L'Avenir Agricole et Rural 19 mai 2011 à 11h27 | Par Eric BERTON

FILIÈRE LAITIÈRE GRAND EST - Le bassin se découvre

La conférence de bassin laitier du Grand Est a officiellement été installée le 6 mai dernier, à Metz, par Christian de Lavernée, Préfet coordinateur de bassin. Les modalités de gouvernance, les objectifs et les éléments de caractérisation du bassin Grand Est ont été exposés aux participants. Au cours des débats, les Jeunes Agriculteurs obtiennent le maintien des mesures d’attribution à l’installation.

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La salle George de la Tour de la préfecture de Metz était certainement trop juste pour accueillir les membres de la conférence de bassin, nouvel organe de gouvernance pour la filière laitière du Grand Est. Les responsables syndicaux, jeunes et ainés, les industriels coopératifs ou privés, les consommateurs, les distributeurs, les nombreux experts et les personnes dites publiques, représentant l’administration, les Chambres d’Agricultures et les Conseils Régionaux, tous se sont pressés autour du Préfet coordinateur de bassin, Christian de Lavernée pour assister à la mise en place du bassin Grand Est. L’enjeu est considérable. De la production à la transformation, la filière laitière du périmètre du bassin Grand Est maille le tissu rural et agroindustriel de 23 départements sur six régions administratives. La diversité des territoires, des contextes de production, de transformation et de valorisation laitière sont à la fois une richesse et une source considérable d’inquiétude. Et le Préfet coordinateur de bassin rappelle à l’assistance que « La filière laitière doit s’adapter au nouveau contexte économique, caractérisé par une plus forte volatilité du prix du lait et des produits laitiers et par la sortie programmée du régime des quotas laitiers le 1er avril 2015. »

Diversité et particularités


« Désormais, c’est le préfet coordonnateur qui assure la responsabilité de mise en œuvre des procédures de redistribution des quotas » précise le Préfet Christian de Lavernée. Il s’agit vraisemblablement de la mission principale de la conférence de bassin. La gouvernance en bassin, dans une configuration interprofessionnelle élargie, est une étape transitoire et préparatoire à la fin des quotas. Les règles de gestion ne seront plus arbitrées dans les départements, mais sur un périmètre interrégional, en considérant le point de vue des transformateurs, des consommateurs et des distributeurs. Certes, l’instruction administrative des dossiers restera de la compétence des DDT, Directions Départementales des Territoires, mais les définitions des critères et modalités d’attribution laitière relèveront des compétences de la conférence de bassin. Et malgré la diversité de ce bassin, « la réalisation de sous bassins est impossible » souligne Jean Louis Roux, directeur de la Direction Régionale de l’Agriculture Alimentation et de la Forêt, qui sera le responsable opérationnel du bassin Grand Est. Il ajoute que des critères zonés pourront permettre d’intégrer les particularités.


Dotations à l’installation


Dans ce contexte particulier de mise en place de nouvelles modalités d’attribution laitières, les Jeunes Agriculteurs revendiquent une transition en douceur vers le fonctionnement en bassin. Edmond Claiser, représentant de Jeunes Agriculteurs, dans un courrier adressé au Préfet coordinateur de bassin, propose de garder « le fonctionnement des règles départementales d’attributions laitières pour les installations qui auront lieu jusqu’au 31 aout 2011. » Il demande « une dotation-plancher de 40 000L par jeune » et souhaite « une gestion équitable des dotations à l’installation sur toute la campagne. » Les débats sont révélateurs des divergences d’orientations stratégiques selon les zones de production. Les responsables professionnels et politiques des zones dites à faible densité laitière craignent de disposer de moins de lait pour installer leurs jeunes et consolider les producteurs en place. Alors que, dans les zones de production sous signes de qualité, notamment en Franche Comté, les inquiétudes portent sur les équilibres de marché et l’adéquation avec les cahiers des charges en place. Les membres de la conférence actent finalement de maintenir les règles actuelles d’attribution  jusqu’au 31 août avec la possibilité de réattribution si les nouvelles règles sont plus avantageuses.

