L'Avenir Agricole et Rural 18 mars 2010 à 09h50 | Par E. DAUPHIN

Filière avicole - La viande blanche, pas si volatile...

Moulins Henry, filiale de la COPAM spécialisée dans l’alimentation des volailles, organisait un voyage d’étude afin d’inciter des agriculteurs haut-marnais à mettre en place des ateliers de transformation hors sol, afin de valoriser la production de céréales.

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LA FILIERE AVICOLE DANS LE GRAND EST

Deux jours durant, Philippe Lapie, technicien volailles, chargé du développement dans le grand est chez Moulins Henry, a tenté de démonter aux participants, venus de Champagne Ardenne et de Lorraine ? l’intérêt de se lancer dans la production de poulet de chair. Dans un contexte de crise généralisée dans les filières traditionnelles, le discours avait de quoi séduire.

D’abord précisons qu’il y a poulet et poulet ; ils se distinguent essentiellement par la vitesse de croissance qui détermine directement leur qualité ; en théorie, plus il prend le temps de grandir, plus sa chair développe des qualités gustatives. Le poulet sous label pèse 2,4 kg et est élevé en 85 jours dans une zone d’appellation prédéfinie autour de l’abattoir. La Haute-Marne n’en faisant pas partie, ce type de production est écarté dans notre département. A l’opposé, il y a le poulet industriel de 1,8 kg, élevé en 35 jours, c’est celui qui est requis par l’abattoir de Reims. Entre ces deux extrémités, on trouve des qualités intermédiaires telles que le coq industriel et la dinde de bourgogne ainsi que le coq de rôtisseries de 2,1 kg, élevé en 55 jours et transformé par Siebert.  La viande blanche, économique et diététique, semble bien résister à la crise et offre des débouchés locaux stables. De plus, elle est consommée par toutes les minorités ethniques, contrairement au porc et au bœuf.

La viande blanche est également la valorisation optimum de la céréale; pour produire un kilo de poulet, l’indice de consommation pour un kg de carcasse produit, s’élève, selon les systèmes, à 3,2 kg de céréales consommées en label et à 1,8 kg en système intensif. C’est la raison pour laquelle, la COPAM, filiale du groupe coopératif  Nestal, appartenant à SICLAE est partie prenante dans la filière volaille, dans le cadre de sa stratégie de valorisation des matières premières de ses adhérents. Jean-Claude Brisson, président de COPAM et éleveur de volailles déclare, sur pleinchamp.com, « la crise de la grippe aviaire de 2006 et la flambée des cours des céréales mi-2007 ont freiné les ardeurs des candidats. Certains projets ont été arrêtés. » Pourtant, plaide l'agriculteur « il existe une réelle complémentarité entre les productions animales et végétales, les premières absorbant les secondes (céréales, drêches issues des usines de biocarburants). Le meilleur moyen de maîtriser la volatilité des cours et de rentabiliser les usines de carburants serait d'investir dans des schémas de valorisation.» Dans l'Est de la France, les mouvements récents de rapprochement entre coopératives céréalières et filières d'élevage bovin confirment cette analyse. EMC2 et Alotis en Meuse, Champagne Céréales et Capeval en Champagne-Ardenne, CAH et Copvial en Alsace…

Pourquoi un tel retard ?

Les autres arguments mis en avant sont la garantie des débouchés, le revenu stable et correct, les aides à l'investissement, l'accompagnement technique, la formation… liés à l’organisation de la filière qui n’émarge pas aux aides européennes mais fonctionne avec une caisse de solidarité : exemple, durant la grippe aviaire, « tout le monde s’est serré les coudes ; marchand d’aliments, éleveurs et transformateurs. Une réfection sur le prix d’achat au titre de la contribution à la filière a permis de passer le cap. Et si chacun y a laissé des plumes, personne n’est resté au bord du chemin. » témoigne Sébastien Riottot, lors de la visite de son élevage à Latrecey, près de Chateauvillain.

D’après l’enquête Agrest 2008 sur l’aviculture en Champagne Ardenne, la région est en treizième position au niveau nationale dans cette production.

En 2008, la région compte 215 exploitations avicoles. Elles peuvent héberger 4,9 millions de volailles réparties dans 522 bâtiments. Les Ardennes et la Marne concentrent la plus grande part de la capacité d’élevage. La filière avicole champardennaise est principalement orientée vers la volaille de chair. La région produit annuellement 17,6 millions de volailles de chair, essentiellement du poulet. Elle fournit 1 % des 12 milliards d’œufs produits en France. Les bâtiments sont pour quatre cinquièmes de leur surface des bâtiments fermés sans parcours. La surface moyenne d’un bâtiment avicole, avec ou sans parcours, est de 580 m2, nettement supérieure à la moyenne nationale (465 m2).

