L'Avenir Agricole et Rural 30 novembre 2006 à 00h00 | Par F.Thevenin

HAUTE-MARNE - ADASEA : SOMMES NOUS APTES À NOUS ASSOCIER

Lors de son assemblée générale, l’Adasea a choisi d’évoquer les problèmes qui existent lorsque des agriculteurs s’associent afin de travailler ensemble. Régine Chamot, présidente de la Fédération départementale des Gaec de Haute-Savoie a apporté son témoignage.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
Dans le domaine des Gaec, la Haute-Marne est au sommet puisqu’elle possède le plus fort taux en France avec 28 % des exploitations sous cette forme sociétaire. Ce choix est un défi humain qui va au-delà de la mise en commun du matériel et du troupeau. Une donnée primordiale et de base : il faut être sur la même longueur d’onde dans les objectifs.
L’arrivée d’un nouvel associé au sein d’une société agricole et la création d’un Gaec sont des actes aussi importants qu’un mariage. Il faut prendre des précautions, se connaître, communiquer et surtout ne pas considérer le dernier arrivant comme un salarié. Il doit être un associé à part entière.
Pour toutes ces raisons, les professionnels agricoles ont voulu se pencher sur les mésententes afin de rendre durable les associations. Les Adasea de Champagne Ardenne et des Vosges ont mis en place l’étude « Réussir l’installation sociétaire ». Elle a pour but de déterminer les causes des échecs des sociétés et de proposer des actions pour une intégration durable en société agricole.

Réussir l’installation sociétaire

Mélanie Devigne, étudiante de l’Ensaia de Nancy et stagiaire à l’Adasea de Haute-Marne, a conduit cette étude en se fixant trois objectifs :
- Recenser les points de blocage et de réussite à l’installation en société
- Recenser les différents outils utilisés dans d’autres départements pour améliorer ce type d’installation
- Formaliser les besoins des agriculteurs et proposer des axes de réflexions pour l’élaboration d’outils.


L’étude s’est déroulée en trois temps avec, en premier lieu, le recensement des initiatives qui existent déjà dans ce domaine et la prise de contacts avec les autres OPA ; avec, en deuxième lieu, l’enquête de terrain. Cette enquête, sous forme d’entretiens, a été réalisée sur des exploitations ayant une activité élevage, avec 2,3 ou 4 associés et sur toute la Champagne Ardenne. Il en résulte des points de blocage et des points de réussite (voir encadré). En troisième lieu, l’étude a porté sur la mise en place de nouveaux outils :

- Un parcours à l’association qui reprendrait les différents points à évoquer avant de se mettre en société
- Un guide de pérennité sociale des sociétés qui permettrait d’établir un diagnostic ou, tout au moins, de signaler les points à travailler pour rendre viable l’association
- Une formation à l’association pour l’ensemble des futurs associés sur le fonctionnement du groupe et certains outils comme la communication, les notions de buts et de valeurs…

 
Pour inciter les jeunes à participer à cette formation, des points DJA sont accordés (2 si l’ensemble de la société s’engage à participer et 1 si seul le nouvel associé participe). Une première session de formation s’est tenue en décembre 2005, au sein du programme Réagir. La prochaine aura lieu les 11 et 18 décembre prochain.

L’expérience de la Haute-Savoie

Régine Chamot fait partie d’un Gaec, en Haute-Savoie, avec trois associés et bientôt cinq pour 800 000 litres de quota et 140 ha de SAU. Elle est également présidente de la Fédération départementale des Gaec de Haute-Savoie et, à ce titre, témoigne de ce qu’il se fait dans ce département afin d’éviter les échecs.
Pour elle, le relationnel est une préoccupation majeure au sein des Gaec. La non communication coûte chère aux entreprises, aux familles, aux vies sociales… Or, la communication s’apprend. Par exemple, lorsqu’une personne donne un avis contraire au sien, il ne faut pas le prendre comme une attaque…
En Haute-Savoie, après expérimentation, un ensemble de mesures a été mise en place par la Fédération des Gaec dans laquelle chaque associé de Gaec cotise 20 euros par an. Cette association est animée par un animateur à mi-temps et 18 agriculteurs qui interviennent lors des stages, formations et autres mesures qui ont pour objectif de consolider les Gaec. Le tout, en toute confidentialité.
 
