L'Avenir Agricole et Rural 14 janvier 2011 à 11h30 | Par E. DAUPHIN

Filière bois - Sortir du bois

Équilibrage de la balance commerciale, pompe à CO2, pourvoyeur d'emplois en milieu rural et matériau noble, le bois ne manque pas d'atouts pour séduire. Alors pourquoi la filière peine-t-elle à décoller ? Réponses avec Jean-Pierre Michel, Président de l'interprofession France Bois Forêt et maire de la commune de Rochetaillée (Canton d'Arc-en-Barrois).

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Quels sont les défis de la filière bois française ?


Le discours d’URMATT du Président de la République, s'appuyant sur le rapport PUECH, identifie la disponibilité de la ressource forestière comme un axe important de la stratégie de filière, capable de fournir à la fois la matière première industrielle et de réduire notre dépendance étrangère en bois mais aussi de satisfaire les engagements énergétiques de l’Etat en matière de biomasse.L'objectif fixé à 12 millions de m3 en 2012 et 20 millions de m3 en 2020 mérite d’être approfondi dans sa nature, dans sa localisation, dans son exploitation et dans sa disponibilité.Le Ministère de l’agriculture  a déjà présenté deux études :CEMAGREF «actualisation 2009 de l’étude biomasse disponible de 2007»etADEME, IFN et FCBA «Biomasse forestière, populicole et bocagère disponible pour l’énergie à l’horizon 2020».
Les résultats indiquent :- des volumes théoriquement disponibles et supplémentaires à la récolte actuelle de +14 millions m3 de BO (bois d’œuvre), 28 millions m3 de BIBE (bois d’industrie/bois énergie) et 8,1 millions m3 de menus bois- un surcroît de volume pendant quelques années pour résorption rapide des surstocks qui majorent très sensiblement les volumes précédents.Les conclusions sont toutefois partielles du fait que le BI-BE est conditionné par l’exploitation et la commercialisation du BO dans des proportions variant de 42 à 62 %. De plus, les disponibilités supplémentaires sont deux fois plus importantes pour le BO feuillu que pour le BO résineux. Enfin, la notion même de la disponibilité est donnée comme « technique » (exploitabilité) et ne préjuge ni de la rentabilité économique de l’exploitation ni de la proposition à la vente du propriétaire.


Quels sont les freins à l’exploitation ?


La forêt française est morcelée. Les parcelles de moins de quatre hectares (seuil d'exploitabilité), représentent 2,14 millions d'hectares, soit 15 % du massif forestier français. Elles constituent souvent des enclaves en déshérence qui font obstacle à l'exploitation des bois mitoyens. La sous-exploitation actuelle dans les forêts privées provient pour l’essentiel d’une difficulté d’approche ou de coûts d’exploitation sur lesquels les acteurs propriétaires ou acheteurs n’ont pas de prise. Or les bois devront être rendus scierie au même prix que le reste de l’approvisionnement. Le propriétaire privé ne peut accepter volontairement de mobiliser ses bois s’il ne trouve pas un intérêt pécuniaire. Une part de la mobilisation passe aussi dans l’organisation des schémas régionaux ou locaux d’exploitation introduits ou développés par la Loi de Modernisation de l’Agriculture.

Comment motiver les propriétaires privés à récolter plus afin de créer de l’activité locale ?


La loi de modernisation agricole (LMA) répond partiellement à cette préoccupation. Elle comporte un volet forestier qui tend à favoriser la mobilisation du bois par diverses mesures et outils :- L’obligation d’un plan simple de gestion pour tous les propriétaires de 25 ha et plus- Les schémas régionaux de mobilisation- Les chartes forestières de territoires et les plans d’approvisionnement territoriauxD'autre part, La loi de finance de 2009 renforce les DEFI* forêt, travaux et contrat à destination des propriétaires de parcelles inférieures à 25 ha jusqu'en 2013. Cette mesure vise à inciter les propriétaires au regroupement des parcelles et à l'exécution des travaux forestiers par des réductions d'impôts sur le revenu allant de 500 à 3000 euros. Cependant cette disposition aux yeux de Bercy, apparaît comme un «avantage fiscal» que la loi de finances pour 2011 voudrait s’efforcer de réduire. Il nous faudra intervenir auprès du Ministre afin de défendre cet outil d’investissement.Cette loi d’organisation de la forêt conservera cependant un impact limité sur la mobilisation tant qu’un fonds dédié (que le COMOP forêt* avait évalué à 100 millions d’euros sur cinq ans) n’aura pas été engagé.

