L'Avenir Agricole et Rural 24 juin 2010 à 10h41 | Par F.Thevenin

Haute-Marne - Éoliennes, le vent tourne

Le parc éolien a été le théâtre de la Journée du Vent, la « Wind Day », organisée par les acteurs de l’économie verte afin de communiquer sur les très controversés moulins à vent des temps modernes. Entre saturation visuelle et espoirs de rentabilité, il faut trouver le juste milieu.

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Un marché dynamique

Le potentiel de développement de l’éolien est actuellement situé à l’Est de la France. En Haute-Marne, quatre sociétés d’exploitation sont présentes : Enel, GDF suez, Eolres et Powéo. Enel greenpower France, filiale de l’opérateur national de production d’électricité italien, est la société qui exploite le parc éolien de Dampierre. Celui-ci devrait entrer en fonctionnement au cours de l’été. Le groupe possède aussi le Parc éolien des Eparremonts sur Brachay-Ferrière la folie et ne manque pas de projets. (Dancevoir, la vallée du Blaiseron…)

Damien Vacalus, chef de projets, est l’interlocuteur local. Il initie les contacts avec les propriétaires, les localités, les conseils généraux, etc.

Rentabilité

La rentabilité économique est estimée à 8 ans par les acteurs de la filière, pour une durée de vie moyenne de 20 ans hors moteur, et un investissement de 2,5 millions d’euros pour une éolienne de 2 Mégawatt. Certes cette estimation repose sur un prix de rachat attractif de la part d’EDF, mais qui n’est pas très éloigné du rachat d’électricité produit par les centrales nucléaires : 5 centimes le kwh produit par un EPR contre 8,2 centimes pour l’éolien.

Damien Vacalu, chef de projet chez Enel, explique que c’est la seule énergie renouvelable dont le coût diminue, ce qui s’est traduit par une baisse du prix de rachat de 0,18 centime par rapport à l’année dernière, car selon lui, la filière se met en place.

Au prix de rachat, il faut néanmoins soustraire la maintenance de l’éolienne et l’entretien de la voirie ainsi que les différentes taxes et indemnisations y affairant. Le propriétaire et l’exploitant se partagent en effet la somme de 2000 euros par mégawatt installé, pour une immobilisation foncière de 25 ares par éolienne.

Sur le petit éolien à 12 mètres, Arnaud Candini est moins optimiste au point de vue de la rentabilité, le vent étant significativement plus fort à partir de 80 mètres d’altitude.

 

 

Une source d’énergie qui fait débat

Le moins qu’on puisse dire c’est que ce mode de production électrique est très controversé. Pollution visuelle, auditive, risques pour la biodiversité… Qu’en est-il exactement ? Il est vrai que dans certaines zones du département, la surpopulation d’éoliennes dénature le paysage, regrettent certains élus du canton de Poissons, pourtant favorables au projet de départ. Une distance minimale des habitations doit être respectée pour éviter les nuisances. D’autre part, le déplacement des pâles peut perturber les ondes en créant des interactions avec les émetteurs TV. La solution adoptée par certaines sociétés d’exploitation a été d’installer des émetteurs récepteurs sur le mât des éoliennes.

L’implantation d’un parc est néanmoins soumise à différentes études d’impact environnemental avant la délivrance du permis de construire.

Les comptages annuels ne révèlent pas de risques majeurs pour la faune sauvage, hormis pour les chauves-souris en lisière de forêt, c’est pourquoi la distance minimale d’une lisière a été fixée à 200 mètres. L’éolien en forêt a d’ailleurs été écarté dans le schéma régional champardennais, ainsi que les zones de protection spéciale.

 

A son actif, l’éolienne est une énergie propre et renouvelable et totalement réversible. Une éolienne au cours de son exploitation permettra d’économiser au cours de sa vie 3 600 tonnes de carbone substituable aux énergies fossiles (gaz et charbon). L’éolien est une réponse pour atteindre l’ambitieux objectif fixé par le grenelle de l’environnement de 20 % d’énergies renouvelables en 2020.

Actuellement, cette source d’énergie représente seulement 2 % de la production totale d’électricité, mais on peut raisonnablement espérer atteindre une part de 6 % à l’horizon 2020, compte tenu de la progression actuelle et des perspectives de développement de l’offshore.

Enfin, c’est un mode de production pourvoyeur d’emplois locaux dans les métiers de la maintenance et qui génère des retombées financières importantes pour les territoires ruraux, les exploitants et les propriétaires fonciers.

 

 

 

 

Comment fonctionne une éolienne ?

