L'Avenir Agricole et Rural 08 août 2007 à 00h00 | Par F.Thevenin

FIEVRE APHTEUSE - Les mouvements d’animaux d’élevage sont interdits en France

Des cas de fièvre aphteuse viennent d’être identifiés au Royaume-Uni. En France, le niveau de risque a immédiatement été placé au niveau « très élevé ». Les rassemblements d’animaux sont interdits.

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Problème : seule la France prend des mesures drastiques d’interdiction des mouvements créant ainsi des distorsions de concurrence.
Problème : seule la France prend des mesures drastiques d’interdiction des mouvements créant ainsi des distorsions de concurrence. - © source REUSSIR
Décidément 2 007 n’aura rien épargné aux éleveurs français sur le plan sanitaire… Vendredi 3 août au soir, la Commission européenne a en effet confirmé à tous les Etats membres, la présence d'un foyer de fièvre aphteuse dans un élevage bovin du Surrey au sud du Royaume-Uni.
Le ministère de l’Agriculture français a immédiatement réagi, en suivant les préconisations de la direction générale de l’Alimentation (DGAL), qui a d’emblée placé le niveau de risque à « très élevé ».
Conséquence, depuis le samedi 4 août, tous les mouvements d’animaux d’élevage des espèces ovines, bovines, caprines et porcines sont interdits partout en France métropolitaine (France continentale et Corse). En outre, les rassemblements d’animaux sont aussi interdits jusqu’à nouvel ordre. Seules les tournées de ramassage en élevage des animaux destinés directement à l’abattage, sans déchargement intermédiaire et sans passage par un centre de rassemblement, restant autorisées.
De plus, les mesures permises par la traçabilité des mouvements d’animaux ont été immédiatement mises en œuvre. Tenant compte de la durée d’incubation de la fièvre aphteuse, toutes les introductions de bovins, ovins, caprins ou porcins en provenance du Royaume-Uni intervenues au cours des 10 derniers jours ont été recensées. Les exploitations concernées seront visitées par un vétérinaire sanitaire, en vue d'écarter toute suspicion clinique de fièvre aphteuse.

Vigilance et responsabilité
Le 6 août, le ministère de l’Agriculture a annoncé l’allégement des mesures de sécurité. Un allégement « allégé » puisqu’il n’autorise que le commerce des veaux directement d’éleveur à éleveur, dans la mesure où l’éleveur a obtenu une dérogation auprès de la DDSV (un document est disponible à cet effet auprès des services vétérinaires). L’éleveur doit motiver cette demande de dérogation par une impérieuse nécessité. En outre, les échanges intracommunautaires (import et export) d’animaux vivants sont autorisés par transport direct sans passage par un centre de rassemblement uniquement. Cette décision a été prise avant la découverte d’un second cas de fièvre aphteuse le 7 août, à proximité du premier foyer.
Maladie extrêmement contagieuse, la fièvre aphteuse occasionne des pertes économiques importantes dans les élevages, même si son taux de mortalité est faible. En outre, la perte du statut de zone indemne fermerait aux animaux vivants français d’importants débouchés.
Face à ce réel danger, la Fédération nationale des Groupements de défense sanitaire (FNGDS) a immédiatement réagi par la voix de son président Marc Gayet : « Les mesures prises par les pouvoirs publics de restriction de mouvements des animaux d’élevage reçoivent le soutien de la FNGDS : elles doivent être comprises et acceptées comme des mesures conservatoires tant que la situation épidémiologique n’est pas mieux connue et sécurisée », a-t-il déclaré dans un communiqué du 4 août. En outre, la FNGDS « appelle tous les éleveurs à la vigilance et à la responsabilité. Tout éleveur d’une espèce sensible qui voit un ou plusieurs de ses animaux boiter ou baver doit donc immédiatement appeler son vétérinaire sanitaire et son GDS. »
On se souvient qu’en 2001, c’est la rigueur des éleveurs et des services vétérinaires français qui avaient permis de juguler très rapidement la maladie en France, évitant que la maladie, déjà importée de Grande-Bretagne, ne se développe dans notre pays.

