L'Avenir Agricole et Rural 01 juillet 2011 à 09h35 | Par ESTELLE DAUPHIN

FILIÈRES LOCALES - La granulation fait son «chaud»

Valoriser la biomasse présente dans les sous-produits de l'agriculture, la sylviculture et l'industrie en la réinjectant sous forme de granulés dans les circuits alimentation animale, l'énergie et la fertilisation : voici la mission d'Alpha pellets, basé à Pratz et dirigée par Bernard Piot, par ailleurs agriculteur à Lignol-le-Chateau et gérant d'un groupement forestier.

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Vincent Faict, responsable de production sur le site de Pratz et Bernard Piot, PDG d'Alpha Pellets.
Vincent Faict, responsable de production sur le site de Pratz et Bernard Piot, PDG d'Alpha Pellets. - © Estelle DAUPHIN

Alpha pellet ne met pas tous ses granulés dans le même panier


La survie de la « déshy » de Pratz jusqu'à aujourd'hui n'aurait été possible sans la capacité de ses dirigeants à diversifier sources d'approvisionnement et débouchés. En 2005, lorsque l'usine de Pratz tourne définitivement la page sur la luzerne, elle devient précurseur en matière de granulés de bois. Elle livrait alors les granulés recherchés dans toute la France, puis au fur et à mesure que la demande s'est densifiée et que l'offre s'est développée, l'entreprise s'est naturellement rapprochée de son marché local. Pour son dirigeant, Bernard Piot, la vocation des énergies renouvelables est d'être consommées sur place.

Il n'empêche que l'outil industriel de Pratz rayonne sur tout le quart nord Est de la France, tant au niveau des approvisionnements en sciure de bois et en issues de céréales auprès des Organismes Stockeurs, que pour la livraison de ses agropellets dont les applications sont nombreuses ; alimentation animale, granulés destinés à la combustion dans des chaufferies de dimension industrielle, apport pour les unités de méthanisation et composant destiné à la fertilisation.

Granulé bois destiné au marché des jardineries et magasins de bricolage composé à 40 % de résineux et à 60 % d'essences feuillues.
Granulé bois destiné au marché des jardineries et magasins de bricolage composé à 40 % de résineux et à 60 % d'essences feuillues. - © ESTELLE DAUPHIN

A chacun son pellet

La clé du succès réside dans la polyvalence de l'outil industriel, qui dispose de différentes grilles de compression permettant d'obtenir un granulé adapté à la demande du client, mais également dans la maîtrise de formules dont seul le responsable de site, Vincent Faict, détient le secret, après des années d'essais. De gros investissements en analyses sont réalisés afin de garantir l'innocuité et la teneur en éléments nutritifs des produits finis.
L'usine fonctionne en permanence avec des équipes en 3/8 et des chauffeurs qui livrent les clients de proximité en granulés de bois à bord d'un camion souffleur. L'aspect logistique est sous-traité à des sociétés de transport mais représente de nombreux emplois induits, précise Bernard Piot. Onze personnes travaillent aujourd'hui sous sa responsabilité et l'activité est passée de 10 000 tonnes de produit fini en 1999 à 37 000 tonnes. Une belle réussite pour l'agri-manager à la tête de cette entreprise qui a su s'adapter. Pourtant, rien n'est acquis dans un environnement instable, insiste-t-il. «Cette année, en raison de la pénurie de fourrage, nous mettons un point d'honneur à réinjecter un maximum d'issues de céréales sous forme d'alimentation animale plutôt que dans la filière énergétique. De même, nous n'avons pas contractualisé de paille cette année» explique le dirigeant.
Marqué par l'esprit de la coopération dans laquelle elle puise ses racines, l'entreprise Alpha Pellets SA apporte un service aux organismes stockeurs en mutualisant la valorisation de leurs issues de céréales, une ressource parfois considérées injustement comme un déchet, qu'elle restitue en partie à la filière alimentation animale.

Agropellets destinés à l’aliment animal.
Agropellets destinés à l’aliment animal. - © ESTELLE DAUPHIN

Biomasse forestière :
quelle ressource mobilisable ?

