L'Avenir Agricole et Rural 20 septembre 2007 à 00h00 | Par F.Thevenin

HAUTE-MARNE - AGRO-RESSOURCES : le poids du non alimentaire sur les cours

A différentes reprises (session Chambre et Fête de l’Agriculture), Christian Renaudin est revenu sur l’influence de la valorisation non alimentaire des produits agricoles sur les marchés.

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Depuis la flambée des cours du baril de pétrole, la matière organique sèche issue des produits agricoles est devenue relativement bon marché. Le prix du pétrole atteint actuellement les 450 euros la tonne… et, dans ces conditions, le blé, la canne à sucre, le maïs, le colza paraissent de plus en plus intéressants ; d’autant plus que le pétrole n’est qu’un arrangement de molécules de carbone et d’hydrogène tout comme le sont les produits agricoles.

Cette dernière donnée fait apparaître de multiples
possibilités d’utilisations potentielles :

- la biomasse énergétique (biocarburants)

- les matières premières comme les lubrifiants, matières plastiques, matériaux de construction à partir des « molécules » (amidon, alcool, diester…) ou en gardant la spécificité du produit agricole (fibres de chanvre, lubrifiants…).
Mais, les freins à l’utilisation des produits agricoles dans le non alimentaire sont de plusieurs ordres : le coût de transformation du produit et le coût d’utilisation sont encore trop élevés. Il est encore plus coûteux de transformer du blé en éthanol que du pétrole brut en supercarburant et une chaudière à biomasse est plus coûteuse qu’une chaudière à fuel. Sans avantage spécifique comme l’intérêt écologique et sans avantage fiscal, les produits agricoles ne sont pas encore totalement concurrentiels. A moins que le baril de pétrole se stabilise autour de 85 $...

Le non alimentaire
facilite le marché des produits agricoles

Jusqu’en 2002, les utilisations non alimentaires des produits agricoles sont restées marginales en quantitatif. Aujourd’hui, elles commencent à avoir un impact avec l’envolée des quantités transformées (2004/2005) principalement en éthanol, notamment à partir de canne à sucre ou de maïs.
Les marchés des produits alimentaires sont caractérisés par une faible élasticité de la demande lorsque les prix évoluent. Il peut donc en résulter des variations de prix très importantes que les politiques tentent de moins en moins de limiter.
Pour les utilisations non alimentaires, une substitution est toujours possible entre hydrocarbures et produits agricoles qui permet une plus grande élasticité de la demande et qui peut assurer un meilleur fonctionnement du marché.
Les utilisations non alimentaires aboutissent à encadrer les variations de prix entre un plancher et un plafond. Si les prix descendent trop, les quantités transformées en carburant vont augmenter et cela limitera la baisse du prix. A l’inverse, une hausse des prix va limiter les quantités transformées en biocarburants ce qui aura pour effet de limiter la hausse des prix.

Les biocarburants
pèsent sur les coûts de l’alimentation animale

Tant que l’éthanol était produit essentiellement à partir de canne à sucre, l’effet sur l’élevage restait limité. Depuis que les biocarburants sont produits à partir de maïs qui servait principalement à l’alimentation animale, la situation a changé et les effets commencent à se faire sentir chez les éleveurs de porcs, de volailles…
Néanmoins, la production d’éthanol (blé) ou de diester (colza) génère une grande quantité de sous-produits utilisables en élevage, plus particulièrement pour les ruminants et dans une moindre mesure pour les monos gastriques.

Des coûts de production
très variables

L’Europe importe de l’éthanol ou des matières grasses pouvant être transformées en diester et ces importations augmentent rapidement. Certains pays européens comme la Suède ou les Pays-Bas basent principalement leur utilisation de biocarburants sur des importations.
Beaucoup de produits alimentaires peuvent être transformés en biocarburants mais les coûts de production en sont très différents. Les conditions européennes ne sont pas les plus favorables comparées, par ordre, à la canne à sucre du Brésil, au manioc de Thaïlande ou au maïs des Etats-Unis.
Dans un marché ouvert à l’international et avec des coûts de production très variables, les politiques publiques jouent donc un rôle central dans le développement des agro-ressources. En France, les droits de douane au titre des produits agricoles sont élevés (5 % pour le pétrole et 35 % pour l’éthanol). Ils limitent l’effet des différences qui existent dans les coûts de production. Autre politique publique : une taxation importante avec une TIPP super à 58 euros/hl et une TIPP éthanol à 25 euros/hl.

Quelle évolution de la demande alimentaire

Depuis 50 ans, les prix des produits agricoles ont beaucoup diminué. Les prévisions des organismes internationaux (OCDE, FAO) « consolident » la hausse récente mais ne prévoient pas son amplification.
Cette situation laisse toute leur place aux utilisations non alimentaires qui sont vues comme un moyen de réguler les marchés des produits agricoles dans un contexte où les politiques publiques ont été partiellement démantelées.
Dans le cas d’une demande alimentaire modérée, les utilisations non alimentaires consolident leur rôle d’encadrement du marché et se substituent à l’effacement des politiques publiques de régulation des marchés.
Dans le cas d’une demande alimentaire forte, les utilisations non alimentaires risquent de subir une érosion des avantages qui leur sont accordés pour limiter la hausse du prix de l’alimentation. Seules subsisteront celles permettant de fortes valeurs ajoutées directes si elles permettent une réduction des coûts de productions indirectes pour rémunérer des avantages environnementaux, aides, réductions de taxes, obligations réglementaires...

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