L'Avenir Agricole et Rural 16 mai 2007 à 00h00 | Par JL BLONDEL

FIEVRE CATARRHALE - On cherche toujours

les représentants des éleveurs se sont réunis le 14 mai à Chalons en Champagne pour faire le point sur la FCO. Pour le moment la reprise de l’activité virologique n’a pas été constatée mais l’inquiétude reste extrême. Le dispositif de compensation est jugé complexe et inopérant.

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Une épidémie toujours mal connue    
 
Les scientifiques restent modestes et hésitants sur l’explication de cette épidémie dont on sait qu’elle est apparue à proximité de MAASTRICHT mais dont on ne connaît pas précisément le lieu du foyer ni la manière dont la contamination s’est faite. Quant au vecteur, ils ont la quasi-certitude qu’il s’agit d’un culicoïdes mais de nombreuses espèces volent dans le nord de l’Europe. On observe un déplacement de la maladie sur un axe est-ouest de l’Allemagne vers la mer du Nord qui n’a pas d’explication pertinente car le vent souffle en général dans l’autre sens.
Les scientifiques en déduisent cependant que les limitations de mouvements d’animaux prises très réactivement par la France ont été efficaces. C’est pour cette raison que les Pouvoirs Publics mettent en place un dispositif permettant de contrôler et de limiter les mouvements dès que le virus recommencera à circuler et ils pensent que la réémergence viendra des zones de contamination (périmètres interdits).

L’inquiétude des éleveurs
 
Actuellement les dépistages sérologiques permettent de détecter de nouveaux « anciens cas », nous en sommes à 25 en France, ce qui est loin de constituer une explosion d’autant plus qu’une seule suspicion clinique en début d’épidémie a été confirmée.
Le doute sur une virologie apparue récemment en Allemagne est aujourd’hui dissipé, mais le représentant de la DGAL, M. Dumoulin, a rappelé que les épidémies de FCO suivies jusqu’à ce jour dans les régions méditerranéennes avaient connu une résurgence dans le courant de la période estivale. Chacun croise donc les doigts, l’espoir est cependant mince compte tenu des multiples prélèvements qui sont actuellement en cours. En effet dans chaque département près de 300 prélèvements sur 10 élevages sentinelles sont faits chaque mois et quand on cherche, on trouve …  
S’il y a ré-émergence du virus le Ministère a prévu de rétablir des règles à peu près identiques à celles de l’an dernier. Denis Sibille représentant l’Interprofession a clairement annoncé qu’il serait hors de question de laisser se redresser des barrières à la circulation des animaux destinés à l’abattage.
Cette mise en garde est rappelée dans le communiqué ci-contre et ce d’autant plus que les mesures de compensation ne sont manifestement pas adaptées.
Les départements concernés par des zones interdites critiquent aussi la pertinence des périmètres qui leur sont imposés. Ils ne comprennent pas pourquoi des « anciens cas » de contamination puissent engendrer une mise en quarantaine de tous les élevages dans un périmètre de 20 km. A l’appui ils affirment que les mouvements d’animaux à l’intérieur de cette zone (qui ont toujours été possibles) n’ont pas entraîné de circulation du virus. Ils en déduisent que la maîtrise de l’épidémie par les contraintes de déplacements n’est pas forcément efficace.
Quant à la désinsectisation les produits actuellement préconisés n’ont pas été testés sur les culicoïdes mais les scientifiques considèrent qu’un insecticide doit être a priori efficace sur tous les insectes. Donc, par précaution, là encore on impose une mesure à l’effet incertain.

