L'Avenir Agricole et Rural 24 août 2010 à 17h49 | Par E.DAUPHIN

Exporter la menue paille

Un prototype de récupérateur conçu par les établissements Thiérart, vient de terminer sa première moisson à la Cuma de l’Etoile à Marbéville. Une journée d’information, le 3 août dernier, a permis de faire le point sur l’intérêt de ce nouveau procédé et les valorisations possibles.

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Cette réunion de sensibilisation organisée conjointement par la FDCUMA, la Chambre d’Agriculture, la société Thiérart et Champagne Céréales marque le coup d’envoi d’un suivi sur plusieurs années dans le contexte local. L’objectif est de faire le point sur cette pratique relativement nouvelle en France et pour laquelle la première remarque est «Que va-t-on en faire ?». Tout doit débuter par l’investissement dans un récupérateur sur la moissonneuse qui représente de 25 à 40 000 E HT selon les modèles et vient ensuite la mise en place d’un chantier de récolte supplémentaire.
Selon les premiers utilisateurs, chacun doit acquérir sa propre expérience et dénicher ses propres marchés, et cela ne se fera pas en une seule saison.
Alors, la récupération de la menue paille est-elle une réponse apportée au double challenge demandé à l’agriculture actuelle : production de biomasse et réduction d’intrants tout en maintenant le niveau de production ?

Intérêt agronomique

La menue paille est essentiellement composée d’enveloppes, de poussière, d’adventices et de graines de céréales. Antonio Pereira, technicien spécialisé en productions végétales à la Chambre d’Agriculture, a présenté le contexte. On se trouve en présence des sols argilo-calcaires avec un assolement traditionnel colza/blé/orge. Les principales adventices sont le vulpin (570/m2), le brome, et dans le groupe des dicotylédones, le géranium (800/m2).

Valorisation de la Biomasse


La principale source d’énergie renouvelable, à l’horizon 2020 sera la biomasse. Les forêts ne pourront pas y pourvoir en totalité. Il sera fait appel à la biomasse d’origine agricole, rappelle Christelle Boiget, chargée de la mission bioénergies à la Chambre d’Agriculture. Ainsi le projet de biocarburant de deuxième génération prévu à Saudron devrait consommer 75000 tonnes de biomasse dont 20% pourraient être d’origine agricole selon les ressources. La menue paille est actuellement étudiée par les chercheurs du CEA, afin de déterminer si elle pourrait être utilisée.
Quant à Gérard Lainé, chargé du dossier chez Champagne Céréales, il dit vouloir accompagner les agriculteurs dans la mise en place de filières de valorisation de la biomasse d’origine agricole. Ainsi le projet C5D de Bazancourt devrait permettre de transformer les résidus de récolte en source de chaleur et d’électricité.
Christelle Boiget revient sur les utilisations possibles de la menue paille, hors élevage : 
Le pouvoir méthanogène de la menue paille est équivalent à la paille de blé et de céréales, voir légèrement supérieur avec jusqu’à 98 % de rendement observé aux Pays-Bas. En revanche, elle s’intègre mieux au contexte du digesteur liquide que la paille, qui flotte en surface. Le bon fonctionnement d’une installation de méthanisation repose, rappelons-le, sur un mix de matières, de la même façon que la panse d’une vache. Il faudra donc aller rechercher des co-substrats sur le territoire, l’idéal étant, comme le montre le graphique, les déchets d’industrie agro alimentaire, riches en graisse. La menue paille apporte en fait un effet « starter » pour allonger la ration dans le digesteur :
Ainsi, une tonne d’ensilage de maïs produirait en 39 jours 80 m3 de gaz supplémentaire alors qu’une tonne de menue paille (surtout si elle est issue d’avoine) atteint les 240 m3 supplémentaires de gaz.
Il reste en outre l’utilisation directe en tant que source d’énergie par l’agriculteur à condition qu’il dispose d’une chaudière poly-combustible afin d’éviter la formation de machefer.
La voie des agro-matériaux est également une piste d’avenir, la menue paille pouvant être compressée pour constituer un isolant. Mais, comme dans bien d’autres secteurs, l’établissement de filières industrielles dépend aujourd’hui de la signature de contrats d’approvisionnement et d’engagements de prix.

Applications en élevage

Aviculture


Boris Dupuis, installé dans les Ardennes, exploite huit poulaillers. Auparavant, il achetait de la paille et de la sciure à 500 euros /tonne. Le passage à la menue paille a donc représenté pour lui une économie nette. La première année, il ne met que les résidus de blé, puis il tente l’orge et les pois qu’il met en mélange. 
La texture de la menue paille est beaucoup plus intéressante que la paille qui croûte en surface ; les volailles retournent leur litière en permanence, à la recherche des graines résiduelles, amorçant ainsi le phénomène de fermentation avec les fientes. Sans aller toutefois jusqu’au stade du compostage (90°), l’acidité du mélange et la montée en température au-delà de soixante degrés éliminent le risque de ressemer des adventices lors de l’épandage. Je gagne en moyenne une journée de chauffage par bande de poulet grâce à la chaleur ainsi dégagée, témoigne Boris Dupuis.
Deux cents bandes de poulets ont été élevées sur menue paille et l’éleveur confie qu’il ne ferait plus machine arrière. Certes, la récolte de la menue paille génère beaucoup de transport. Il a opté pour le stockage en vrac, ne disposant pas d’une presse. 145 bennes sont ainsi rentrées.

