L'Avenir Agricole et Rural 15 septembre 2006 à 00h00 | Par JL Blondel

Evènement - Fièvre Catarrhale : Inquiétude sur la durée

La profession et toute la filière sont inquiètes sur les conséquences des limitations de mouvements d'animaux. Les assouplissements sont demandés ainsi qu'une indemnisation. Le Ministre écoute avec bienveillance mais ne donne pour le moment aucune réponse concrète. Le souhait de chacun : qu'il n'y ait pas un nouveau cas déclaré en France dans les jours prochains.

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Le Ministre entouré des acteurs de la filière meusienne
Le Ministre entouré des acteurs de la filière meusienne - © PHOTO JL BLONDEL
UN MINISTRE A L'ÉCOUTE Lors de l'inauguration de la foire-exposition de Verdun du vendredi 8 septembre le ministre de l'agriculture a dégagé une heure dans son emploi du temps pour écouter l'ensemble de la filière agricole locale s'exprimer sur les conséquences économiques du zonage mis en place. Pour le Président du GDS de la Meuse, le périmètre (dont l'objectif est de protéger le territoire national), peut avoir sa justification mais il convient de le gérer avec pragmatisme « en donnant de l'oxygène (dérogations) aux élevages sinon le remède pourrait être pire que le mal ». il s'interroge aussi sur l'harmonisation des réglementations mises en place dans les autres états membres. Il suggère d'ailleurs que la zone interdite - qui rappelle des mauvais souvenirs à la région Lorraine - soit nommée autrement ! Gilbert Wattrin Président d'Alotis a listé les conséquences économiques sur les différents marchés et catégories d'animaux. L'exportation est bloquée et le délai de réouverture pourrait en théorie être de deux années. C'est un préjudice considérable pour la filière qui avait fait de gros efforts de développement dans ces circuits commerciaux. Si un certain nombre d'animaux peuvent être abattus dans la zone réglementée en modifiant au besoin certains circuits, il n'en reste pas moins qu'une dépréciation importante est à craindre. Ainsi les broutards exportés devront être valorisés localement. Cela n'est pas impossible puisque les capacités d'engraissement existent dans la grande région Est mais une décote est fort probable. Quant aux veaux de 8 jours, il n'y a pas de capacité suffisante pour les recevoir et il faut donc soit, mettre en place des dérogations pour les placer hors zone, soit envisager une mesure d'abattage d'urgence. Il souhaite évidemment que le retour à la normalité soit le plus rapide, sinon avec le temps les stocks d'animaux dans les fermes deviendront difficilement gérables. Thérèse Jadoul présidente de la FDSEA de la Meuse estime que les mesures de précaution sont disproportionnées par rapport à l'enjeu sanitaire et se demande s'il est bien opportun de maintenir un carcan réglementaire qui s'éterniserait dans le temps alors que la santé humaine n'est pas en jeu. Elle rappelle que les éleveurs, déjà “fatigués par une mauvaise récolte de fourrages et une conditionnalité tatillonne, attendent de la part des Pouvoirs Publics une bonne prise en compte de leurs difficultés”. Enfin Jean Luc Pelletier, Président de la Chambre d’Agriculture de la Meuse, a insisté sur le grand désarroi des éleveurs qui subissent cette épidémie comme une nouvelle fatalité. Après la fièvre aphteuse, l'ESB, la rage, le varon qui ne connaissent pas les frontières, il considère que les départements frontaliers paient un lourd tribut au manque d'harmonisation européenne. Mais notre rigueur sanitaire ne doit pas, selon lui, nous faire tomber dans l'excès. « Ne prenons pas le marteau-pilon pour écraser le moustique » a-t-il conclu. Dominique Bussereau a rappelé que l'intérêt supérieur de la France était de maintenir un état sanitaire irréprochable. Il a rappelé aussi qu'il fallait faire face aux crises sanitaires avec beaucoup d'humilité. Il cherchera à trouver « le juste équilibre entre le trop et le trop peu ». L'évolution de l'épidémie (qui n'en est pas réellement une en France avec 4 cas recensés) sera déterminante sur l'évolution de ce dossier. D'ores et déjà, le Gouvernement a pris des contacts avec nos importateurs habituels, italiens, espagnols, nord- africains, pour rétablir les contrats commerciaux qui sont devenus caducs suite à la perte du statut national « indemne de fièvre catarrhale ». La définition d'une zone bien circonscrite facilitera les négociations à venir (s'il n'y a pas de nouveaux cas). Il a rappelé que la directive européenne n'imposait pas de durée minimale d'interdiction de mouvements. Il a donc laissé entendre qu'il n'était pas impossible que le zonage actuel soit assoupli dans un bref délai. Il a précisé qu'il est d'usage, lorsqu'une épidémie éclate, de prendre immédiatement des mesures maximalistes puis de circonscrire le problème en trouvant un bon compromis avec les contraintes économiques. A ce titre il est prêt à revoir l'approche par arrondissement pour délimiter les zones réglementées. UNE PERTE ESTIMEE A 7 MILLIONS D'EUROS POUR LA HAUTE-MARNE En accord avec les autres départements concernés, la Haute Marne a estimé ses pertes sur les 4 mois à venir, dans l'hypothèse où le zonage resterait en l'état jusqu'à la fin de l'année. La perte porterait à la fois sur la baisse de la valorisation des broutards, des veaux de 8 jours mais aussi de certaines réformes et bœufs qui ne pourraient plus suivre des circuits tracés. Une estimation plus fine sera probablement faite dans les semaines à venir en mesurant la différence entre le marché intra-zone « FCO » et le marché national. Il faudra aussi prendre en compte les coûts d'allongement de temps de présence.
Habituellement seul le culicoïde imocola est connu comme vecteur dans le sud de l’Europe. On ne connaît pas le vecteur actuel.
Habituellement seul le culicoïde imocola est connu comme vecteur dans le sud de l’Europe. On ne connaît pas le vecteur actuel. - © Avenir Agricole et Rural
LES DEROGATIONS ATTENDUES Au cours d'un comité départemental de suivi qui s'est tenu le 12 septembre en Préfecture, la profession agricole a rappelé les chiffres ci-dessus et demandé à l'Administration que des dérogations soient rapidement mises en place pour permettre l'abattage dans des abattoirs éloignés de la zone réglementée. En effet les notes ministérielles n'autorisent, pour le moment, d'expédier les animaux que dans des abattoirs situés dans les départements limitrophes. Cela pose notamment des problèmes à COBEVIM qui fait abattre l'essentiel de sa production dans les abattoirs du sud de la France. s'ajoute à cela la difficulté, pour la coopérative, d'utiliser son centre d'allotement de Foulain qui est pourtant à plus de 150 km de la commune de Tailly, dans les Ardennes, où a été détecté le dernier cas. Enfin la Profession s'interroge sur la gestion des troupeaux par les élevages qui sont à cheval sur deux zones. En l'état actuel des textes, un éleveur de l'arrondissement de Chaumont peut rapatrier ses animaux qui sont en pâture dans le Bassigny mais l'inverse est interdit. Le Préfet et le Directeur Départemental des Services Vétérinaires, Michel Pottiez, ont bien pris en compte les demandes de la Profession et chercheront à obtenir des réponses auprès de leur hiérarchie. Un nouveau comité est programmé dans les prochains jours pour faire le point sur l'évolution de cette crise dont les conséquences économiques vont évoluer de manière exponentielle. La FDSEA et les JA suivent attentivement ce dossier et il n'est pas exclu que les revendications s'expriment plus fermement d'ici quelque temps si les Pouvoirs Publics n'apportent pas de réponses satisfaisantes.

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