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Coup de chaud

La récolte des orges d’hiver était bien avancée en ce milieu de semaine et la récolte, bien qu’irrégulière, sera normale. En revanche, la canicule de ces dernières semaines dessèche les espoirs qu’avait fait renaître un mois de juin favorable. Les fourrages déjà peu abondants sont aussi menacés. La Profession réclame l’exploitation des jachères.

08 juillet 2010 Jean-Louis BLONDEL Vu 572 fois

L’orge d’hiver «normale»

L’hiver qui s’est prolongé et un printemps froid laissaient supposer que la moisson n’allait battre son plein que fin juillet. Mais c’était sans compter sur le dessèchement rapide entraîné par des situations anticycloniques durables. Cette sécheresse de juillet a donc les mêmes impacts que celle d’un mois de juin qui est toujours la plus destructrice car toutes les récoltes sont exposées. Selon Michel MENETRIER, responsable de la SEPAC, la récolte est normale avec toutefois des écarts allant de 50 à 75 quintaux. Il n’y a pas d’incidence variétale,  en revanche des chutes de rendements importantes ont été observées sur des parcelles mal implantées et mal désherbées. La qualité en protéine est bonne à 90 % (taux inférieur à 11,5). Le calibrage se situe dans une fourchette, elle aussi normale, de 60 à 80 %. Joël ZEHR, pour EMC2, fait le même constat. La variété  esterel» représente toujours 90 % de l’assolement en orge brassicole, mais la variété «azurel» semble faire une meilleure performance de calibrage ; jusqu’à 10 points de mieux. Il relève, comme Michel MENETRIER, de gros écarts de rendements qui sont liés à des problèmes agronomiques. La pluviométrie du mois de juin a elle aussi impacté le rendement mais dans une moindre mesure. Le Nord du département a été moins arrosé ce qui pénalise plus fortement les cultures déjà fragilisées.

L’agronomie toujours

Jean Michel FONDEUR de l’APVA confirme les accidents de cultures inhérents à l’implantation et au désherbage des orges d’hiver. Les techniques culturales «hyper simplifiées» peuvent quelquefois entrainer de mauvaises préparations du lit de semences. Le sol doit toujours être bien préparé y compris lorsqu’il est fait usage de façon culturales superficielles . Mais d’une année sur l’autre, les méthodes et les itinéraires techniques n’ont pas les mêmes effets.

L’automne 2009 était sec, ce qui a limité l’effet de certains herbicides. Le faux semis de mauvraises herbes n’a pas non plus eu, son plein effet. Jean Michel FONDEUR estime aussi que les familles d’herbicides sont de moins en moins efficaces. Des programmes sophistiqués de rattrapage existent mais ils sont coûteux. Michel MENETRIER déplore les impasses qui peuvent être faites par des agriculteurs en quête de réduction de charges proportionnelles. «Les effets d’un désherbage light peuvent être catastrophiques plus encore chez les agriculteurs qui sont dans une situation financière tendue» estime-t-il.

Cette analyse est aussi partagée par Joël ZHER qui met aussi en avant les dates d’apports d’azote et la fertilisation en P et K. D’une année sur l’autre, en fonction de la météo lors de l’implantation et de la nature du lit de semences, il sera nécessaire d’adapter les parcours techniques. Or, aujourd’hui, les agriculteurs et les organismes stockeurs sont obligés d’anticiper leurs achats d’intrants. L’exercice est donc difficile surtout si l’on veut réduire les charges et l’usage des phytosanitaires.

 

Les prix flambent

La généralisation de la météo défavorable sur l’ensemble de l’Europe, a déjà un impact sur les cours des céréales.

Les marchés évoluent comme en 2008 constate Michel MENETRIER. L’esterel a bondi de 20 € en 8 jours, les blés de 25 à 30€.

Cette volatilité des marchés est une nouvelle fois entretenue par les fonds de placement ; mais n’est-ce pas un juste rattrapage car les matières premières agricoles étaient restées jusque là à l’écart de la reprise du marché ?

«Les agriculteurs qui sont en prix ferme peuvent aujourd’hui vendre de l’orge de brasserie à plus de 130€ contre 109 il y a quelques semaines» précise Michel MENETRIER. Mais les agriculteurs échaudés par des mauvaises stratégies commerciales  au cours des deux dernières campagnes reviennent de plus en plus au prix moyen, lequel est généralement constitué du cours constaté pendant les trois mois qui précédent  la moisson et les trois à six mois qui suivent.

Grosses inquiétudes sur les autres cultures

L’orge de printemps prend de plein fouet, ce qui ressemble de plus en plus aujourd’hui à une calamité agricole. Le potentiel est déjà entamé au niveau des quantités et de grosses craintes sont à prévoir sur la qualité. Pour le colza, le poids de 1000 grains est toujours un critère déterminant. Or, là encore, les espoirs se dessèchent de jour en jour. Les blés échaudent à grande vitesse et les rendements seront inévitablement médiocres et très irréguliers en fonction de la profondeur des sols.

Les productions fourragères sont elles aussi hypothéquées. Le maïs est très irrégulier avec de mauvaises levées dans certaines parcelles et un retard végétatif important lié à la froidure du printemps. Des pluies rapides pourraient encore sauver la mise sur cette culture mais il faudrait que la sécheresse s’arrête rapidement. Or les prévisions ne sont pas particulièrement optimistes.

La profession agricole tire  la sonnette d’alarme

Depuis plus de trois semaines, la FDSEA a demandé  à la DDT la possibilité de récolter les jachères volontaires. Le ministère traîne des pieds au motif que depuis cette année il n’y a plus de jachère obligatoire et que les agriculteurs pouvaient déclarer les surfaces concernées en prairies temporaires. Mais dans le même temps, le ministère de l’agriculture a décidé de créer une référence « prairie temporaire » en 2010.  Les agriculteurs ne veulent donc pas se faire piéger  par ce dispositif dont on a maintes fois dénoncé l’absurdité car il n’est pas imposé par Bruxelles.  La profession attend une réponse très rapide. Dans le même temps la solidarité s’organise entre les agriculteurs pour palier au manque de fourrage par la constitution de stocks de paille.

 

 

 
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