L'Avenir Agricole et Rural 10 juin 2010 à 15h43 | Par ESTELLE DAUPHIN

GEOBIOLOGIE - LE COURANT PASSE

Armand Benner, géobiologue, revient sur le chantier où il a pratiqué ses premières armes, où il découvre, presque par hasard, qu’il dispose d’un don hors du commun, chez Christelle et Pascal Isselain, exploitants à Lucey, en Côte-d’Or, en plein cœur du futur parc national.

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L’électricien procède à un saturage avec des cosses serties Les câbles non blindés, en plastique ne peuvent pas être reliés à la terre. J’ai installé des câbles de cuivre pour récupérer les champs électriques et les conduire à la terre. »
L’électricien procède à un saturage avec des cosses serties Les câbles non blindés, en plastique ne peuvent pas être reliés à la terre. J’ai installé des câbles de cuivre pour récupérer les champs électriques et les conduire à la terre. » - © ESTELLE DAUPHIN

En 2004, les associés finissent de construire un nouveau bâtiment pour leurs vaches laitières. Mais au moment de rentrer les bêtes à la fin de l’année, le cadeau de Noël est amer. Le litrage baisse, le taux de cellules augmente anormalement, totalisant 20 % de nouvelles infections, contre 9 % en moyenne de groupe, enfin les analyses de lait laissent apparaître du staphylocoque ubérus, un germe environnemental, alors que l’hygiène dans le nouveau bâtiment est irréprochable.
Les mammites apparaissent sur leurs meilleures vaches, dont ils sont obligés de se séparer, sans compter le stress et les nuits blanches.
Chacun y va alors de son couplet : vétérinaires, marchands d’aliments, etc. apportant « leur » solution.
Les exploitants sont contraints de pratiquer des intraveineuses dans les mamelles, ce qui stresse encore plus les vaches. Résultat : en décembre, plus de 3 000 euros de frais vétérinaires. Une fortune pour des résultats inexistants, qui plus est dans un bâtiment neuf où tout aurait dû « couler de source ». La production diminue de façon inquiétante. Le problème est vraisemblablement d’origine électro-magnétique.



Les baguettes en position ouvertes signifient l’absence de courants sous-terrains. Soudain, les baguettes se referment brusquement, signifiant qu’une nouvelle faille est apparue. Dans les zones sensibles, il faut faire appel régulièrement au géobiologue pour qu’il revérifie.
Les baguettes en position ouvertes signifient l’absence de courants sous-terrains. Soudain, les baguettes se referment brusquement, signifiant qu’une nouvelle faille est apparue. Dans les zones sensibles, il faut faire appel régulièrement au géobiologue pour qu’il revérifie. - © ESTELLE DAUPHIN

La mise en terre

Armand Benner, un ami d’enfance de Pascal, est électricien de métier. Il remarque tout de suite des phénomènes caractéristiques. Les vaches « lappent » timidement à l’abreuvoir en inox, elles frémissent en salle de traite, au moment d’approcher la trayeuse du pis ou au contact des cornadis. La vache est plus sensible que nous à l’électricité. Au Canada, les fils sont enterrés à certains endroits pour créer des passages pour les outils agricoles mais les vaches ne passent pas.
Un grand nombre d’équipements fonctionnent à l’énergie électrique dans les élevages : chiens mécaniques, DAC, machine à traire... Le bâtiment wolf, bardé de bois, est cependant constitué d’une charpente métallique qui favorise la circulation de courants vagabonds en l’absence de mise à la terre.
La circulation d’un milliampère environ correspond au seuil de perception des bovins. A partir de 6 milliampères, une baisse de la production de lait est incontournable. Les vaches se crispent, retiennent leur lait ce qui provoque des mammites à la chaîne. L’électricien procède à un saturage avec des cosses serties. « Les pulsateurs envoyaient des courants basse tension. L’intensité dont on ne se sert pas, part à l’extérieur. Les câbles non blindés, en plastique ne peuvent pas être reliés à la terre. J’ai installé des câbles de cuivre pour récupérer les champs électriques et les conduire à la terre. » explique Armand Benner. L’environnement de la salle de traite, composé en grande partie d’inox, est en effet très conducteur.

Stéphane Le Rousic, technicien bâtiment à la Chambre d’Agriculture de Haute-Marne, précise que la mise à terre fait partie du cahier des charges de tout bâtiment d’élevage. L’idéal est de mettre en place à la construction un maillage équipotentiel relié à toutes les masses de l’exploitation. La prise de terre a en effet été faite à hauteur de 80 ohms alors que pour les maisons d’habitation, la norme s’établit à 5 ohms maximum.

La géobiologie en dernier recours

La mise en terre améliore nettement le comportement des vaches « on n’avait pas fini l’électricité le soir. A la traite, les vaches ne voulaient pas aller du côté qui n’avait pas été neutralisé. » relate Pascal, preuve qu’un phénomène était en train de se produire.
Cependant, coté cellules, la situation reste insatisfaisante.
Un agriculteur des environs ayant rencontré les mêmes problèmes les oriente vers un géobiologue. « J’avais confiance en cet agriculteur à qui c’est arrivé et puis on était plus à 400 euros près. C’était un peu la solution de la dernière chance. » se souvient Pascal.

Au début, Armand, électricien de métier, était sceptique face au géobiologue. Celui-ci lui indique de rester un quart d’heure à un endroit précis du bâtiment.
Armand sent monter le malaise, il s’avère qu’il est très réceptif aux champs magnétiques. Il se trouve en effet que le bâtiment est construit sur une roche calcaire qui comporte de nombreuses failles liées au travail du sol. Le géobiologue les détecte à l’aide de baguettes en noisetier et les neutralise par des câbles en cuivre qui ont la propriété d’inverser les polarités et de renvoyer les champs magnétiques vers le sol. Ces fils sont enterrés aux endroits stratégiques autour du bâtiment.

A la fin de la séance, le géobiologue offre ses baguettes à Armand qui commence à s’entraîner. Après plusieurs expériences concluantes, il décide de s’installer en tant qu’auto-entrepreneur... Le courant est passé !
Contact : Armand BENNER
06 89 38 24 16

Les résultats ne se font pas attendre


Du jour au lendemain, l’élevage des époux ISSELAIN gagne 150 litres de lait, passant de 2523 à 2674 litres.
« Le géobiologue est intervenu le jeudi, on a annulé le passage du maquignon prévu le lendemain et on a gardé nos vaches. Deux ans après elles sont montées à 10 000 litres. On a investi dans des « formules 1 » de la production laitière. En 2004, on n’a pas réalisé nos 460000 litres de quotas, l’année d’après avec 10 vaches en moins, on l’a dépassé sans changement d’alimentation. Le défaut de lappage à l’abreuvement a également disparu».
Bien sûr, quand le problème a été résolu, chacun s’est attribué la victoire. Pascal et Christelle se sont sentis bien peu soutenus dans cette mésaventure et regrettent que ce phénomène soit si méconnu. Certains géobiologues travaillent avec du cuivre, ou d’autres accessoires. La géobiologie a d’autres applications, notamment pour percer les forages, en géothermie ou en cas d’humidité en provenance du sol.

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