L'Avenir Agricole et Rural 05 mars 2015 à 08h00 | Par T.Morillon

Faire face au loup

La présence du loup en Haute-Marne a laissé des traces chez les éleveurs ovins qui ont dû changer leurs habitudes. A l’EARL Boucley, on se remet doucement de ce traumatisme...

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Après l’attaque du loup, les éleveurs ont été contraint 
de chambouler leur programmation
Après l’attaque du loup, les éleveurs ont été contraint de chambouler leur programmation - © TM

PREDATEUR

L’EARL Boucley, installée à Nully possède 1 350 brebis et 50 béliers. Victime de huit attaques de loup en un an, dont la dernière remonte à octobre 2013, le bilan était lourd : 85 brebis ont été blessées et 28 sont mortes.

Les trois associés, Michelle, Jean-Paul et Nicolas Boucley ont donc pris des mesures de protection en sécurisant un parc. Le Centre Permanent d’Initiative pour l’Environnement (CPIE) du Pays de Soulaines s’était porté volontaire pour électrifier la clôture de 4 parcs à Nully. La famille Boucley remercie le CPIE de cette aide précieuse.

Des parcs électrifiés

Deux autres parcs (Ville-sur-Terre et Blumerey) ne disposent d’aucune protection car les piquets sont trop vétustes pour la mise en place d’un matériel adapté. Face à la crainte d’une nouvelle attaque, les brebis ne sont plus déplacées sur ces sites, un véritable manque à gagner.

« Nous payons une location alors pour valoriser les parcs nous nous sommes outillés pour récupérer l’herbe. Nous nous sommes équipés d’une autochargeuse avec une faucheuse. Nous faisons plusieurs coupes pour récolter l’herbe, soit en vert, soit en foin » expliquent les éleveurs.

Une installation électrique doit être entretenue, une vigilance accrue s’impose pour être certain que le système soit opérationnel. Il faut recharger les batteries en veillant à ce qu’elles fonctionnent, débroussailler et désherber tout autour du parc électrifié car les fils du bas sont à une trentaine de centimètres du sol.


Dommages collatéraux.

« Nous avons eu un changement radical d’une année à l’autre, notre programmation a été chamboulée, c’est en prenant notre travail à cœur que nous avons pu surpasser ces événements » affirment les éleveurs qui regrettent de ne pas avoir fait appel à un aide-berger. Ces derniers doivent adapter la mise en pâture : avant les attaques, c’est plusieurs lots d’environ 75 ou 140 brebis qui sortaient, selon la grandeur de la parcelle, sur trois communes. A présent, un lot de 200 brebis est mis en pâture au printemps uniquement à Nully. La rotation s’effectue sur les 4 parcs électrifiés pendant 2 à 3 mois. Jusqu’à la mise bas, les bêtes rentrent dans la bergerie et sont remplacées dans les parcs par un autre lot de même nombre jusqu’à l’automne, voire fin novembre si le temps le permet.

Suite aux agressions de 2013, il y a eu de nombreux avortements au sein de la bergerie, les agnelages (400 naissances) ont été décalés de plusieurs mois, ce qui a entraîné des problèmes de trésorerie. De plus, suite aux attaques, ce sont 70 brebis qui n’ont toujours pas agnelé. Les éleveurs attendent encore quelques semaines avant de se résigner à les réformer : une perte d’argent qui n’est pas sans conséquences.

Ne pas baisser les bras.

Les éleveurs ont souligné « une perte de moral suite aux attaques et un traumatisme psychologique de voir ses bêtes mortes, le cœur n’y était plus ». Aujourd’hui, les choses commencent à rentrer dans l’ordre : cette année il n’y a plus de décalage pour les agnelages et une bonne ambiance se fait enfin ressentir dans la bergerie. « Il faudrait faire peur au loup pour qu’il soit canalisé et qu’il comprenne qu’il n’a rien à faire ici » expliquent les Boucley, qui n’hésiteront pas à mettre une caravane dans le parc pour rester près de leurs bêtes si le loup revenait rôder dans les parages.

La vigilance reste de mise puisqu’une attaque du prédateur a été signalée fin janvier à Gendreville (88), à proximité de Goncourt. Cinq brebis ont été tuées et une sixième a dû être euthanasiée.

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