Détermination de la source de contamination
Désormais, tous les regards se tournent outre-Manche. En effet, le ministère l’a annoncé, le dispositif mis en place sur le territoire national sera régulièrement adapté en fonction de l'évolution de la situation au Royaume-Uni.
Selon la Defra (ministère de l’Environnement, de l’Alimentation et des Affaires rurales britanniques), la souche du virus ayant contaminé les animaux pourrait être issue d’un laboratoire pharmaceutique spécialisé dans les maladies animales. Situés à Pirbright, à seulement cinq kilomètres de l’exploitation, l’Institut de la santé animale (IAH) et le laboratoire Merial Animal Health utilisaient cette souche pour préparer un vaccin fabriqué durant le mois de juillet. « C’est une piste prometteuse mais nous ne sommes pas sûrs », a déclaré le 5 août, Hilary Benn, ministre de l’Environnement, de l’Alimentation et des Affaires rurales. « Il est trop tôt dans l’enquête pour que quiconque détermine la source de la contamination », a pour sa part précisé Merial, qui a interrompu par précaution la préparation de vaccins dès le 4 août.
Pour l’heure, les élevages concernés ont été isolés et les cheptels ont été abattus. Les autorités britanniques ont en outre interdit tout mouvement d’animaux des espèces sensibles et mis en place un périmètre de protection de 3 et 10 km autour du foyer. En outre, toute sortie d’animaux vivants, de viande, de lait ou de sous-produits (peaux, etc.) est strictement interdite.
Réactions…

Attention à ne pas créer des distorsions de concurrence


Du côté de la Fédération nationale bovine (FNB), l’inquiétude pointe. En effet, les décisions qui ont été prises sont loin d’être neutres pour la filière. Pour Jean Duquesne, vice-président de la FNB, « le risque est certain et nous devons l’assumer. Mais il ne faut pas tomber dans l’excès en maintenant les mesures trop longtemps s’il n’y a pas lieu de le faire. » Ce qui inquiète les représentants des éleveurs, c’est que la France est la seule des principaux pays d’élevage à avoir pris des mesures aussi drastiques, créant ainsi involontairement des distorsions de concurrence. « Les gouvernements belges, hollandais ou irlandais, eux, n’ont pas bloqué les mouvements d’animaux, note Jean Duquesne. Ils vont pouvoir commercialiser leurs bêtes et pas nous. Les conséquences pourraient être lourdes, surtout à une période où les ventes de broutards, notamment vers l’Italie, vont débuter. Il est vraiment regrettable que les mesures de restriction ne soient pas prises à l’échelle européenne. » Une européanisation que la FNB souhaiterait d’ailleurs voir s’appliquer à la protection sanitaire dans son ensemble. « C’est encore de nos amis anglais que viennent les problèmes. On voit bien là, les limites d’avoir des services sanitaires privés et non publics, souligne Jean Duquesne. Heureusement, il y a la traçabilité qui nous permet de maîtriser les flux et de contrôler les animaux, où qu’ils soient. » Il ne reste donc désormais qu’à attendre, en espérant qu’aucun cas ne soit recensé en France. « Si d’ici 15 jours la situation sanitaire n’a pas évolué, nous demanderons à la DGAl d’assouplir les règles, affirme le vice-président de la FNB. En attendant, nous espérons que les médias prendront leurs responsabilités et ne pèseront pas sur la consommation de viandes. Car, il faut le rappeler, il n’y a là aucun risque, aucun danger à la consommation. »
B.D.

Désinfection

Pour plus de sécurité, la FNGDS demande aussi que soient mises très rapidement en place des mesures de désinfection des personnes et des véhicules dans les aéroports et les ports assurant la liaison avec la Grande-Bretagne.
Les signes d’alerte

- Chez les bovins :
Signes cliniques : l'animal bave, l'animal boite.
Autres symptômes : fièvre, perte d'appétit.

- Chez les petits ruminants : (signes plus discrets)
Signes cliniques : subitement plusieurs animaux boitent.
Autres symptômes : fièvre, perte d'appétit, salivation, mortalité des agneaux et chevreaux, avortements.

- Chez les porcins : (signes plus discrets)
Signes cliniques : l'animal boite, il perd de l'appétit
Autres symptômes : fièvre, avortement, mortalité des porcelets
Dans tous ces cas, appelez votre vétérinaire sanitaire.

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