L'Avenir Agricole et Rural 01 mars 2007 à 00h00 | Par F.Thevenin

FDSEA - HAUTE-MARNE - « Prendre des décisions avant d’avoir le bec dans l’eau »

Xavier Beulin, vice président de la FNSEA, président de la FOP, de Sofiproteol, du Cétiom…était l’invité principal de la FDSEA de Haute-Marne lors de son assemblée générale. Au programme : la situation de l’agriculture en France, en Europe et dans le monde.

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Une table ronde sur les nouveaux débouchés a été organisée. 
Nous y reviendrons ultérieurement.
Une table ronde sur les nouveaux débouchés a été organisée. Nous y reviendrons ultérieurement. - © FREDERIC THEVENIN
«En cette période d’élections, il est important de l’importance du secteur agricole en France et en Europe » que les candidats à la présidentielle prennent conscience. Pour Xavier Beulin, cette filière agricole comprend trois phases qui s’imbriquent l’une à l’autre et sont interdépendantes : la production, la transformation agroalimentaire et industrielle et la distribution.
En 2006, le secteur agricole représentait 3,5 millions d’emplois en France soit 15 % de la population active avec un grand tiers dans la production, un petit tiers dans la transformation et un tiers dans la commercialisation. Commentaire de Xavier Beulin : « nous sommes loin des 450 000 exploitations agricoles et des 3 % de la population active dont on parle souvent pour nous dire que l’agriculture ne représente plus rien ! ».
Le chiffre d’affaires du secteur agricole est de 200 milliards d’euros alors que celui de l’automobile est de 90 ! Sa valeur ajoutée (chiffre d’affaires – consommation intermédiaire) est de 65 milliards contre 15 milliards pour le secteur auto !
Enfin, dernier chiffre : alors que le commerce extérieur de la France est à la peine, le solde, en agriculture, est positif avec 8,5 milliards d’euros en 2006. Ce chiffre montre que les produits agricoles français sont compétitifs et peuvent faire face à la concurrence mondiale alors que les produits industriels, du fait des 35 heures, ne le sont plus !
Il est important de rappeler tous ces chiffres en cette période durant laquelle les médias, les politiques, les consommateurs ne parlent plus que de problèmes environnementaux et oublient les performances économiques de l’agriculture.

Donner le choix

70 % des produits agricoles partent sur le marché international. 30 % restent sur des marchés « courts », sous signes de qualité (AOC, label…). La seconde option est intéressante et permet de valoriser au mieux la matière première mais il est impossible d’y consacrer toute la production agricole française.
L’important, pour Xavier Beulin, est de donner le choix aux agriculteurs, en fonction de leur possibilité : « il est de plus en plus difficile d’avoir une vision monolithique de l’agriculture française. Il faut savoir adapter les outils et les mécanismes ».
Xavier Beulin souhaite également sortir du débat entre les filières longues et les filières courtes. Le principal est de conquérir des marchés identifiés et s’adapter à la demande. Le tout, avec une certaine harmonisation dans les normes, dans les procédures et dans les obligations. Sinon, comment se battre sur le marché mondial en ne partant pas de la même ligne de départ ?

Perspectives

Au niveau mondial, les perspectives, dans le domaine agricole, sont plutôt bonnes. Le monde comptera 9 milliards d’habitants en 2 035 contre les 6,5 milliards actuels. La demande alimentaire ne va pas cesser de progresser grâce à des pays émergents (Asie, Amérique du Sud et même Afrique) qui voient leur niveau de vie exploser. Mieux : ces populations s’occidentalisent et changent d’alimentation. Hier, elles consommaient des céréales non transformées. Aujourd’hui, la demande se porte sur la viande rouge, sur la viande blanche, sur des céréales transformées… Résultat : la demande agricole mondiale progresse de 4 à 5 points par an.
A cette demande alimentaire, il convient d’ajouter la demande en produits agricoles non alimentaires avec le développement de la chimie verte et des biocarburants. En 2010/2012, dans le monde, 50 millions d’hectares seront consacrés à l’énergie. 30 en Amérique du Nord et du Sud. 12 en Europe et le reste ailleurs !
Par conséquent, dans les 20 ou 30 années à venir, la production agricole mondiale va devoir être multipliée par 2,5. Il faudra donc, soit doubler les surfaces agricoles, soit doubler les rendements, soit conjuguer les deux paramètres.
Tout ceci se fera en prenant en compte l’évolution du climat et la disponibilité de l’eau potable dans le monde. Déjà aujourd’hui, même s’il pleut toujours autant sur la terre, il faut constater que les précipitations se déplacent. Certaines zones deviennent arides et deviennent des déserts comme une partie du Brésil quand d’autres deviennent plus « praticables » comme le Canada ou la Russie.

Quelle agriculture pour demain ?

D’après Xavier Beulin, avec ces évolutions démographiques, économiques et environnementales, l’Europe va devoir trouver sa place dans un esprit d’agriculture durable. Pour lui, les politiques doivent se pencher sur le problème afin d’arrêter de banaliser les produits agricoles. Par exemple, les matières premières fournies par les agriculteurs doivent être payées à leur juste prix sachant que 14 % du budget des ménages est consacré à l’alimentation et que seuls 4 % vont aux matières premières. Sans cette prise en considération, il faut faire attention au retour de bâton si les matières premières viennent à manquer…

Ne pas brader l’agriculture

Dans ce contexte, l’Europe doit affirmer sa vocation agricole à l’OMC et ne pas la brader. Problème : Xavier Beulin n’a aucune confiance en Mandelson, le commissaire européen qui s’occupe des négociations. Il voit en lui une « personne dangereuse qui s’arroge le droit d’avancer des propositions honteuses comme le démantèlement des droits de douanes ». Sa dernière proposition est de les diminuer de 55 % !
Xavier Beulin explique que ces propositions ne vont pas dans le sens des demandes des consommateurs et des agriculteurs. Elles favorisent l’importation et la déstabilisation de toutes les filières. Pour lui, il faut tenir jusqu’en juillet afin qu’aucune décision ne soit prise.
En France, la situation est encore plus fragile. Cette fragilité est le résultat du NON au référendum sur la constitution européenne. La France n’est plus écoutée et mise de côté. Depuis 2004, la parole de la France a moins de force.
Par exemple, en 2008, il était prévu d’effectuer un bilan de santé de la PAC. Aujourd’hui, il est souvent question de révision et la France ne peut pas dire grand-chose… Deux sujets seront sur la table. Sous couvert de simplification administrative, l’Europe veut se dégager de toute implication dans la régulation des grands marchés agricoles avec, par exemple, des DPU à l’hectare totalement découplés.
Deuxième sujet : en s’affranchissant du rôle d’organisateur, la commission se désengagerait de tous aléas climatiques ou sanitaires.
Les organisations agricoles doivent donc trouver des marges de manœuvres, des nouveaux mécanismes pour avoir des filets de protection.
Xavier Beulin ne cautionne pas du tout les orientations actuelles de l’Europe mais il en prend acte et souhaite que des décisions soient prises avant que l’agriculture française se retrouve le bec dans l’eau. Il demande que les organisations agricoles aillent au-devant des pays de l’Union Européenne pour trouver des majorités afin de faire avancer les choses et sans s’occuper de Bruxelles qu’il qualifie de « véritable pétaudière où plus rien ne se passe ».

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