la population mondiale augmente
- dans les pays développés, mais même dans d'autres, la surface agricole diminue (60 000 ha/an en France)
- l'extension géographique des aires de production les rend plus sujettes aux variations climatiques
- dans certains pays le niveau de vie augmente vite modifiant les habitudes alimentaires.

- il existe une tendance haussière sur l'ensemble des matières premières et pas seulement sur le pétrole
- la demande en non alimentaire est soutenue même si elle influe peu sur les prix.

Les conséquences attendues

Si cette tendance haussière se confirme, plusieurs conséquences peuvent en découler. Au niveau de l’Union Européenne, le président de la Chambre évoque une accélération des réformes pour aller vers l'achèvement de la PAC actuelle et sa conception surannée. Pour lui, la libéralisation tire les prix vers le bas.
Il parle également d’une généralisation des hausses des produits agroalimentaires donc un impact sur la composition de l'utilisation des revenus des ménages. Inévitablement, la part du revenu consacré à l’alimentation devra passer de 15 % à une vingtaine de pourcent.
Il évoque aussi un impact possible dans le sens d'un déséquilibre entre filières végétales et filières animales avec son effet sur l'aménagement des territoires et sur l'emploi et un impact possible sur les filières énergétiques d'autant plus que celles-ci font l'objet d'attaques incessantes de tous bords.
Au niveau mondial, Jean-Louis Courtoux craint un développement spéculatif de certaines productions avec un effet double : le renchérissement des produits de première nécessité alimentaire dans les Pays les moins avancés et la dégradation des conditions de vie à cause des conditions environnementales des productions spéculatives. Exemple : les résultats au Brésil pour la canne à sucre et aux Philippines pour l'huile de palme.

Une indispensable politique agricole européenne et mondiale

En réalité, plus que jamais, une politique agricole est indispensable tant en Europe que dans le monde car, pour Jean-Louis Courtoux, «un trop grand déséquilibre entre prix, offre et demande serait source de problèmes sociaux majeurs. Il ne faut pas oublier que le monde compte une majorité d'agriculteurs et que chaque homme devrait manger deux à trois fois par jour».
Pour lui, la seule politique qui vaille doit permettre à la fois la performance économique, la sécurité alimentaire, et, si les leçons du passé ont bien été retenues, la préservation des équilibres écologiques et sociaux.
En France et en Haute-Marne en particulier, il faut rechercher les conditions d'une performance durable et maintenir en particulier les bassins d'élevage. Il évoque, en exemple, la mise en place de MAE dans le territoire du Bassigny (voir page suivante). Pour lui, ce bassin herbage d'excellente qualité environnementale doit pouvoir «solvabiliser» cette qualité qui est une fonction productive « douce » et qui doit s'ajouter aux hausses des prix des produits animaux (lait, viandes, porc, œufs, ovins). A ce niveau, les politiques publiques ont un rôle majeur à jouer.
Ainsi, Jean-Louis Courtoux rappelle que les polémiques sur le prix de la baguette ne doivent pas être l'arbre qui cache la forêt. En France, le prix du pain est emblématique depuis des siècles et cet emblème qui est plus psychologique que réel ne doit pas servir à accroître encore le pouvoir de pression des grands distributeurs sur leurs fournisseurs. Pour lui, la modification annoncée de la loi Galland doit être suivie de près.

Assises et Grenelle

Il termine son propos sur les assises de l'agriculture qui semblent se dissoudre lentement dans les profondeurs de l'actualité au profit du Grenelle de l'environnement et de son emblématique enjeu : les OGM. Il déplore que ce sujet ait encore donné lieu, cet été, à des incidents plus que regrettables.
En conclusion, il souhaite que les soubresauts actuels des prix des matières premières puissent permettre à la commission de revenir sur une politique du tout libéral et du stock zéro : «aux consommateurs de comprendre que l'alimentation ne peut pas ne pas avoir un coût et aux contempteurs de tous bords de l'agriculture française qu'à vouloir mettre la barre trop haute, le remède risque d'être pire que le mal. J'espère en ce sens que le Grenelle de l'Environnement produira des mesures réalistes et acceptables pour la profession».

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