L'Avenir Agricole et Rural 05 décembre 2013 à 08h00 | Par TM

FOURRAGE - Diversifier ses fourrages

Face à la montée du prix des engrais et des aliments, les exploitations doivent avoir plus d’autonomie.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
La famille Varnier estime que la luzerne a de multiples atouts.
La famille Varnier estime que la luzerne a de multiples atouts. - © TM

Qualité et économie

Le 22 novembre, une assemblée de section lait du Conseil d’élevage s’est tenue à la salle des fêtes d’Echenay. Aline Rondot, conseillère à la Chambre d’Agriculture, a présenté aux agriculteurs l’importance de la sécurité fourragère. Deux raisons peuvent marquer l’intérêt d’être plus autonome sur les exploitations. Tout d’abord l’augmentation des charges qui évolue beaucoup plus fortement que le prix du lait, ensuite il faut pouvoir s’adapter face à des climats extrêmes comme le prouvent ces deux dernières années avec des sécheresses de plus en plus fréquentes.

Le maïs ensilage reste un fourrage exceptionnel du fait de la quantité récoltée à l’ha, mais aussi par l’apport d’énergie dans les rations. Il a toutefois besoin d’une importante complémentation azotée  : 1 ha soit (12 TMS) de maïs nécessite plus de 2 tonnes d’équivalent soja.

Pour limiter cette dépendance, il faut rechercher un équilibre nutritionnel avec d’autres fourrages pour diminuer l’apport de correcteur. Plusieurs solutions sont possibles : la première réside dans la valorisation des surfaces en herbe existantes sur l’exploitation. Le pâturage est une piste permettant d’économiser du tourteau : 5 kg de matières sèches dans la ration limitent l’apport de tourteau de 2 kg. Mais pour optimiser au mieux cette ressource, il convient d’avoir une bonne conduite du pâturage avec un chargement adapté. Une mise à l’herbe précoce permettra de limiter le gaspillage par la suite et d’avoir une herbe feuillue (une herbe feuillue de qualité, c’est 0.9-1 UFL et 90-100 en PDI toute l’année).

Il est possible d’implanter de nouvelles surfaces fourragères, plus adaptées au contexte climatique comme la luzerne ou un mélange d’espèces herbagères et d’autres (céréales, méteil, utilisation des dérobées).

 

 


Les avantages de la luzerne

Cette plante s’adapte bien au sol séchant et au déficit hydrique. Son système racinaire pivotant et puissant peut descendre jusqu’à 3-4m, ce qui permet de favoriser l’alimentation en eau de la plante. Elle permet d’avoir une quantité de fourrage récoltée très correcte (6 à 12 tonnes / ha en fonction du type de sol et des conditions climatiques de l’année) ainsi qu’une autonomie protéique. Elle demande un sol peu acide (PH > 6,5), les sols compacts, battants et hydromorphes sont par contre  à éviter. Le semis se fait idéalement entre le 15août et le 10septembre, avec 3 à 4 coupes par an pendant 3 années consécutives. Laisser fleurir au moins une fois la luzerne permet de reconstituer les réserves racinaires et donc d’avoir une luzerne plus pérenne. La dernière coupe se fait un mois et demi avant les premières gelées afin que la luzerne ne soit ni trop haute ni trop courte pour pouvoir passer l’hiver. La luzerne est riche en protéine, mais modérément dotée en énergie, elle peut donc très bien s’adapter en complémentation aux maïs ensilage dans les rations. Elle sécurise les rations du fait de sa structure (effet mécanique) et possède un bon pouvoir tampon (MAT et calcium) ce qui permet une bonne prévention de l’acidose. Des essais à la ferme expérimentale des Trinottières ont mis en évidence que l’introduction de la luzerne (sous forme d’ensilage, d’enrubanage et de foin) dans les rations à raison de 50% du fourrage en complément du maïs permettait de maintenir de bonnes performances zootechniques.