 

La Préfecture a dressé l'état des lieux des énergies renouvelables en Haute-Marne (voir JHM du 23 juin). Un constat qui fait la part belle à la biomasse forestière : le prélèvement actuel en bois de chauffage, estimé à 300 000 m3, est majoritairement composé de bois bûche, mais d'après les experts, le double serait mobilisable dans les forêts haut-marnaises sans décapitaliser, sous réserve d'investissement dans des dessertes forestières.
Pourtant nul n'est prophète en son pays puisque le Préfet Claude Morel a déclaré que la Haute-Marne était importatrice en granulés de bois.
L'usine de Pratz, qui produit et distribue 4 500 tonnes de granulés de bois localement est en effet freinée dans sa croissance sur le segment du bois énergie, en raison de la limitation de la ressource utilisée. Elle utilise actuellement de la sciure à 40 % d'humidité collectée dans les scieries situées dans un périmètre de 150 km. Son implication dans l'usine « au Doubs Pellet », qui sort 45 000 tonnes de granulé à partir de bois brut, lui laisse envisager de nouvelles perspectives d'approvisionnement en Haute-Marne pour son activité énergie : la réalisation de granulés à partir de rondins séchés en plein air ou de plaquette forestière.
Mais concernant la disponibilité de la ressource, la vision de l'industriel est différente de celle des pouvoirs publics ; pour lui, mobiliser la biomasse disséminée dans le massif forestier haut-marnais n'est pas viable économiquement sur un marché concurrencé par la trituration et les projets de cogénération. De même que les éclaircies ont déjà trouvé preneur parmi les affouagistes. En revanche, il voit un gisement potentiel pour la production de biomasse sur des surfaces agricoles et sylvicoles  : certaines stations forestières, actuellement sous-exploitées pour la mauvaise qualité de leur bois pourraient très bien convenir au bois énergie. De même, la culture de TTCR le long des cours d'eau sur les bandes enherbées ainsi que dans les prairies humides frappées d'interdiction de retournement, aurait selon lui toute sa place. Mais pour cela, il faudrait « que le carcan administratif se desserre ».

L'usine de déshydratation de Pratz : dates à retenir


Créée à l'origine par la CUMA du secteur de Pratz, l'unité de déshydratation avait alors uniquement pour vocation de transformer de la luzerne.

1989 : rénovation de l'outil industriel par la CUMA du secteur de Pratz
1996 : alors que la filière luzerne périclite, reprise de l'outil industriel par le groupe privé Liot, spécialisé dans la transformation d'issues de céréales pour l'alimentation animale. Parallèlement, « Alpha luzerne », un groupe de quatre agriculteurs continue à exploiter la filière luzerne en faisant travailler l'usine à façon : Pierre Jobard, Bernard Piot, Jean Guillaumé et Daniel Stahli.
1999 : dépôt de bilan de Liot. Le groupe d'agriculteurs crée « Alpha luzerne S.A. » et investit dans l'usine à hauteur d'un tiers puis cherche des investisseurs. Nouricia prend un tiers des parts sociales et apporte la matière première. D’autre part, Thierry Henderiks, un acteur belge de la filière de valorisation des issues de céréales, qui cherche à s'implanter sur le marché français, prend le tiers de capital restant.
2005 : arrêt définitif de la luzerne et démarrage de la production de granulés à base de sciure pour alimenter des chaufferies de moyenne puissance. La SA est rebaptisée « Alpha pellets »
2009 : acquisition par Alpha Pellet de 50 % de la société spécialisée dans les granulés de chauffage à base de granulé « au Doubs pellet », basée à proximité de Besançon, suite à son dépôt de bilan
2011 : la production de granulés atteint 37 000 tonnes, dont 4 500 tonnes de granulés bois destinées au marché local des particuliers, 15 000 tonnes d'agropellets pour fournir des chaufferies industrielles hors département et environ 17 000 tonnes de bouchons destinés à la filière alimentation animale.

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