Parmi ces mesures,  les futurs associés doivent effectuer :

- un stage de constitution obligatoire pour entrer dans un Gaec. Il dure trois jours et est constitué de visites d’exploitations et d’analyses en salle sur les problèmes relationnels. En 8 ans, la Fédération des Gaec a rencontré 700 participants ! Coût : 90 euros pour trois jours et gratuit pour les associés qui sont déjà au sein du Gaec.
- une année d’essai obligatoire avant l’entrée dans le Gaec ou la constitution d’un Gaec. Cette année d’essai permet au jeune de se mettre en condition d’un travail en commun et, pour y parvenir, la Haute-Savoie a créé un statut particulier qui permet, par exemple, de regrouper des troupeaux pendant un an. Pour cela, il faut vraiment une administration compréhensive…
- un stage « communication » de trois jours pour les associés, une fois par an et facultatif. Sachant que tous les associés y participent, cette démarche est plus lourde. Il est animé par un professionnel en communication.
- une action d’accompagnement des Gaec. Le principe : des agriculteurs formés et l’animateur vont, sur demande, au sein de Gaec volontaire afin de s’interroger sur la situation et sur les solutions.
- des interventions dans les écoles afin de prendre les problèmes à la source (Bac Pro, formation adulte, BTS2). Ils sortent sur des exploitations, mangent et discutent en dehors de l’école. Ces interventions sont très formatrices pour les élèves mais aussi pour les professeurs qui ne connaissent strictement rien à la réalité du terrain (Dixit Régine Chamot).
- un comité d’agrément des Gaec qui mesure la solidité du groupement.


DES ADAPTATIONS QUI S'IMPOSENT A L'ADASEA

 L’Adasea de Haute-Marne, comme toutes les Adasea, vit de profondes mutations afin de s’adapter aux réalités économiques.

2005 comme 2 006 ont apporté des changements notables en ce qui concerne les activités historiquement gérées par l’Adasea. Ainsi, en 2005, la dotation aux jeunes agriculteurs a cessé d’être versée en deux fois. Les critères d’examen de la viabilité des différents types de dossiers instruits ont été harmonisés et les plans d’amélioration matérielle ont cédé la place aux plans d’investissement.
Outre ces changements extérieurs, l’Adasea de Haute-Marne a été remaniée dans son ensemble avec le départ de 4 salariés et le recrutement de 5 conseillers ou directeurs.
Parallèlement, le développement de nouvelles activités s’est concrétisé. 2 005 est l’année de naissance du programme Réagir qui a pour but d’accompagner la reconversion des agriculteurs et la réadaptation de leur entreprise ; un programme partiellement financé par l’Europe qui a induit le partenariat de l’Adasea, de la Chambre d’Agriculture, de la FDSEA et de la MSA. 2 005 est également l’année de démarrage de l’étude « Réussir l’installation sociétaire » (voir texte ci-dessous).

23 installations
 
Néanmoins, la mission récurrente et majeure de l’Adasea reste l’installation des jeunes. En 2005, le nombre est de 23 contre 38 en 2004 et 40 en 2003. Ce nombre particulièrement faible résulte, en partie, des incertitudes liées à la mise en place de la nouvelle PAC avec les DPU. A noter le faible nombre d’installations effectives, en comparaison au nombre de dossiers présentés en CDOA (33) et le nombre de dossiers agréés (33) en 2005 qui n’a abouti à une installation effective qu’en 2006. En d’autres termes, le nombre d’installations en 2006 explose !
Parmi les installations de 2005, une majorité d’installations s’est faite en zone de plaine (73 %) à l’inverse des années précédentes (53 % en 2004 et 40 % en 2003). Les installations en 2005 se situent à plus de 45 % dans le Barrois. Le nombre le plus élevé d’installations a eu lieu dans le nord-ouest du département, en zone limitrophe de l’Aube et de la Marne (canton de Montier, Blaiserives et Juzennecourt).
En 2005, seulement deux installations hors cadre familial et trois installations en diversification (2 en équins et 1 en héliciculture) ont été agréées.
Sur ces 23 installations, 18 % des projets se sont fait en installation individuelle et le reste en sociétaire. 21 % sont des femmes et 79 % sont des hommes.
Autre donnée : le montant de la reprise augmente de 23 % pour les Gaec pour s’établir à 98 000 euros, de 9 % pour les Earl (84 000 euros) et diminue de 50 % pour les individuels (80 000 euros). Concernant les montants totaux entre la reprise et les investissements, les montants de 2005 sont en augmentation de 22 % pour les Gaec (344 000 euros), en baisse de 17 % pour les Earl (193 000 euros) et en baisse de 41 % pour les individuels (133 000 euros). A noter que les investissements prévus dans les Gaec concernent principalement l’investissement dans les bâtiments, dans le matériel et dans la mise aux normes.

