L'Avenir Agricole et Rural 04 janvier 2013 à 10h40 | Par E.Dauphin

FORMATION - Une formation au «pied levé»

La Chambre d’Agriculture et EMC2 COPAM organisent conjointement, dans le cadre de VIVEA, une formation à destination des éleveurs bovins lait et viande sur la pratique du parage. Retour sur la session «perfectionnement».

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Un nouveau cycle d’initiation va bientôt démarrer
Un nouveau cycle d’initiation va bientôt démarrer - © E.D.

Marc Delacroix est vétérinaire et formateur au CFPPA du Rheu. Il s’est spécialisé dans la santé du pied des bovins. Il animait la formation sur le parage en présence de Xavier Aubry, technicien Bovin Croissance à la chambre d’Agriculture et de Laurence GUENY, technicienne de COPAM sur le secteur sud haut-marnais.

Une première formation d’initiation d’une durée de trois jours a été dispensée à une trentaine de stagiaires en début d’année. Une douzaine d’entre eux a poursuivi avec la session de perfectionnement de deux jours en fin d’année, ce qui a permis de revenir sur les problèmes rencontrés, de répondre aux interrogations et de rappeler les principes de base. «Ce type de retour sur formation est toujours très intéressant. Les éleveurs ont eu le temps de pratiquer pendant quelques mois. Cela permet d’entériner les connaissances, on rectifie le tir et ça va très vite» explique Marc Delacroix.

Alliant la théorie à la pratique, l’intervenant sait capter l’attention des participants et leur transmettre son savoir-faire. Les participants, venus de Voisey ou encore de Colombey les deux Eglises se sont particulièrement investis tout au long de la formation, qui répond à leurs besoins dans le cadre de l’agrandissement des troupeaux en milieu fermés.

Réhabiliter l’éleveur infirmier

Parmi les stagiaires, certains parent eux-mêmes l’ensemble de leur troupeau, à l’instar de Xavier Rallet, éleveur au GAEC du Village à Cirey-les-Mareilles, chez qui s’est déroulée la formation. D’autres font appel à des pareurs professionnels. Loin de remettre en cause ce métier, la formation a pour but au contraire de réhabiliter la santé du pied en élevage bovin. Elle donne à l’éleveur les repères techniques pour intervenir dès l’apparition d’une boiterie afin qu’il remplisse son rôle d’infirmier pour apporter «les premiers secours».

Le plus souvent un parage préventif est suffisant pour régler le problème. Les éleveurs, qui ont tous participé à la première session, se sentent plus à l’aise avec ce problème. Ils ont découvert des moyens de contention adaptés (levage au maniscopique, cage de contention), condition sine qua non pour intervenir en toute sécurité sur les animaux, ainsi que les gestes techniques: l’épaisseur de la muraille, respect de la ligne blanche... et une connaissance accrue des maladies du pied. «Depuis que j’ai appris à parer, je n’administre plus systématiquement un traitement antibiotique» témoigne un participant.

Deux cages de parage étaient à la disposition du groupe ; la cage de contention de Xavier Rallet avec prise au jarret ainsi que la cage de parage professionnelle récemment acquise par le pôle élevage de la Chambre d’Agriculture qui immobilise l’animal au niveau des pâturons... Chaque participant a apporté son matériel, reinette ou meuleuse, afin de faire des mises en situations.

Identifier la pathologie dominante à l’échelle du troupeau

Durant la session de perfectionnement, les éleveurs sont invités à remplir une grille d’observation sur les symptômes rencontrés afin de déterminer la pathologie dominante à l’échelle du troupeau, c’est-à-dire celle qui fait boiter.

Il est en effet difficile de caractériser les pathologies du pied à l’échelon individuel, car elles partagent des symptômes communs. Le fait d’adopter une approche de notation systématique des lésions constatées permet de constituer un «nuage de points» orientés plutôt sur le complexe fourchet, fourbure ou encore panaris. Ce diagnostic est fondamental pour remonter aux causes de ces maladies liées à l’environnement du troupeau, à l’alimentation mais également à la génétique. Après analyse des facteurs de risque existants et s’exprimant dans l’élevage, des pistes d’amélioration peuvent être proposées à court et moyen terme.

Les logettes sont par exemple favorables à la santé des mamelles mais moins à celle des pieds, à l’inverse de l’aire paillée. On sait également qu’un excès d’azote dans l’alimentation n’est pas favorable à la santé du pied.

Un groupe de travail au niveau national intitulé «Parabov’» a adopté cette approche systématique de la santé du pied afin de mieux connaître les facteurs de risque et d’orienter les choix génétiques. Le pied bovin reste néanmoins le parent pauvre, contrairement à la santé des mamelles regrette Marc Delacroix, qui intervient également dans les écoles vétérinaires et déplore le manque de moyens consacrés à cette partie de l’anatomie bovine par les universités françaises, contrairement à leurs homologues d’outre-Rhin. Un travail de formation énorme reste à faire auprès des vétérinaires, des pareurs et des éleveurs pour agir sur cet aspect fondamental qui constitue un motif majeur de réforme prématurée dans les troupeaux laitiers.

TEMOIGNAGE de Xavier RALLET

Agriculteur au GAEC du village à Cirey les Mareilles

Xavier a accueilli la formation sur son exploitation. Il a ainsi pu constater l’évolution de ses animaux entre les deux sessions de parage. Il effectue lui-même un parage fonctionnel deux fois par an sur son troupeau laitier constitué d’une soixantaine de montbéliardes, et sur son troupeau allaitant. Une tâche qu’il apprécie d’exécuter et qui lui permet de décrypter la santé de ses animaux. Il a appris à parer lorsqu’il était à l’école de Droyes, avec un pareur équipé d’une cage professionnelle comparable à celle acquise par le pôle élevage de la Chambre d’Agriculture.

«Cette formation m’a été salutaire car elle m’a permis de rafraîchir mes connaissances et d’améliorer mes pratiques. J’ai vu apparaître la dermatite digitée sur mon troupeau, une maladie dont on ne parlait pas au lycée agricole. Je la traitais à l’antibiotique alors qu’un parage bien exécuté suffit. En outre, j’ai abandonné la pose de pansements qui constituent des foyers d’infection. Une encoche de côté suffit souvent à évacuer les jus».

Grâce aux vêlages groupés en été, les vaches ne sont pas poussées au niveau de l’azote, un facteur de risque que l’éleveur a pu identifier concrètement avec son technicien d’élevage, David Bouthors. La séparation du troupeau en deux lots avec des apports énergétiques différentiés a eu des répercussions significatives sur les boiteries.

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