L'Avenir Agricole et Rural 17 octobre 2013 à 08h00 | Par L'Avenir Agricole et Rural

FILIÈRES LOCALES - A LA FERME DE MONTLEBERT, ON NE REGRETTE RIEN

Joffrey Saguier s’est installé agriculteur il y a 6 mois, disposant seulement d’une cinquantaine d’hectares, il a décidé d’élever des porcs en plein air et de les valoriser en vente directe après transformation à façon. Son épouse, salariée à Chaumont, participe à l’aventure. Ensemble ils témoignent ….

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Marie et Joffrey ont fait savourer les chalands du Marché de Chaumont et les ont invités à commander sur Appro52.fr.
Marie et Joffrey ont fait savourer les chalands du Marché de Chaumont et les ont invités à commander sur Appro52.fr. - © G CONIL

Gratienne Edme-Conil : Joffrey, pourquoi avoir voulu vous installer et pourquoi faire du cochon ?

Joffrey Saguier : Je n’ai pas trouvé de ferme à reprendre avec un troupeau laitier. Mes grands-parents, anciens agriculteurs, m’ont donc proposé quelques hectares, de même d’autres propriétaires, grâce à l’aide d’un voisin agriculteur Lionnel Caudy.

Nous partions de zéro, avec trop peu de surface pour dégager un revenu suffisant, donc nous devions trouver d’autres surfaces ou une source de revenu complémentaire. Longtemps, j’ai eu envie de produire des volailles pour les vendre en direct.

Construire les poulaillers et un abattoir représentait un investissement qui me faisait un peu peur et qui aurait sans doute aussi effrayé ma banque. La conseillère de la Chambre d’agriculture m’a donc soufflé l’idée de faire du porc fermier. Elle m’a aussi proposé de faire des volailles pour des groupements si je voulais limiter la prise de risque commercial, j’ai hésité plusieurs mois entre les deux solutions.

 

G.E-C : Qu’est-ce qui vous finalement décidé ?

J.S : Mon épouse Marie et moi-même nous nous sommes décidés dès que nous avons disposé d’une petite  cinquantaine d’hectares. L’idée du cochon nous plaisait bien, je me sentais techniquement compétent. Marie et moi avons opté pour le mode biologique.

Avec une SAU de 50 ha sans DPU il faut limiter les charges opérationnelles. Et puis je ne me voyais pas obéir à la dictée de marchands d’herbicides, fongicides et autres pesticides, des marchands qui pensent avant tout à nous vendre leurs recettes de cuisine. A mon sens, il est plus logique de faire de l’agronomie plutôt que des traitements systématiques, pour moi c’est un challenge.

 

G.E-C : Où en êtes-vous aujourd’hui ?

J.S : Nous sommes plutôt contents, notre objectif était de faire environ 2 cochons par semaine avec une marge brute attendue de 80 000 , actuellement nous en valorisons entre 1 et 3.

Nous serons certifiés en agriculture biologique en 2016, et les adhérents de l’AMAP*. Prez de chez nous initiée en juin dernier par nos voisins, José et Alexandra maraîcher du Jardin du Poirier, nous achètent déjà notre cochon en caissette associant viande et charcuteries.

Nous avons une gamme de terrines stérilisées et de salaisons  qui nous permet de faire des marchés et foires  pour nous faire connaître.

 

G.E-C : Comment fabriquez–vous ?

J.S : Nous avons choisi de faire le moins d’investissement possible au démarrage. Nos cochons seront bien sûr abattus à Chaumont, l’abattoir nous a promis de se faire certifier biologique d’ici 2015.

Puis je monte nos carcasses à Bar-le-Duc, au CFPPA qui les découpe et nous prépare aussi toutes nos charcuteries selon nos recettes maison.

Faire sous-traiter nous permet aussi de consacrer du temps à l’autoconstruction de notre magasin et à la promotion de nos produits. Par contre, cela coûte en prestations de services, nous allons bientôt avoir assez de recul pour vérifier si nos prix de vente couvrent bien nos charges.

G.E-C : Vous n’aviez donc pas fait d’étude préalable ?

J.S : Si bien sûr ! Avec les conseillers d’entreprise de la Chambre d’agriculture nous avons fait plusieurs simulations avant de choisir la sous-traitance plutôt que l’investissement mais un projet reste un projet … C’est au travers un suivi régulier de nos comptes que nous pourrons adapter notre stratégie commerciale et plus globalement nos choix techniques.

Il faudra voir si nous valorisons bien nos cochons à 900 euros soit environ 9 euros du kg. C’est difficile à dire aujourd’hui du fait des stocks de terrines et salaisons, du rapport entre charcuterie et viande fraîche commercialisées qui diffèrent d’une semaine à l’autre et donc d’une carcasse à l’autre.

 

G.E-C : Vous n’avez donc pas investi ?

J.S : Si bien sûr, tout d’abord pour la reprise de la ferme et ses bâtiments, pour le logement des cochons mais aussi pour l’atelier vente directe, c’est pourquoi nous ne voulions pas nous endetter pour le labo de transformation.

Nous avons eu besoin de plaquettes de présentation de notre ferme, d’un camion frigo et une vitrine. Nous sommes en train de finir d’aménager notre local de vente à la ferme annexé d’une petite salle de découpe pour piécer certains morceaux à la demande des clients.

 

G.E-C : Pensez-vous pouvoir tout vendre à la ferme ?

JS : Nous avons acheté un véhicule réfrigéré pour pouvoir faire des livraisons. Nous prenons des commandes via l’AMAP*, Prez de chez nous créée en juin et associant plus d’une vingtaine de clients à des producteurs biologiques, José et Alexandra Molard, Lionnel Caudy, éleveur bovin, Hervé Ramagé, vosgien et éleveur ovin, et nous. Une aventure car c’est la première du département. Nous comptons beaucoup sur le bouche à oreilles pour nous faire connaître mais pas seulement. Nous adhérons à la démarche Appro52.fr le site que la Chambre d’agriculture et l’A.D.M.A** développent pour aider les producteurs à vendre en direct.

 

Marie Saguier : Nous avons fait une animation le samedi 5 octobre sur le marché de Chaumont, c’était probant, une publicité dans le journal, le contact avec les chalands et nous avons eu plusieurs appels, quelques commandes de nouveaux client.

Si nos produits plaisent cela fera vite tâche d’huile….

G.E-C : Je vous sens plutôt optimiste ...

J.S : Oui, car je me sens bien accompagné, et pour l’heure nous avons de bons retours de nos clients, ils sont satisfaits de la qualité de nos produits. Marie et moi sommes très bien accueillis par les réseaux de producteurs comme le GAB***, les syndicats agricoles, l’A.D.M.A** et nous comptons sur eux nous aider à nous faire connaître. APPRO52, la mission «filières locales» de la Chambre, démarche en ce moment les comités d’entreprise au nom des producteurs. Marie, mon épouse travaille encore à Chaumont et parle de nos produits à ses collègues ….

 

G.E-C : Vous avez donc tout misé sur le cochon et les partenariats

J.S : Oui car dans le cochon tout est bon et je considère que l’union fait la force, je n’ai pas envie de me disperser, j’espère apporter des atouts nouveaux au développement des filières locales notamment par l’attractivité de mes produits à la fois fermiers et biologiques. Marie et moi espérons avoir du temps pour promouvoir l’innovation et pouvoir un jour, à notre tour, aider d’autres personnes à s’installer ou à créer un atelier nouveau.

 

 

*AMAP : Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne

**A.D.M.A : Association pour la Diversification  des Métiers de l’Agriculture

*** GAB : Groupement des AgroBiologistes

 

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