L'Avenir Agricole et Rural 15 mai 2015 à 08h00 | Par L'Avenir Agricole et Rural

FNB : UNE SITUATION ÉCONOMIQUE INTENABLE

La baisse des prix des bovins, toutes catégories, aboutit à la perte de rentabilité des exploitations. Le sursaut de colère des éleveurs doit être à l’origine d’une nouvelle stratégie de la filière.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
Il manque en moyenne 60 cts par kg / carcasse aux éleveurs pour assurer une rentabilité.
Il manque en moyenne 60 cts par kg / carcasse aux éleveurs pour assurer une rentabilité. - © Emilie Wood

Les prix sont inférieurs en moyenne de 60 cts par kg-carcasse par rapport au seuil indispensable pour la rémunération des éleveurs et permettre d’investir et moderniser les exploitations. L’Observatoire des Prix et des Marges a confirmé qu’un transfert de valeur (sur les bovins finis) d’au moins 300 millions d’euros s’est opéré depuis 2014 vers l’aval au détriment des éleveurs. Une situation qui se détériore davantage cette année et qui est dénoncée par la FNB.

 

La course au prix bas

L’indicateur Mensuel de Coût de revient du JB allaitant (source Idele) s’établit à 4,32 euros par kg-carcasse. Les cotations JB allaitants sont à 3,80 euros par kg (moyenne conformation U et R), soit 3,65 euros «départ ferme». Les cours des vaches allaitantes de réforme ont perdu 60 cts par kg-carcasse en l’espace de 2 ans (3,90 euros actuellement contre 4,50 euros). Le prix au consommateur selon le Panel Kantar est resté au même niveau en cumul annuel mobile sur les 12 derniers mois pour la viande piécée. Il a même progressé de 0,8 % pour le bœuf haché.

 

La filière française est dans une logique de course au prix bas, déstabilisant l’ensemble des maillons avec, au final, des producteurs en variable d’ajustement. Pour maintenir des prix bas, la plupart des opérateurs d’aval n’ont pas engagé de stratégie à l’export sur pays-tiers, ou faiblement. Une erreur collective majeure alors que la demande n’est en progression que sur ces marchés pays-tiers (Asie, pays méditerranéens…) face à des débouchés au mieux stabilisés sur le marché intérieur et européen, mais le plus souvent en érosion en viande piécée. Les opérateurs d’aval semblent toujours vivre sur la base d’une gestion «à la petite semaine», sans outils de prévision et d’anticipation de l’adéquation des débouchés avec la production. La grande distribution, en dehors de quelques initiatives-alibi (gamme «premium» ou «filière qualité») déstabilise le rayon viande bovine par une gestion inadaptée des flux, des produits proposés et de la segmentation. Les dérives sur l’étiquetage des produits sont symptomatiques d’une filière qui néglige la mise en avant du produit.

 

Rétablir une relation de confiance

Pourtant la France dispose d’atouts majeurs en viande bovine pour positionner la qualité et la diversité de ses productions sur les différents débouchés. La FNB estime que c’est en développant la conquête de valeur du produit (sur le marché intérieur et à l’export) que la France sauvegardera ses emplois dans la filière bovine. Les éleveurs attendent la mise à plat des pratiques de l’aval quant aux prix transmis pour l’établissement des cotations, des contrôles renforcés et pérennes, et la révision immédiate des dispositions réglementaires pour assurer la fiabilité de ces indicateurs. Une révision de l’accord interprofessionnel régissant les modalités de la PCM (Pesée Classement Marquage) s’impose pour améliorer la transparence et garantir l’équité des pratiques, le schéma actuel ayant montré ses lacunes et ses failles. La filière doit s’engager sur de vrais modèles de contractualisation avec les éleveurs, en prenant en compte les coûts de production.

 

Valoriser et exporter

La FNB demande de conforter la démarche «Viande Bovine Française» par un socle assurant le consommateur d’un niveau qualitatif : exclusion pour le piécé des animaux en état de finition insuffisante (état engraissement 1 et classement P2), maturation minimale de 10 jours et mention obligatoire de la catégorie et du type racial. La FNB demande aussi la suppression du dispositif «étoiles de potentiel de tendreté», initié par l’aval de la filière. Selon la fédération, il fausse la perception du consommateur et déstabilise l’équilibre de valorisation globale des morceaux compte tenu des pratiques adoptées par les distributeurs. Les opérateurs de la filière doivent se mobiliser et mettre en avant les races à viande et reconquérir la restauration hors domicile.

