L'Avenir Agricole et Rural 23 octobre 2014 à 08h00 | Par L'Avenir Agricole et Rural

FORET : COLLECTIVISER LA GESTION DE LA FORET

es communes rurales du secteur d’Auberive ont mis en place un syndicat de gestion de leur massif forestier il y a quarante ans. Un outil de gestion durable qui est plus que jamais d’actualité.

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- © Laetitia Bremont

Dans la région d’Auberive, essentiellement rurale et peu peuplée (actuellement 4 habitants au km2), la forêt constitue une richesse pérenne à laquelle les responsables locaux ont toujours été particulièrement attentifs. Dans les années 1960, sur les sols superficiels du plateau de Langres, on rencontre de nombreux peuplements très appauvris à la suite d’anciennes exploitations sur-intensives pour l’approvisionnement des anciennes industries locales. En 1963 est établi un plan d’enrésinement dit «de la vallée de l’Aube» portant sur 1653 ha des forêts communales des Vallées de l’Aube et de l’Aujon sur lesquels l’état des peuplements ne permet pas d’envisager une conversion en futaie feuillue, même à longue échéance. Ce plan était une première approche du groupement et de l’aménagement d’ensemble des forêts du secteur d’Auberive puisqu’il accompagnait la création d’un Syndicat Intercommunal à Vocation Multiple (SIVOM).

Le SIGFRA (Syndicat Intercommunal de Gestion Forestière de la Région d’Auberive) est créé en 1974 par convention. La gestion de la forêt (commercialisation, exploitation, ingénierie, plans d’aménagement) est réalisée en commun dans le respect du régime forestier. Le syndicat réuni aujourd’hui 28 communes de la région d’Auberive*. La commune de Rochetaillée est la plus vaste avec une superficie de forêt communale de 1056 hectares. Le massif concerné atteint aujourd’hui 8300 hectares, c’est le premier syndicat intercommunal de gestion forestière créé en France et il demeure le plus grand massif géré collectivement à ce jour.

 

La massification en fer de lance

La gestion collective permet de répondre aux attentes des acheteurs potentiels. Disposer d’une vaste superficie forestière permet en effet en constituer des lots homogènes par essence et par niveau de qualité, grâce à l’aménagement de dessertes et de places de dépôt. 115 km de routes forestières et de chemins de desserte irriguent le massif. Les communes, individuellement, n’auraient pas pu réaliser des travaux d’une telle envergure. Une telle structure permet en outre de lever des fonds publics auprès des collectivités territoriales et de l’Etat.

 

Répartition de la valeur ajoutée

La commercialisation s’effectue le plus possible de gré à gré : affouages, vente de bois lors d’adjudications publiques, contrats d’approvisionnement avec des scieries locales.

Les bénéfices du SIGFRA sont reversés aux communes en fonction du nombre de points qui leur sont attribués, ce qui leur permet de lisser leurs recettes. Des révisions permettent de mettre à jour ce nombre de points en fonction de l’évolution des superficies boisées et des essences présentes.

 

Exploitation durable

L’exploitation des bois du SIGFRA est supervisée par l’ONF, comme le prévoit la loi. L’exploitation est certifiée PEFC (Programme de Reconnaissance des Certifications Forestières), une norme internationale qui garantit la gestion durable de la ressource en bois aux acheteurs et aux consommateurs. De 2006 à 2008, le SIGFRA a commercialisé en moyenne 2,15 m3 de bois/ha par an, alors que l’accroissement naturel (IFN 2001) est de l’ordre de 5,46 m3/ha/an.

Le travail en régie permet de pérenniser une entreprise locale de travaux forestiers, qui prend en compte les exigences du SIGFRA quant à la qualité des travaux de sylviculture à réaliser. L’un des objectifs du SIGFRA depuis sa création est d’augmenter la valeur des forêts dont il a la gestion, en optimisant la récolte et en investissant dans le reboisement. Celui-ci est actuellement soutenu financièrement par le Conseil Général, depuis la disparition du Fonds Forestier National en 2000.

- © Laetitia Bremont

Interview de Gérard Prolonge, président du SIGFRA

«La forêt, durable par essence»

Gérard Prolonge succède à Jean Dechanet à la présidence du SIGFRA en avril dernier. Son credo : poursuivre les objectifs à long terme que s’était fixé le SIGFRA à sa création ; redonner de la valeur au bois par une gestion durable de la forêt. Il revient sur les enjeux actuels du SIGFRA :

 

> Communiquer en interne

Bien que le SIGFRA existe depuis une quarantaine d’années, les nouvelles équipes municipales ne sont pas toujours au fait de ce que permet la structure. Il faut réaffirmer sa légitimité car elle est complètement en phase avec les préoccupations contemporaines.

 

> Développer des débouchés locaux

Le hêtre souffre de la concurrence des importations. Quant au bois destiné à l’industrie, il est expédié au Luxembourg, ce qui engendre des coûts de transport importants et érode un peu plus la compétitivité du bois issu de nos forêts feuillues. Si le SIGFRA a noué des contrats d’approvisionnement avec les scieries locales,  celles-ci n’absorbent qu’une partie de la production. Malheureusement, nous avons la ressource mais pas le tissu industriel capable de la valoriser.

Une voie s’ouvre pour le bois énergie avec l’exploitation de chaufferies de grande dimension par les collectivités territoriales. Un projet d’envergure est en passe de voir le jour à Langres. Des clauses d’approvisionnement local ont été insérées pour que la ressource provienne des forêts locales. Il faut savoir que c’est rarement le cas quand la gestion des chaufferies est confiée à de grands groupes.

 

> Intensifier la recherche et le développement

Les responsables du SIGFRA, adhérents à la filière bois «France Forêt» militent pour un investissement en recherche développement qui permette d’utiliser le hêtre dans la construction de bâtiment, plutôt que du résineux d’Europe du Nord. Il faut pour cela une volonté politique.


 

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