L’introduction de ce fourrage dans le système fourrager de l’exploitation permet aussi de diminuer la sensibilité aux évolutions de prix des correcteurs azotés. La luzerne joue également un rôle agronomique intéressant (effet positif du précédent de culture) et un rôle environnemental (diminution des intrants).  en revanche, les récoltes sont variables et délicates et demandent du travail supplémentaire.

Introduire des prairies multi espèces (association graminées / légumineuses) présente aussi des avantages. Les prairies résistent mieux aux aléas climatiques (sécheresse, excès d’eau, fortes températures) et elles sont mieux adaptées à l’hétérogénéité des parcelles (type de sol différent). Cela permet aussi de bénéficier des apports d’azote des légumineuses, d’avoir une production étalée sur la saison et une valeur alimentaire régulière. Le choix des espèces se fait au cas par cas, selon le type de sol, le climat, le mode d’exploitation et le type de production. Pour les prairies multi espèces, il faut une très bonne préparation du semis et du mélange d’espèces. Il ne doit pas y avoir d’apports d’azote au semis, ni le restant de l’année pour permettre le développement des légumineuses. Le désherbage est très limité à cause de l’association légumineuses et graminées et il convient de faucher ou pâturer tôt la première coupe pour éviter la montée à graines de certaines adventices.

Introduire la luzerne

L’après-midi, le groupe d’agriculteurs s’est déplacé à Effincourt, au GAEC de la Coumière de la famille Varnier (Quentin, Daniel, Alban et Jean-François) qui a introduit de la luzerne dans l’alimentation de leurs vaches laitières depuis quatre ans. Les 120 vaches sont en système «zéro pâturage», dans une exploitation moderne qui a un an. 4385m2 de charpente en bois avec 3 X 80 logettes dont deux rangées paillées pour les vaches en lactation et une rangée sur matelas pour les taries et les génisses pleines. Il y a des auges creuses pour ne pas avoir à repousser les rations et une salle de traite par roto, pour plus de souplesse (le bâtiment peut accueillir 240 vaches à la traite). Des volets automatiques sont présents sur les murs pour s’ouvrir selon les conditions climatiques (température, vitesse du vent), ce qui permet de bien ventiler. L’exploitation est plus lumineuse (il y a également un éclairage intérieur automatique), les vaches sont plus calmes, il y a une meilleure ambiance. La famille Varnier a choisi d’utiliser de la paille pour le confort et la propreté des vaches. Alban explique ses choix : «La luzerne a été introduite pour augmenter les stocks fourragers suite à une augmentation régulière du nombre de vaches à nourrir. Cela permet aussi de sécuriser la ration avec un apport de fibres suffisant. à présent, les vaches sont en bonne santé, il y a beaucoup de guérisons, peu de mammites, pas d’acidose et les transitions alimentaires se passent mieux. La luzerne apporte beaucoup de protéines, c’est une économie d’1kg de concentré azoté par rapport à avant ». Cependant, il y a des contraintes: «Réussir un bon foin de luzerne, c’est beaucoup d’heures de travail» confie Alban Varnier «La première coupe sert pour l’ensilage, les deux suivantes pour le foin, avec des travaux au champ qui commencent tôt, finissent tard et tombent pendant les heures de traite. La quatrième coupe est enrubannée ou sert pour l’ensilage». C’est le prix à payer pour que les vaches soient sécurisées au niveau alimentaire.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. L'Avenir Agricole et Rural se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

L'Avenir Agricole et Rural
La couverture du journal L'Avenir Agricole et Rural n°2466 | octobre 2017

Dernier numéro
N° 2466 | octobre 2017

Edition de la semaineAnciens numérosABONNEZ-VOUS
L’actualité en direct
Chambre d'agriculture

    Les ARTICLES LES PLUS...

    Voir tous

    Voir tous

    Voir tous

    À LA UNE DANS LES RÉGIONS

    » voir toutes 20 unes régionales aujourd'hui