L'Avenir Agricole et Rural 15 mars 2012 à 10h18 | Par Jean-Louis BLONDEL

Gel - Plus de la moitié des céréales d’hiver à ressemer !

Au fil des jours le bilan s’aggrave dans les parcelles qui n’ont pas pu bénéficier d’une protection de neige pendant la période de grand froid. Face au dépeuplement et à l’absence de vigueur des pieds qui subsistent, les agriculteurs, conseillés par les services de l’APVA et leurs Organismes Stockeurs, prennent souvent la décision de ressemer.

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Jamais une situation d’une telle ampleur n’avait été constatée. Certes la gelée du 31 décembre 1979 avait été encore plus destructrice mais les surfaces ensemencées en céréales d’hiver étaient moindres. Plus récemment, le gel de 2003 avait touché les parcelles non protégées par la neige mais, là encore, l’étendue du sinistre était beaucoup moins importante.

Les 2/3 du territoire départemental

Ce qui semble faire la différence, d’une région à l’autre, c’est là encore la couverture neigeuse dans le courant du mois de janvier. Ainsi, le sud est du département, a été moins impacté grâce aux quelques centimètres de neige qui protégeaient les plantes. Compte tenu de cette faible épaisseur, des dégats peuvent toutefois être ponctuellement constatés. Ailleurs, le gel est fonction de l’exposition au vent (les faces nord sont généralement détruites) , de l’avancement de l’état végétatif et de la variété. Michel MENETRIER considère que sur les 35000 hectares de blé et escourgeon, collectés par la SEPAC en Haute Marne, il restera à peine 10 000 hectares. Sur l’escourgeon, seule la variété Arrézo a mieux résisté.

Joël ZEHR, pour EMC2, donne des indications moins actualisées en se référant sur une évaluation de la semaine dernière selon laquelle un quart des blés et 40 % des orges d’hiver, devaient être retournés. 20 % supplémentaires restaient incertains mais l’absence de pluie, et le dépérissement se poursuivant, il est probable que d’autres retournements aient lieu. Les agriculteurs se donnent aussi quelques jours d’observation dans l’hypothèse où ils sèmeraient, en cultures de remplacement, du tournesol ou du maïs.

L’orge de printemps en priorité

Joel ZEHR estime que dans 75 % des cas, l’agriculteur fait le choix de ressemer de l’orge de printemps. «C’est la céréale qui permet d’espérer la meilleure marge brute en tenant compte des intrants déjà réalisés», précise t-il.

Par ailleurs, au niveau des marchés, il n’est pas certain que le cours de l’orge de brasserie s’effondre. En effet, les orges de printemps ne font que remplacer les orges d’hiver qui, elles aussi, étaient destinées à la malterie. EMC2 n’a plus de semences certifiées disponibles, mais la coopérative a mis à la disposition de ses adhérents de l’orge triée et nettoyée. Dans 20 % des autres cas, le ressemis se fera en maïs et les 5 % restants en tournesol.

Pour Michel MENETRIER l’orge de printemps est aussi la solution privilégiée. Mais la SEPAC a mis à la disposition de ses clients de la semence de blé alternatif (environ 5 000 ha ) qui a permis, dans certains cas, un regarnissage des parcelles qui n’étaient pas envahies par les mauvaises herbes.

La course aux semences est actuellement un véritable sport. Certains agriculteurs se sont procurés du blé de printemps importé des Pays de l’Est, là où cette culture est encore bien développée.

Inquiétudes aussi sur le colza

Le colza est beaucoup moins touché, sauf les variétés Pamela et Adriana qui semblent être plus fragiles. Michel MENETRIER considère que les colzas hybrides ont beaucoup mieux résisté. «Il y a eu aussi moins de phénomène d’élongation avec ces semences utilisées à faible dose», explique t-il, «sachant que le colza conserve une potentialité de production jusqu’à 5 à 10 pieds au mètre carré». On constate d’autre part cette année des attaques importantes de charançons comme le montre Julien LANCLUME sur une parcelle qu’il surveille pourtant comme le lait sur le feu. Pour le moment, à part quelques très rares exceptions, les colzas n’ont pas été retournés. Mais le verdict tombera définitivement dans les prochains jours.

Le dilemme de la densité de culture pour les autres céréales est difficile à trancher. Antonio PEREIRA, comme tous ses collègues de l’APVA, ne chaume pas. Les agriculteurs s’interrogent en effet sur l’opportunité de retourner les parcelles où il y a encore du «vert». A l’aide d’un cerceau délimitant ¼ de mètre carré, le technicien compte les pieds qui subsistent. «S’il en reste 40, c’est bon» confie Antonio ; ce qui fait 160 pieds au m2. «A 120 on peut encore se poser la question de la rentabilité économique de l’opération» dit-il. Mais la question est de savoir déterminer si un pied est viable ou ne l’est pas. A l’aide d’un cutter le technicien tranche le plateau de tallage et observe si le tissu végétal est vivant. Dans beaucoup de cas, une couleur translucide, voire jaunâtre, laisse supposer que le pied va continuer de dépérir. D’ailleurs, ceux qui ont connu des situations identiques, (et cela a été vérifié en 2003) témoignent qu’une plante touchée par le gel a peu de chance de survivre.

Des conséquences aussi sur les contrats

Les agriculteurs qui avaient souscrit des contrats de vente de blé sont obligés de les annuler à moins de spéculer sur la hausse.

Michel MENETRIER précise qu’à la SEPAC cette rupture de contrat s’opère sans difficulté et pratiquement sans pénalité financière car les cours sont restés relativement stables ces derniers mois.

La SEPAC préconise néanmoins de rompre les contrats en laissant la possibilité aux agriculteurs de vendre au prix ferme, dans la limite de 1/3 à 50 % (dans les bonnes terres) d’un rendement normal, ou à un prix à fixer.

Conséquences réglementaires

La FDSEA a sollicité l’Administration et la FNSEA pour qu’une intervention soit faite auprès du Ministère afin de considérer cet accident de culture d’ envergure exceptionnelle comme un cas de force majeure. Aucune sanction supplémentaire ne devrait s’ajouter à la sanction économique que subissent les agriculteurs bien souvent pour la deuxième fois consécutives après la calamité de la sécheresse 2011. Car se sont malheureusement les mêmes zones qui sont touchées (secteurs de Marbeville Doulevant, Poissons et certaines communes du plateau de Langres.) Pour le moment il n’y a pas eu de réponse, sachant qu’au niveau de la mesure rotationnelle, un dispositif existe déjà pour maintenir. Dans le cahier des charges, l’ancienne culture bien qu’elle soit retournée. Il conviendra dans ce cas d’informer préalablement l’Administration avec des éléments de preuve à l’appui (ex : photographie, expertise …). La FDSEA aimerait toutefois que la prime de 32 E/ha soit maintenue sur la surface concernée. Il ne faut pas non plus oublier de déclarer le sinistre auprès de l’assureur, y compris dans le cas où il serait décidé de maintenir une culture partiellement endommagée.

La DDT devrait adresser dans les prochains jours un courrier individuel à chaque agriculteur attributaire de la MAE Rotationnelle pour rappeler les démarches à faire.

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