L'Avenir Agricole et Rural 02 février 2007 à 00h00 | Par F.Thevenin

Grandes Cultures - Petits rappels sur l’usage des produits phytosanitaires

L’usage des produits phytosanitaires est très réglementé au niveau européen et français. La France multiplie les arrêtés avec, le dernier en date, celui du 12 septembre 2006 avec un nouvel arrêté «utilisation». Rappel des règles principales.

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Les règles sur l’usage des produits phytosanitaires sont de plus en plus encadrées afin de prendre en compte le cycle de vie d’un produit au sein d’une exploitation. Toutes les étapes sont prises en compte : le transport du vendeur à la ferme, le local phyto, le stockage, la protection de l’utilisateur, le remplissage du pulvérisateur, la gestion des fonds de cuve, la gestion des déchets et l’équipement et l’entretien du pulvérisateur.

Transport


Pour le transport des produits phytosanitaires, du vendeur à la ferme, les agriculteurs peuvent transporter moins de 50 kg de produits dans une voiture utilitaire ou dans un tracteur/benne. Entre 50 kg et une tonne de produits, la voiture utilitaire est interdite et il faut prendre un tracteur/benne. Au-delà d’une tonne, le transport par l’agriculteur est interdit.

Pour le stockage, une exploitation peut stocker, sans problème et sans être soumis à une réglementation particulière, jusqu’à :

- 15 tonnes de produits agropharmaceutiques
- 5 tonnes de produits toxiques solides et une tonne de produits toxiques liquides
- 200 kg de produits T + solides et 50 kg de produits T + liquides
- 2 tonnes de chlorates


A noter qu’au-delà des 200 kg et des 50 kg et jusqu’à une tonne, l’agriculteur dispose de 10 jours pour utiliser les produits sans être soumis à une réglementation particulière.

Local de stockage


Par contre, le local de stockage doit répondre à des normes précises. En 2007, elles entrent dans la conditionnalité des aides ! Dans une exploitation sans salarié, il faut que ce local spécifique ferme à clé, soit interdit aux personnes non habilitées, soit aéré ou ventilé avec prise d’air haute et basse et que les produits très toxiques soient identifiés.

Cette identification classe les produits en trois catégories :
- T+ (très toxique) comme le Gramoxone. Etiquette : une tête de mort.
- T (toxique) comme l’Enduro. Etiquette : une tête de mort.
- CMR (cancérigène, mutagène, reprotoxique) avec la notification à côté d’une croix de R40 (Quartz), R62 (Opus), R63 (First Maestro).

Dans une exploitation avec salarié, la réglementation est plus lourde sachant que le code du travail est pris en compte. Aux obligations déjà citées, il faut des équipements intérieurs (accès et sortie facile, fiches de sécurité, balai, pelle, emballage d’origine, installation électrique conforme), des équipements extérieurs (panneau d’interdiction de fumer et de manger, consignes et symbole de sécurités et numéros d’urgences, extincteur ABC à poudre, point d’eau) et un vestiaire pour les équipements de protection.

Choix, doses et usage du produit

Pour le choix, les doses et l’usage du produit, il faut se reporter aux réglementations européennes et françaises. Chaque produit doit avoir une homologation et une autorisation de mise sur le marché et des délais « avant récolte » doivent être fixés pour respecter les limites maximales de résidus. Les doses doivent être également homologuées.
Les règles françaises précisent les mélanges autorisés. De manière générale, deux produits ayant la même mention (R40, R48…) ne peuvent faire l’objet d’un mélange. Les mélanges R68 et R40, R62 et R63 ou R64 et R63 et R64 sont également interdits. A noter que les règles se sont assouplies ces derniers mois avec l’autorisation de mélanges entre herbicides et fongicides.
Côté adjuvants, ils sont des produits comme les autres et sont autorisés pour des fonctions précises. Par exemple, l’Actirob B est autorisé avec un herbicide ou un insecticide mais il est interdit avec un fongicide ou un régulateur. Le mélange fongicide + insecticide + Actirob B est donc interdit.

Conseil ultime : il faut faire attention au respect des règles présentes sur les étiquettes produites et pour davantage de précision, Arvalis met à la disposition des agriculteurs une «calculette» sur Internet : www.arvalisinstitutduvegetal.fr

Protection de l’utilisateur

En matière de protection de l’utilisateur, la réglementation dépend du code du travail. Tous les agriculteurs ayant un tiers (salarié, stagiaire, bénévole, famille…) travaillant sous sa responsabilité sont concernés. L’exploitant a obligation de former le personnel aux risques et précautions à prendre, de mettre à disposition un équipement de protection individuel adapté aux risques, de mettre à disposition une armoire individuelle spécifique et de veiller au port des équipements et au lavage du corps après traitements.

Remplissage du pulvérisateur

Dans le domaine du remplissage des pulvés, l’arrêté français est nouveau ! L’obligation est donnée aux agriculteurs de protéger les réseaux d’approvisionnement en eau avec certaines recommandations comme les potences, les clapets anti-retour sur le réseau et sur le pulvé. Il faut également éviter les débordements de bouillie avec la présence de l’agriculteur lors du remplissage et la mise en place de volucompteur.
A noter qu’à ce jour, le contrôle technique des pulvérisateurs n’est pas obligatoire et que les nouveaux pulvés seront équipés d’une cuve de rinçage pour faciliter le rinçage au champ.

Restrictions d’application

Les restrictions d’application répondent également à un nouvel arrêté qui fixe une limite de vent, un délai avant récolte, un délai de rentrée et une simplification de la zone non traitée.
Pour le délai avant récolte, la règle générale fixe à trois jours le dernier traitement avant la moisson mais des délais avant récolte existent lors d’applications à risque. Il faut consulter les étiquettes !
En matière de zones non traitées (bandes enherbées…), la mise à jour des règles est en cours. En attendant, il faut consulter les étiquettes et retenir la moins restrictive. Sur les prochains bidons, 4 classes seront retenues : 5 m si aucune mention, 5 m pour les ZNT de 1 à 10 m, 20 m pour les ZNT de 10 à 30 m et 50 m pour les ZNT de 30 à 100 m.
A noter que les zones non traitées peuvent être réduites si le dispositif végétalisé permanent est d’au moins 5 m, si des moyens sont utilisés pour diviser par 3 le risque pour les milieux aquatiques et si toutes les applications phytos sont enregistrées.
Enfin, ce nouvel arrêté déconseille de pratiquer des pulvérisations avec un vent de plus de 19 km/h et donne des délais de rentrée dans la parcelle, pour les agriculteurs, techniciens… de 6 h, 24 h ou 48 h selon la phrase de risque de produit. Par exemple, les R42 et R43 fixent un délai d’attente de 48 h !

Gestion des fonds de cuve

Pour une bonne gestion des fonds de cuve et répondre au nouvel arrêté, il faut :

- pulvériser jusqu’au désamorçage de la pompe
- diluer le fond de cuve avec 5 fois le volume du fond de cuve restant
- faire circuler l’ensemble du circuit de distribution
- pulvériser la dilution dans la parcelle jusqu’à désamorçage de la pompe
- renouveler l’opération 2 à 4 fois
- nettoyer le filtre principal et secondaire si nécessaire
- vidanger l’ultime fond de cuve au champ.

L’objectif de cette technique avec une dilution par 5 est de diviser la concentration par 100 ! Arvalis permet, sur son site, de calculer l’efficacité du rinçage. Enfin, la vidange et le rinçage sont déconseillés en ferme à moins d’avoir tous les équipements nécessaires (fosses à l’écart des propriétés et des captages d’eau…).

 

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