Avenir

Pour Gilles Lamontagne, président de l’Adasea, durant cette conjoncture mouvante, l’association a su planter les jalons pour assurer sa reconnaissance à travers des activités nouvelles, respectant ses partenaires, coordonnant le travail de chacun afin d’apporter le meilleur service au paysage agricole haut-marnais.

Il conclut : « chaque personne de cette équipe a bien compris le message que je m’efforce de faire passer avec les notions de service, d’adaptabilité, d’efficacité et d’écoute ».



 

COMMENT REUSSIR SON ASSOCIATION ?
 
A éviter :

- la formation insuffisante des associés
- le fait d’être forcé de s’associer
- l’individualisme
- la méconnaissance entre associés
- le manque de maturité des associés
- le rôle trop important de la famille au sein de l’exploitation
- les jugements de valeurs entre associés
- le manque de communication.

A effectuer :

- faire la distinction entre famille et travail
- se trouver des points communs entre associés
- être sensibilisé au travail de groupe
- éviter les « non-dits » entre associés
- trouver sa place en tant qu’associés
- prendre des responsabilités et en laisser aux autres.
Le 19 juillet 1982, DANIEL GODARD rejoint l'ADASEA de HAUTE-MARNE
Le 19 juillet 1982, DANIEL GODARD rejoint l'ADASEA de HAUTE-MARNE - © Frédéric THEVENIN

Départ de  Daniel Godard

Après 24 ans de service à l’Adasea de Haute-Marne, Daniel Godart vient de prendre sa retraite. Il est né en 1946, dans les Vosges. Fils d’agriculteurs, il a terminé son cursus scolaire par la maison familiale de Bulgnéville avant d’effectuer son service militaire en Allemagne.
A son retour, il s’installe sur l’exploitation familiale puis reprend ses études et passe un BTA et un BTS. Le 19 juillet 1982, il rejoint l’Adasea de Haute-Marne où il remplira de multiples fonctions, en plus de sa mission, comme animateur de la FD Cuma, délégué syndical, directeur par intérim…
Avec ce départ à la retraite, Daniel Godart effectue une première à l’Adasea puisque, jusqu’alors, personne n’avait quitté l’association pour cesser son activité. Il est le premier à être resté jusqu’au bout !
Le nouveau retraité remercie tous ceux qui lui ont fait confiance et l’ont supporté et épaulé malgré sa « bougonnerie ». En arrivant dans cet organisme, il a relevé deux défis ; celui d’une reconversion réussie et celui de prouver aux détracteurs qu’il pouvait faire autre chose qu’agriculteur.
Quant à l’Adasea de Haute-Marne, elle est, pour lui, un formidable laboratoire des idées et des hommes en faveur d’une agriculture moderne dans une société urbaine, concurrentielle et égoïste. Il est fier d’y avoir participé tout en sachant qu’elle devra s’adapter pour rester un point d’ancrage indispensable du département.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. L'Avenir Agricole et Rural se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

L'Avenir Agricole et Rural
La couverture du journal L'Avenir Agricole et Rural n°2522 | novembre 2018

Dernier numéro
N° 2522 | novembre 2018

Edition de la semaineAnciens numérosABONNEZ-VOUS

Les ARTICLES LES PLUS...

Voir tous

Voir tous

Voir tous

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 23 unes régionales aujourd'hui