L'Avenir Agricole et Rural 16 février 2007 à 00h00 | Par F.Thevenin

HAUTE-MARNE - CER France Haute-Marne, çà va mieux, merci !

L’assemblée générale de l’AGC de Haute-Marne est l’occasion, pour Gérard Degeorge, d’établir un rapport de conjoncture sur l’année qui vient de s’écouler.

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Avant même de donner les résultats économiques, Gérard Degeorge rappelle trois évènements majeurs de l’année 2006 :

- la mise en place des DPU avec des formalités administratives complexes et lourdes. Cette lourdeur et cette complexité ont d’ailleurs fait oublier aux agriculteurs une réelle baisse des soutiens à l’exception des jeunes agriculteurs et de certaines exploitations qui bénéficient de programmes spécifiques.

- la deuxième année
de conditionnalité avec l’obligation pour les agriculteurs et en particulier les éleveurs d’enregistrer chaque jour leurs moindres faits et gestes.
- la fin du programme d’aides pour les mises aux normes avec un dépôt massif de dossiers à la fin de l’année 2006. D’ailleurs, pour ces exploitations, l’augmentation des amortissements est de l’ordre de 20 euros par hectare.

A ces évènements d’ordre réglementaire, d’autres, d’ordre sanitaire, sont intervenus. La grippe aviaire a effrayé les consommateurs et engendré une baisse du prix du poulet de 13 %. L’allongement des vides sanitaires et les « retards de sortie » ont mis à mal les trésoreries.
Dans les arrondissements de Saint-Dizier et Chaumont, la fièvre catarrhale ovine n’a pas permis à de nombreux éleveurs de commercialiser leurs bovins comme ils l’entendent (reproducteurs, broutards, veaux). La perte financière est conséquente. Elle est moins importante pour les animaux de boucherie.

Evolution économique

Côté économique « les années se suivent et ne se ressemblent pas ». Gérard Degeorge compare, en premier lieu, les rendements équivalent blé des 6 dernières années. La meilleure est 2 004 avec 71 quintaux, devant 2 005 (67 qx), 2002 (66 qx) et 2 006 (62 qx). Les pires années sont 2 001 (60 qx) et 2 003 (56 qx). Les températures caniculaires de juin sont, en grande partie, responsables du rendement « moyen » de 2006.
Les charges ont connu une évolution particulière avec la hausse du prix des énergies et des métaux. Le fuel a augmenté de 11 %, les engrais azotés de 6 % et l’acier de 6 %.
Pour les céréaliers, il apparaît que le revenu dépend plus des prix que des rendements. Autrement dit, les écarts de rendement sont inférieurs aux écarts du prix et comme cette année, les prix sont bons, ils rattrapent largement la petite faiblesse de rendements.
En 2006, le rendement (62 qx) multiplié par le prix donne un revenu par hectare moyen de 160 euros soit le meilleur revenu après les 184 euros de 2004 qui prenait en compte les indemnités de la sécheresse de 2003.
En 2005, les rendements étaient particulièrement bons mais les cours étaient bas. Du coup, le revenu par hectare a plafonné à 122 euros !

Bovins lait et viande 

En lait, en 2006, le revenu par hectare s’établit à 210 euros après 214 euros en 2005, 233 en 2004, 149 en 2003, 205 en 2002 et 191 en 2001. Sans les aides « sécheresse », il aurait été de 210 euros donc, 2 006 se situe à la seconde place !
Ce bon résultat s’explique par la hausse des cours de la viande des vaches de réforme et par la compensation de la baisse du prix du lait par l’aide laitière.
Autre donnée : le fort niveau d’investissement pour les mises aux normes empêche le revenu de décoller…
En viande, le revenu progresse sensiblement grâce à la hausse des cours et à l’amélioration du troupeau Haute-Marne. De 2001 à 2005, il est respectivement de 146 euros, 156 euros, 154 euros, 173 euros et 196 euros pour atteindre, en 2006, son record avec 215 euros.
Mais attention, afin de pérenniser la situation, la filière viande va devoir relever trois défis : les négociations OMC avec l’ouverture des frontières hors Union Européenne, la réforme de la PAC avec le découplage pour les vaches allaitantes et l’attitude des consommateurs face à une viande plus chère à l’étal.
 
Synthèse

Alors que, toutes productions confondues, le revenu moyen sur les 6 dernières années est de 166 euros par hectatre, il apparaît que 2 006 est la deuxième meilleure année avec 190 euros. La meilleure est 2 004 avec 210 euros et les pires sont 2 001 et 2 003 avec 132 euros. Il est à noter que les trois dernières années sont au-dessus de la moyenne alors que les trois premières sont en dessous. Par conséquent, l’évolution est bonne !
Selon les pessimistes ou les optimistes, l’agriculture Haut-Marnais connaît donc une période moins difficile ou plus facile. L’année 2006 restera comme une bonne année sans être exceptionnelle. Pour 2007, les inquiétudes sont plus d’ordre réglementaire avec les mises aux normes, l’écoconditionnalité…


Y croire

Luc Chatel, député du sud Haute-Marne et porte-parole UMP, rejoint la majorité des agriculteurs qui se plaignent des lourdeurs administratives. Pour lui, la majeure partie du temps des agriculteurs doit être consacrée au travail sur l’exploitation. L’association AGC 52 doit les y aider en apportant un soutien permanent.
Face à l’avenir, il souhaite éviter deux écueils : l’excès de pessimisme et l’excès d’optimisme. Il est pour un optimisme raisonnable avec un certain réalisme : hausse des cours, mise en œuvre des DPU et de l’écoconditionnalité, prix du pétrole…
De plus, l’environnement économique évolue dans le bon sens avec des stocks mondiaux faibles (deux mois de marge), avec des adaptations effectuées (regroupement, investissement) et avec de belles perspectives grâce à l’apparition de nouveaux débouchés (biocarburants, chimie verte, isolation, consommation mondiale en hausse…)
Pour Luc Chatel, la Haute-Marne est armée pour faire face à ces évolutions même si des lourdeurs et des difficultés persistent.
Entre nous

Les résultats économiques de l’année 2006 sont plutôt bons… Néanmoins, ils traduisent simplement une situation économique et ne doivent pas faire oublier les difficultés, pour les agriculteurs, d’exercer leur métier. Ces résultats cachent l’impossibilité à la plupart des éleveurs d’obtenir un permis de construire dans les délais. Ils rament face à une Administration pointilleuse, lourde et aucunement en phase avec la réalité du terrain.
Ces résultats cachent les multiples contrôles dont sont victimes les agriculteurs. Jour après jour, ils craignent des réprimandes, des amendes, la suppression d’une partie de leurs aides… Ils sont souvent jugés coupables avant même de pouvoir s’exprimer en face du rouleau compresseur de l’Administration.
Ces résultats cachent l’obligation de se justifier, de remplir de la paperasse au détriment des heures passées au sein de l’exploitation.
En fait, dans le meilleur des mondes, les agriculteurs ne désirent qu’une chose : pouvoir travailler en toute quiétude et être respecté !

Problème : est-ce que le meilleur des mondes existe ?

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