Il est vrai que le hors-sol était l’apanage des régions de l’ouest,  en particulier la Bretagne, fortement tournée vers l’export notamment en Afrique du Nord, grâce à son ouverture sur l’océan. Cependant la nouvelle règlementation concernant le bien-être animal ainsi que l’augmentation du prix des carburant vont reconfigurer la carte de la production avicole comme le prévoit Emmanuel Brochet, responsable production et approvisionnement chez Siebert (voir carteci contre). Ainsi, le Grand Est, fort de ses surfaces épandables et à moins de quatre heures de camion du bassin de consommation de la Ruhr et du Bénélux, éveille l’intérêt des industriels.

Selon les prévisions du groupe Gastronome, il faudrait fournir 75 000 poulets classiques supplémentaires. Cela correspond à une vingtaine de poulaillers de 1000 à 1500 m2 qu'il convient de construire ou bien trouver dans un rayon de 100 km autour de Reims. Le fabricant d'aliments COPAM de Châlons-en-Champagne et le groupement de production Moulins Henry qui lui est rattaché, sont les plus concernés, la COPAM étant actionnaire de l'abattoir à 45 % et fournissant 80% du vif (140 000 par semaine) avec une centaine d'éleveurs (90 000 m2).

Le groupe d’agriculteurs devant le poulailler de Sébastien RIOTTOT à Latrecey
Le groupe d’agriculteurs devant le poulailler de Sébastien RIOTTOT à Latrecey - © E. DAUPHIN

PREMIERE ETAPE A LATRECEY

Le voyage d’étude a commencé par la visite de l’élevage de Sébastien Riottot. Il travaille avec son père à l’EARL de la Prémole à Latrecey, près de Chateauvillain. Il s’est installé en 2000 grâce au lancement d’un atelier de production de poulet de chair hors-sol sur 1200 m2. « Plutôt céréalier dans l’âme mais ne disposant pas de surfaces suffisante pour tirer deux revenus, je me suis intéressé à cette production peu contraignante et planifiable au jour près. »

Après quelques tracasseries d’usage liées à l’obtention du permis de construire dans le cadre des installations classées soumises à autorisation, il fait construire un bâtiment dynamique capable de maîtriser l’ambiance (température, taux d’humidité). « La formule 1 du bâtiment d’élevage de poulet de chair » insiste Philippe Lapie, qui travaille étroitement avec les constructeurs qui livrent des réalisations clé en main, étudiées au détail près en fonction des contraintes liées à la production du poulet. En effet, la constance de la température à 30°est déterminante dans le résultat final et peut créer un différentiel de 100 grammes par poulet, soit au final un manque à gagner de 7000 euros, estime le chargé de développement de Moulins Henry. Un investissement amortissable sur 12 ans à 26 000 euros de remboursement/an avec un contrat décennal signé avec la société d’abattage.

La charde de travail représente 800 à 1000 heures annuelles, pour deux fois le SMIC.

La production ne demande pas une grande technicité mais beaucoup de rigueur et de régularité. Ca reste de l’élevage avec une astreinte quotidienne, c’est pourquoi l’idéal est d’être deux afin de passer au poulailler au minimum une fois par jour pendant un quart d’heure. Le gros du travail a lieu lors du vide sanitaire entre chaque bande, soit cinq fois par an. Il y a trois jours de travail pour tout désinfecter, du sol au plafond. En France, la lutte contre la salmonelle est drastique; depuis 2008, des contrôle de recherche systématique dans les bâtiments sont effectués donnant lieu à arrêté préfectoral de mise sous surveillance (APMS) en cas de contrôle positif. Il est impératif de procéder à la dératisation aux abords du bâtiment, les rongeurs étant des vecteurs de transmission de la salmonelle.

L’ancien président des jeunes agriculteurs ne manque pas de projets; pour économiser sur le chauffage, qui représente actuellement une facture annuelle de 7000 euros de gaz, Sébastien va faire installer une chaudière à bois déchiqueté de marque allemande, spécialement adaptée à l’élevage de poulets. Il a étudié le projet avec Julien Nicard, qui lui fournira le combustible. Il est également sur le point d’installer des panneaux photovoltaïques et s’apprête à faire construire un deuxième poulailler.

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