Indemnités
 
Les différents dispositifs mis en place ne sont pas adaptés, ils sont même ubuesques. Ainsi pour la compensation de la perte de chiffre d’affaires il fallait démontrer qu’il y avait une perte de chiffre d’affaires sans tenir compte de la valeur unitaire de chaque catégorie d’animaux. Pour qu’il y ait perte, il ne faut pas avoir vendu beaucoup d’animaux mais l’aide est plafonnée au nombre d’animaux vendus ! Les fonctionnaires qui ont inventé cette mesure méritent sans aucun doute le prix spécial de l’absurdité administrative  !
Le résultat chiffré de toutes ces mesures n’est donc plus surprenant puisque sur les 7 ou 8 millions d’euros annoncés par le Gouvernement, très peu sont consommés. Le Ministère est d’ailleurs incapable de faire un bilan de ces actions, ce qui est agaçant pour les responsables professionnels qui ont le sentiment d’être menés en bateau. Si on y ajoute la clause de minimis imposée par Bruxelles, même si celle-ci en passe d’évoluer vers un plafond de 6 000 euros on atteint les limites de l’exaspération.
« Pendant que vous faites vos discours, nous on crève » devait déclamer un responsable des Ardennes au représentant de la DGAL qui déroulait son exposé technique.
La solidarité interprofessionnelle a aussi été évoquée, mais Denis Sibille s’interroge sur le rôle de l’Etat dans ce dossier : faut – il qu’Interbev intervienne dans les actions de police sanitaire qui doivent relever du domaine de l’Etat ? Il faut rappeler qu’Interbev prend actuellement en charge la première sérologie pour les mouvements d’animaux vivants vers la zone indemne.
Quant aux élevages sentinelles, la Profession agricole réclame une prise en charge financière du temps passé par les éleveurs concernés. Les Pouvoirs Publics ne sont pas disposés à répondre à cette demande et un mot d’ordre a été donné de refuser les prochains prélèvements tant que cette revendication ne serait pas satisfaite.

La vaccination
 
Le fonctionnaire de la DGAL reste convaincu que le seul moyen efficace de juguler cette épidémie est de mettre en place un vaccin. Celui-ci ne sera pas disponible avant 2008.
Deux laboratoires au moins ont engagé des recherches mais les producteurs ne comprennent pas pourquoi les Pouvoirs Publics ne s’investissent pas davantage à ce niveau.
On peut conclure que l’épisode de la FCO en Europe septentrionale, soit s’arrêtera de lui-même après l’inactivité hivernale du vecteur sachant que la virémie des animaux est de l’ordre de 60 jours, soit l’épidémie reprendra et s’installera de manière endémique. Dans ce cas d’autres régions seront inévitablement touchées et probablement toute la France. Evidemment, les règles actuellement mises en place tant pour les mouvements nationaux qu’intracommunautaires ou extra communautaires devront être reconsidérées. Les accords bilatéraux avec les pays tiers sont actuellement mis en place pour rétablir les flux commerciaux. C’est ainsi que les hollandais peuvent transiter par la Pologne actuellement zone indemne, pour fournir la Russie alors que la France attend toujours cette dérogation. La FCO, à défaut d’avoir des réponses scientifiques, peut trouver des solutions politiques ou diplomatiques, c’est peut-être aléatoire mais cela reste aussi une source d’espoir.


Les éleveurs de la zone Fièvre catarrhale refusent le trinquer une deuxième fois

Les conséquences économiques des mesures prises dans le Nord-Est de la France pour contrôler la fièvre catarrhale continuent de gravement perturber l’activité des éleveurs (animaux surnuméraires sur les exploitations, pénalisation persistante pour la commercialisation de certaines catégories et des reproducteurs, contraintes et surcoûts sanitaires, déficit fourrager,…).
Plusieurs dispositions prises par les pouvoirs publics demeurent incomprises et sont contestées, faute d’adaptations suffisantes aux réalités de terrain ou de compensations financières réelles.
Les représentants des éleveurs des 16 départements concernés, et leurs fédérations nationales FNSEA, FNB, FNPL-FNEC, FNO, JA, réunis à Châlons-en-Champagne le 14 mai, demandent aux pouvoirs publics une action immédiate sur les mesures prioritaires suivantes :
- autorisation de récolte des jachères,
- dérogations exonérant de charges supplémentaires ou pénalités les éleveurs obligés de conserver des animaux sur leur exploitation,
-adaptation des dérogations pour assurer une réelle possibilité de sortie des périmètres interdits : en particulier, révision du délai de 24 heures pour l’abattage, et de la seconde sérologie pour les animaux d’élevage,
- prise en charge financière des astreintes imposées aux éleveurs d’exploitations sentinelles, ou méthode alternative par l’analyse du lait des exploitations,
- révision des dispositifs d’indemnisation, avec notamment la poursuite de la mesure de compensation de pertes de chiffres d’affaires tant que les périmètres de restriction ne sont pas levés, et prise en compte de la situation des jeunes agriculteurs.
Les éleveurs n’accepteront pas une deuxième année d’être soumis à des contraintes draconiennes sans qu’un accompagnement financier des impacts économiques soit assuré par les pouvoirs publics.

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