L'Avenir Agricole et Rural 06 octobre 2006 à 00h00 | Par JL BLONDEL

HAUTE-MARNE - FCO : Autarcie et civisme commercial

Face aux incertitudes scientifiques sur l’épidémie, le Ministre de l’Agriculture se montre très prudent ; ce qui oblige l’interprofession à organiser une sorte d’autarcie dans la zone règlementée . Ci-après, la position d’Alotis et celle du Ministre qui vient de répondre à un courrier de Charles Guéné.

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Alotis entend démontrer l'efficacité de la démarche de fililère.
Alotis entend démontrer l'efficacité de la démarche de fililère. - © REUSSIR

Trois questions réponses à Jean GUINAY Directeur d'Alotis.

 A.A.R. : quelles sont les catégories d'animaux les plus touchées par cette nouvelle crise ?

J.G. : Les animaux d'élevage qui étaient en grande partie exportés. Nous avons d'ailleurs recommandé à nos adhérents de ne pas préparer de génisses pleines pour le 2ème trimestre 2007. Nous estimons que nous aurons peu de débouchés ; la situation à l'exportation risquant d'être durablement bloquée.
Les veaux de 8 jours subissent aussi une grosse décote car nous avons peu d'ateliers de veaux de boucherie dans notre région. Néanmoins Alotis ne laisse aucun veau sur les bras de ses adhérents ; nous avons suffisamment de débouchés vers les ateliers de taurillons. D'autre part la Hollande peut être une destination possible, mais la décote est dans tous les cas très importante.
En ce qui concerne les jeunes bovins de race viande nous avons reconverti nos débouchés en “vif” sur l'Italie et la Grèce en ventes “carcasses”. Nous bénéficions de notre partenariat historique avec SOCOPA qui, de par son implantation nationale, peut faire des arbitrages entre différents sites d'abattage.
Pour les broutards, nous avons mis en place un système de péréquation par la mise en réserve d'un montant de l'ordre de 40 ct d'euro qui sera reversé soit à l'engraisseur, soit au naisseur qui a vendu le broutard, soit aux deux selon l'évolution du marché. Actuellement nous enlevons tous les broutards de nos adhérents et nous commençons à travailler avec des non adhérents qui ne bénéficieront cependant pas du dispositif de péréquation que je viens d'évoquer.

A.A.R : Peut-on réellement s'organiser en « autarcie » sur la Région ? Que pensez-vous du civisme commercial suggéré par l'interprofession et les Pouvoirs Publics ?

J.G. : Nous avons suffisamment de capacités d'abattage sur nos zones réglementées. De plus il s'agit souvent d'abattoirs appartenant à des sociétés d'envergure nationale (SOCOPA ou Bigard). La réorganisation des circuits commerciaux peut être envisagée. Il suffirait d'assouplir quelques cahiers des charges de démarche de qualité. Il est ainsi urgent que les DSV donnent des dérogations prévues par Paris, par exemple, l'abattoir de Mirecourt n'a toujours pas l'autorisation d'abattre des animaux provenant de la zone interdite.
L'autarcie sur le « maigre » doit bénéficier d'une incitation des Pouvoirs Publics pour favoriser l'engraissement de ses propres animaux ou de ceux achetés. Dès le début de la crise Alotis a adopté un certain civisme commercial en stoppant les achats en zone indemne de broutards et de veaux (car nous allions en acheter dans l'Yonne et dans le Centre), afin de privilégier nos achats régionaux.

A.A.R. : comment voyez-vous l'évolution de cette crise ?