Contraintes herbagères

Avec près de 15% des volumes de production laitière Française, le bassin Grand Est est le troisième des neuf bassins Français précise Fabienne LAUER, Chef de service Economie, Elevage, Qualité et Promotion de la Chambre Régionale D’agriculture de Lorraine. Elle propose à l’assemblée une présentation fouillée et méthodique de la localisation des quotas laitiers, de la densité laitière au kilomètre carré ou encore de la répartition des exploitations laitières sur le territoire. L’analyse permet de confirmer la grande diversité du bassin. Le lait est globalement concentré sur les territoires à dominante herbagère. Les éleveurs laitiers du bassin Grand Est sont majoritairement des polyculteurs éleveurs intensifs avec des contraintes herbagères. Les structures de collecte et de transformation sont également passées au crible. Fabienne LAUER précise que certaines régions se caractérisent par leur transformation. Les fromages au lait de vache sont majoritairement fabriqués en Lorraine, les laits fermentés et desserts en Bourgogne et c’est en Alsace les laits liquides sont conditionnés. Les volumes de  transformation représentent 72% de la production du bassin. Ce point fait d’ailleurs débat et appelle une expertise approfondie et une analyse de son évolution dans le temps. Enfin, 11 AOP, Appellation d’Origine Contrôlée, coexistent sur le bassin. Elles représentent 17% du fromage produit. Voilà effectivement un bassin bien riche de diversités.

EDITO

Par Henri BrichartPrésident de la FNPL

Le maillon faible


S’il est admis que l’agriculture n’est pas un secteur économique comme les autres puisqu’elle est, avec l’eau, la première condition de la vie sur notre planète, il n’en demeure pas moins que les outils européens de gestion des marchés agricoles sont presque totalement démantelés.A partir de là, une foultitude de questions se pose quant à notre adapta-tion à cette libéralisation violente après des décennies d’encadrement communautaire. Compétitivité, relation entre les maillons des filières, at-ténuation de la volatilité des prix… nombreux sont ceux qui s’activent en Europe pour chercher des solutions, comme après un coup de pied dans une fourmilière.Dans ce contexte, l’élevage, avec des revenus qui étaient déjà faibles, est certainement le secteur le plus ébranlé par la mondialisation, d’autant que les règles de départ ne sont pas les mêmes pour tous, que ce soit bien sûr à l’échelle internationale, ou même à l’intérieur de l’Europe. Que dire de notre compétitivité lorsque les avantages fiscaux et sociaux, en Allemagne par exemple, sont manifestes ?De même, l’une des réponses à la libéralisation est la formalisation des relations au sein des filières. La contractualisation peut certainement don-ner une meilleure visibilité pour les acteurs et tenter d’écrêter la volatilité des prix et des volumes. Mais elle nécessite à la fois un encadrement et une cohésion globale dans tous les maillons de la chaine, ainsi qu’un réé-quilibrage des rapports de force. C’est dans ce sens que la FNPL, à son niveau, déploie aujourd’hui toute son action pour massifier l’offre et dé-boucher sur une négociation contractuelle équilibrée.Ce sont des conditions nécessaires, mais pas suffisantes. Que dire par exemple, des distributeurs qui vont signer un accord d’intention rue de Varenne et qui, dans le même temps vont chercher du lait bradé outre-Rhin pour faire pression sur leurs fournisseurs ?Notre avenir dépend autant de la volonté des opérateurs qui se situent en amont et en aval des éleveurs, que des Pouvoirs Publics, de prendre en compte les réalités des producteurs de lait et de l’élevage en général.

Calendrier de travail :


Premier groupe de travail : 25 mai 2011


Deuxième conférence : fin juin 2011

Définition des critères d’attribution gratuit et TSST


Modalités de « retour au cessionnaire »



Troisième conférence : octobre-novembre 2011


Liste des bénéficiaires   Bilan provisoire

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