Elevage bovin

En élevage bovin, le constat est plus nuancé ; pour Aline Rondot, référente fourrage à la Chambre d’Agriculture, les analyses de menue paille en orge, blé et pois font effectivement apparaître une teneur en protéines, en matières minérales mais aussi beaucoup de poussières et une granulométrie insuffisante. La menue paille peut donc constituer un palliatif en cas de pénurie de fourrage. Elle peut aussi être utilisée sous forme de paillage dans les logettes creuses ou encore pour éponger les jus sous un silo.
Selon l’inventeur du système qui a cédé son idée aux ets Thierart, des expérimentations menées en troupeau laitier, laisserait apparaître un léger accroissement de la production laitière avec le mélange suivant: 1,8 kg de menue paille, 1,8 kg de paille broyée, 1,4 kg de colza. Là encore, le recul n’est pas suffisant pour être affirmatif.

L’unité mobile de briquetage conçue par les Ets. Thierart Est, une solution de transformation pour envisager de se servir de la menue paille en chauffage. Elle est alimentée par des balles cubiques ou du vrac et travaille en temps masqué à hauteur de 100 kg/heure. Elle est également adaptée au compactage des fientes de volaille, sciure, etc. et tolère un produit jusqu’à 25 % d’humidité.
Ce genre d’investissement fera partie de la réflexion portée par la CUMA départementale Union Fertile 52 d’ici 1 à 2 ans.

Le défi du machinisme

Depuis 2007, les établissements Thiérart, basés à Chatelet sur Retourne dans les Ardennes, ont installé 27 récupérateurs sur des machines à secoueurs. Cette année, ils équipent la première machine (9,10 mètres de coupe) à rotor de plus de 500 ch..
Cette expérience n’aurait certainement pas eu lieu sans la détermination de Thierry Courageot à convaincre ses partenaires, Nodimat et les ets. Thierart. Les adhérents de la CUMA ont acheté spécialement une machine non-conventionnelle, la New Holland CR9080, afin de pouvoir y greffer le caisson de récupération.
Comme tout prototype, des adaptations techniques ont été nécessaires : le bas de caisse a été renforcé pour supporter le poids du récupérateur (deux tonnes en charge), la pompe hydraulique a été retarée et il reste à modifier les spires, pour qu’elles montent plus haut dans la caisse.
Le caisson de 20 m3 apporte une autonomie allant jusqu’à un km. Disposant de moteurs hydrauliques indépendants avec pompe, réservoir et ventilateur, le récupérateur vide en temps masqué.

La reprise de la menue paille

Densité matière
Densité de la menue paille :

- Blé : 70 kg /m3 dont 2/3 de glumes
- Colza et pois : 70 à 80 kg /m3 dont moitié de siliques ou de cosses
- Escourgeon : 100 kg/m3 de barbes et poussières à plus de moitié.

Colza et pois peuvent se presser sans problème.
Les ballots de menue paille de blé sont les plus faciles à manipuler en raison d’un fort pourcentage de glume, contrairement à l’escourgeon qui aura tendance à se déliter.
En botte ronde six tours de filet sont nécessaires (double du foin), ce qui porte à 25 euros /tonne le coût du pressage.

Logistique

La menue paille est expulsée en bout de champ à chaque demi-tour, ralentissant peu le chantier de moisson. Elle peut aussi être exportée en bout de champ sur une zone de bande enherbée, permettant de retravailler plus rapidement le champ.
Les presses traditionnelles à balles carrées et à balles rondes récentes, peuvent réaliser des ballots de menue paille.
Il faudra procéder à un étalage préalable d’une hauteur de 60 cm au sol. Ensuite le pressage aura lieu en deux temps. En effet, en raison d’un phénomène de triage du piquage au deuxième passage de la presse, on préférera le passage d’un andaineur, la difficulté dans le secteur étant les cailloux et la terre à éviter absolument dans les bottes. Enfin, il faut également un outil de reprise adapté, avec des dents longues.

Gérard LAINE, responsable de projet paille chez Champagne Céréales
Gérard LAINE, responsable de projet paille chez Champagne Céréales - © E.DAUPHIN

Gérard Lainé responsable de projet paille chez Champagne Céréales rappelle le contexte règlementaire lié au Grenelle de l’environnement : le plan écophyto 2018 prévoit la réduction d’intrants si possible de 50 % à condition de garder le même niveau de production.
D’après les expérimentations menées en Picardie, la récupération de la menue paille peut, selon le contexte, permettre d’économiser un herbicide, mais ce n’est pas toujours le cas lorsque les graines sont déjà tombées au sol ou dans le cas d’adventices à port étalé. La récupération va donc être particulièrement efficace sur les plantes de grande taille type ray grass, vulpin et coquelicot.
Un agriculteur venu témoigner explique qu’il ressème directement sa culture intermédiaire, moutarde ou avoine, sans faire usage préalablement d’un glyphosate. Il précise qu’il travaille en technique simplifiée. La CIPAN se développe vite et n’est concurrencée par aucune repousse de la récolte précédente, sauf derrière l’orge, où elle aura plus de mal à se développer.

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