Les conditions sont réunies pour porter une politique active à l’exportation sur pays-tiers. Le Comité Export Viande Bovine, sous l’égide de la DGPE au ministère, a pour mission d’agir dans ce domaine et veiller à une progression effective des résultats vis-à-vis des objectifs fixés et des marchés détectés. Il doit établir le constat des responsabilités dans l’insuffisance actuelle de la filière bovine et proposer les solutions de progrès tant au plan de l’organisation entre les différents acteurs (pouvoirs publics, organisations professionnelles, opérateurs) que des moyens mobilisés.

Agir maintenant

La filière française doit abandonner sa logique de prix au plus bas, initiée par la grande distribution et présente à tous les échelons de l’aval de la filière, sclérosant toutes les relations économiques. Il manque en moyenne 60 cts par kg-carcasse aux éleveurs pour assurer la rentabilité. Ce montant doit être restitué en «déverrouillant les cours» et en respectant la valeur du produit. Les producteurs ne veulent pas entendre parler d’impossibilité économique par la filière. D’ailleurs, si cette hausse devait être répercutée au consommateur, ce serait l’équivalent en moyenne d’à peine un euro par mois.

 

La FNB demande également, pour l’avenir des relations commerciales au sein de la filière, un regroupement des opérateurs de mise en marché afin d’assurer un rapport de force plus équilibré et la capacité d’une gestion de l’offre en fonction des évolutions de la demande. Des outils de gestion et d’anticipation doivent être développés. L’ensemble de ces dispositions doivent être applicables sans délai, au regard de la situation intenable, sur le plan économique et humain, pour les producteurs. La FNB insiste pour que l’ensemble des dispositions et leur plan d’application soient formalisés le plus rapidement possible.

Un mois pour obligation de résultat !

 

Les actions de blocage coup de poing des abattoirs, engagées depuis la semaine dernière sur mot d’ordre de la FNB, constituent un «cran de plus» dans l’expression de la détresse des producteurs, après les alertes lancées vers un aval de filière jusqu’à présent autiste et méprisant. La situation économique des producteurs de viande bovine est pourtant devenue intenable. La pression à la baisse sur le prix des animaux remet en cause la rentabilité des exploitations.

Cette mobilisation des producteurs a abouti à la table-ronde Filière bovine de ce mardi 12 mai, convoquée au Ministère et rassemblant les principaux acteurs de l’abattage et la distribution.

Le constat de l’urgence d’un changement de logique de la filière bovine a été clairement exposé par la FNB avec la demande d’un plan d’action et d’une revalorisation sans délai des prix.

Le Ministre de l’Agriculture a appelé de façon déterminée à «un sursaut de la filière» pointant la situation de crise des éleveurs et la nécessité pour la filière d’agir autant sur le marché intérieur qu’à l’export sur pays-tiers, où des opportunités sont ouvertes.

Un délai maximum d’un mois a été donné pour mettre en œuvre les orientations identifiées et lancer leur application.

C’est bien à ces résultats concrets que les producteurs jugeront de la réponse donnée par la filière. La politique du plus bas-prix et du moins disant doit cesser d’être sa seule finalité. Il ruinera notre secteur. Il en va de l’intérêt des éleveurs, des entreprises de la filière, mais plus largement des consommateurs.

Dans ce contexte, la FNB s’impliquera très activement dans la phase de négociation qui va s’ouvrir pour formaliser des dispositions d’avenir pour la filière. Mais elle appelle d’ores et déjà les producteurs à la plus grande vigilance et à se préparer à devoir durcir les actions syndicales si les résultats ne sont pas au rendez-vous à très court term

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. L'Avenir Agricole et Rural se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

L'Avenir Agricole et Rural
La couverture du journal L'Avenir Agricole et Rural n°2406 | août 2016

Dernier numéro
N° 2406 | août 2016

Edition de la semaineAnciens numérosABONNEZ-VOUS

Les ARTICLES LES PLUS...

Voir tous

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 20 unes régionales aujourd'hui