Arnaud Candini est responsable de l’unité de maintenance de Bettancourt la ferrée appartenant à la société RePower, chargée de l’installation et de la maintenance des éoliennes et qui compte 14 salariés.

Pour déterminer l’emplacement d’une éolienne, des mâts météo sont installés afin de déterminer la force et la quantité des vents.

Au maximum de sa production, une éolienne peut aller jusqu’à 2 MW/h avec un vent de 12 m/s. Elle commence à tourner à partir de 3,5 m/s et est arrêtée pour des raisons de sécurité à partir de 25 m/s. Elle monte jusqu’à 17 tours/mn et il lui faut moins de deux tours pour s’arrêter.

Pour atteindre un rendement maximum, il faut des terrains plats et sans obstacles. La Champagne Ardenne présente donc des zones très favorables.

Le mât est une partie majeure de l’éolienne qui pèse jusqu’à 300 tonnes d’acier et représente 20 % du coût de revient. Le mât est constitué de trois segments, afin de faciliter le transport et le montage, explique Mathias Regnier qui travaille pour SIAG France, filiale allemande basée au Creuzot et leader au niveau national dans la fabrication des mâts.

 

Formation

Le lycée Bazin de Charleville Maizière a été précurseur en France en matière de formation technique dans le domaine éolien. A l’issue d’une formation de 480 heures et de 8 semaines de stage, les élèves, dans le cadre de la formation continue ou initiale, sont titulaires d’un certificat professionnel reconnu et plébiscité par la profession, répondant au référentiel allemand du BZEE*.

Michel Dohan, conseiller en formation continue au lycée Bazin estime à 70 % le taux de placement après la formation. L’accès à la formation est conditionné par l’obtention d’un bac électrotechnique, maintenance industrielle ou d’une expérience professionnelle significative dans ces domaines. Elle nécessite des aptitudes à travailler en équipe, moins de mobilité géographique qu’auparavant puisque le réseau se densifie et bien sûr une âme d’alpiniste… L’établissement est d’ailleurs équipé d’une tour d’entraînement de 25 mètres.

Les professeurs du lycée Bazin sont allés se former en Allemagne et ont depuis formé des homologues à Nîmes et au Mans. Le référentiel BZEE est en train d’évoluer avec l’intégration des activités offshore et une intensification de la sensibilisation à la sécurité au travail pour devenir « windskill », un référentiel international.

* Bildungszentrum für erneuerbare Energium : centre de formation des énergies renouvelables

Evolution réglementaire

Le Grenelle 2 pourrait imposer des parcs de plus de 8 mégawatts, ce qui compliquera leur implantation, redoute Arnaud Candini, responsable de l’unité de maintenance de Bettancourt la Ferrée.

Autre impact réglementaire pour les sociétés d’exploitation : la réforme de la taxe professionnelle (notre édition du 26 février 2010). En plus de la Cotisation Foncière, qui ira aux communes et de la cotisation sur la Valeur Ajoutée des Entreprises, les sociétés d’exploitation devront s’acquitter de l’IFER (Imposition Forfaitaire sur les Entreprises de Réseau) qui reviendra à 15 % à la commune, à 35 % aux EPCI et à 50 % au département.

Selon les estimations d’Enel, le mégawatt installé rapportait auparavant à la commune d’accueil 10000 euros.

Avec la réforme, la Contribution économique territoriale (CFE+CVAE) devrait rapporter 2 660 euros et l’IFER 2 913 euros répartis entre commune, EPCI, département et région. Une compensation de l’Etat devrait éviter l’effet de pallier la première année.

 

 

 

 

Témoignage de Claude Dufour, maire de Dampierre à l’initiative du projet de parc éolien

Le projet est né en 2004. Il a soulevé énormément de réactions mais au fil des réunions l’ambiance a changé et chacun a appris à s’écouter. Les études d’impact ont duré pendant quatre ans, jusqu’en 2008. Il y a beaucoup de plateaux à Dampierre et c’est finalement celui du « haut du Conge » qui a été retenu. Il est vrai que c’est le plus venteux. Lors de la tempête de 1999, c’est ici qu’il y a eu le plus de dégâts.

Les travaux sont actuellement en cours d’achèvement et le parc devrait entrer en fonctionnement cet été. Il sera relié à la centrale de Nogent en Bassigny ainsi qu’à une borne de 63 000 voltes. Il est dommage qu’on ait perdu un an en pourparlers car on aurait pu bénéficier de la taxe professionnelle pendant un an. Sa disparition rend le dispositif beaucoup moins attractif pour les collectivités locales.

 

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