Comment mieux valoriser la production sylvicole ?

C'est le deuxième défi que la filière doit relever. Le bois doit si possible être employé en cascade : tout d’abord en bois d'œuvre, comme matériau de construction, ensuite sous forme de panneaux d’aggloméré pour l'industrie et enfin pour produire de l’énergie.L'énergie la plus économique étant celle qui n'est pas consommée, il est essentiel d'incorporer le bois comme matériau de substitution dans le secteur BTP en raison de ses vertus isolantes. Le rapprochement géographique de l'institut de recherche FCBA* avec le Centre Scientifique et Technique du Bâtiment devrait favoriser les synergies et accélérer les procédures de normalisation.Plusieurs acquis ont été obtenus dans ce domaine :- le seuil minimum d’utilisation de bois dans les constructions neuves doit être multiplié par dix, avec l’implication en premier lieu de l'Etat exemplaire dans la commande publique- les travaux d’isolation extérieure qui peuvent être réalisés en bardage bois, ne créant ni surface, ni volume habitable sont exemptés de dépôt de permis de construire


Avons-nous en France les ressources nécessaires pour répondre à ces nouveaux usages ?


Les résineux sont les essences retenues pour la construction bois mais en France notre forêt est composée au 2/3 de feuillus et nous importons plus de 4 millions de m3 de résineux par an. Il y a là tout un travail de recherche et d’innovation dans des procédés de traitement  à haute température et également d’information et de formation auprès des architectes et transformateurs.Il faut éviter les concurrences d'usage contreproductives liées au renforcement de la demande en bois énergie. Le développement de ce marché et la constitution de plateformes et d’unités de cogénération électrique issues des appels d’offres CRE 1,2,3 et bientôt 4* constituent en effet des opportunités régionales absolues lorsqu’elles n’entrent pas en concurrence frontale avec des utilisations matière par des usines : scieries, panneaux, pâtes alimentant la chaîne des produits bois… C’est la raison pour laquelle je suis plus favorable à des ‘’petites chaufferies’’ en milieu rural procurant ainsi des emplois locaux.

Quel constat faites-vous par rapport à la forêt haut-marnaise ?

Nous disposons d'un potentiel forestier important surtout en feuillus mais beaucoup de surface a été touchée par la tempête de 1999. Le poids économique de l'exploitation de la forêt reste néanmoins très important ( 400 000 m3 récoltés) et représente une recette non négligeable dans le budget des communes propriétaires.  Les quelques scieries qui ont subsisté à la crise doivent être accompagnées sur le plan des investissements. Enfin, il faut trouver d’autres usages au bois d’œuvre en remplacement de l’industrie du meuble déclinante.A moyen terme, la forêt haut-marnaise constitue un atout de taille pour répondre aux attentes du Grenelle de l’environnement : ‘’Produire plus tout en préservant mieux’’. Le bois énergie conserve toute sa place dans le département, d'abord grâce à l’affouage, ainsi qu'à travers la  création de chaufferies bois et la présence d'une entreprise de fabrication de granulés (pellets).Le bois aura des débouchés également au sein de projets innovants tels que BTL (Bure) ou réseau de chaleur (ville de Langres, adecaplan d’Auberive).Autre atout pour le département, c'est bien évidemment la création du Parc National. Pour transformer cette opportunité en une réussite pour le territoire, il faudra veiller à l’équilibre de la réserve intégrale, la gestion de la faune, l'aménagement touristique respectueux des richesses écologiques et la production de bois.

Lexique


*DEFI : Dispositif d'Encouragement Fiscal à l'Investissement en forêt créé par la loi d'orientation sur la forêt du 9 juillet 2001. Il permet une réduction de l'impôt sur le revenu (IR) pour les contribuables domiciliés en France réalisant des investissements forestiers à hauteur de 25 % des dépenses engagées.


*Les COMOP sont des groupes de travail mis en place durant le Grenelle de l'environnement


*FCBA : Forêt, Cellulose, Bois et Ameublement : institut technique de recherche sur l'utilisation du bois

*CRE 1, 2, 3 et 4 : Les appel d’offres de la Commission de Régulation de l'Energie sont lancés à l'initiative du ministère de l'énergie pour favoriser l'atteinte des objectifs nationaux de production d'électricité à partir de biomasse. Le quatrième appel d'offre est en cours de parution.

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