J.G. : L'absence d'informations précises sur l'évolution de la maladie et les inquiétudes légitimes de la grande majorité des éleveurs français situés dans la zone indemne me laissent craindre des restrictions durables de mouvements d'animaux, probablement jusqu'en juin 2007. Nous préparons nos adhérents à gérer cette crise dans le temps et nous ne sommes pas de ceux qui disent aux éleveurs : « attends un peu ça va s'arranger », en laissant entendre que les abattoirs en profitent pour acheter des animaux de qualité au prix la vache de réforme. C'est doublement faux. D'une part, il y a peu d'espoir de pouvoir abattre rapidement hors zone réglementée ; d’autre part, nos abattoirs locaux respectent les grilles habituelles.
Pour Alotis le prix des jeunes bovins a chuté de l'ordre de 30 ct d'euro en 3 semaines contre 15 ct d'euro dans l'Ouest, il n'y a donc pas d'effondrement à proprement parler. Dès la semaine prochaine nous proposerons des cours à la hausse. Nous avons évidemment quelques problèmes de débouchés en particulier pour les vaches de races à viande mais nous avons bon espoir que les flux commerciaux s'organisent même si les prochaines semaines vont être difficiles à gérer avec les sorties de pâtures. Grâce à notre politique de filière nous pouvons faire face à cette crise ; aucun adhérent n'a eu par exemple de problème pour vendre ses taurillons avant l'âge limite de 24 mois.
Concernant l'exportation d'animaux à haut potentiel génétique et particulièrement les génisses laitières nous sommes en revanche beaucoup plus inquiets car les restrictions de mouvements risquent d'aller bien au-delà du mois de juin 2007. Nous allons néanmoins garder des relations d “'amitié” avec nos clients étrangers, ne serait-ce qu'à partir de nos exploitations de la zone indemne.

En conclusion la situation est gérable si la toute la filière s'organise et si les Pouvoirs Publics mettent réellement en application le principe de solidarité nationale par des aides et des aménagements réglementaires adaptés. Mon inquiétude principale est sur l'évolution de cette épidémie encore trop méconnue par nos services vétérinaires.

Réponse du Ministre de l’Agriculture
à Charles Guéné qui, dans un courrier du 14 septembre, s’était fait l’écho de l’inquiétude des éleveurs des arrondissements de Saint Dizier et de Chaumont


(...) En l’absence de vaccin adapté et compte tenu de la probable transmission du virus par des moucherons présents sur l’ensemble du territoire français, les restrictions des mouvements d’animaux, associées à des mesures de désinsectisation, apparaissent comme le seul rempart à l’extension de la maladie.
J’attache par conséquent une importance particulière au respect des mesures en vigueur afin de préserver au maximum la santé du cheptel français et de limiter la diffusion de la FCO dont l’impact économique serait encore plus élevé si la maladie venait à toucher les principaux bassins français de production de bovins à viande.
Toutefois je comprends la situation délicate dans laquelle peuvent se trouver aujourd’hui certains professeurs situés dans les zones réglementées. C’est la raison pour laquelle j’ai demandé à mes services d’étudier en concertation avec les représentants professionnels et l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA), les mesures dérogations qui pourraient être prises pour répondre aux difficultés actuelles tout en garantissant un haut niveau de protection sanitaire des cheptels indemnes
(...) Les mesures sanitaires prises ont permis de maintenir l’activité commerciale dans la zone indemne, et en particulier les flux d’exportation des broutards vers l’Italie et l’Espagne. Ces mesures perturbent cependant l’activité économique de la zone réglementée et nécessitent une forte solidarité professionnelle entre l’amont et l’aval, qu’il convient de renforcer.
Je souhaite que cette solidarité interprofessionnelle permettre de réserver les places d’engraissement des broutards dans la zone réglementée aux animaux provenant de cette zone.
D’ores et déjà, un observatoire des prix a été mis en place par l’Office de l’élevage pour accompagner l’interprofession dans cette solidarité professionnelle. Un groupe de travail examine par ailleurs les démarches diplomatiques à entreprendre pour permettre la réouverture des marchés vers les pays tiers pour les semences et les autres produits d’origine animale.
Enfin, conscient des difficultés immédiates des éleveurs dans ces régions, un plan de soutien aux producteurs de veaux de huit jours et de broutard (e) s est à l’étude.
Je tiens à rendre hommage aux éleveurs et aux entreprises du secteur qui font preuve d’un grand professionnalisme dans cette crise.
Le Gouvernement, en lien avec les professionnels de la filière, suit au jour le jour l’évolution de la situation et réadaptera naturellement son dispositif en fonction des besoins. (...)

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