L'Avenir Agricole et Rural 31 janvier 2008 à 00h00 | Par F.Thevenin

ENSEIGNEMENT - Mobilisation générale pour défendre l'enseignement agricole public

Elèves, parents et professeurs se mobilisent afin de contrecarrer le projet du Comité régional pour l’enseignement agricole (CREA) qui prévoit, au lycée agricole de Chaumont, de supprimer la filière productions végétales et de transférer la classe de seconde à l’Education nationale.

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Les élèves, les parents d’élèves et les professeurs s’inquiètent du devenir du Lycée Agricole de Chaumont en apprenant que le Comité régional pour l’enseignement agricole (CREA) qui dépend du ministère de l’Agriculture a l’intention de faire disparaître entièrement la filière «productions végétales» et de transférer la seconde générale et technologique option environnement à l’Education nationale.
La suppression concerne 4 classes (1ère année et 2ème année Bac Pro et 1ère et 2ème année BEP) et, au total, une soixantaine de jeunes sur les 260 qui étudient actuellement au lycée pourraient ne plus figurer dans les effectifs.

 

Explications

Les motivations et les explications de la Région sont simples et claires : la réduction du budget de 3 %. D’ailleurs, le lycée horticole de Fayl-Billot (Bac pro pépinière) est également concerné par ces coupes budgétaires. Et, comme, depuis deux ans, les effectifs dans la filière végétale sont insuffisants selon le Code Rural, la fermeture est annoncée en anticipant même sur des classes comme le BEP.
Il en est de même pour le cycle technologique (la seconde). La Région anticipe la baisse de l’effectif en souhaitant sa fermeture et en désirant mettre en place un partenariat avec l’Education Nationale.
Dans ces conditions, la mort du lycée agricole serait annoncée sachant que trois classes concernées par ces mesures sont des classes «entrantes» qui alimentent les autres classes comme le BAC STAV.
François Ballée, l’un des enseignants du lycée, constate et regrette qu’une fois encore, la Région tape sur le département le plus faible. On prête même au Ministère l’intention de fermer les classes de quatrième et de troisièmes !

Ironie

L’ironie, dans ces intentions, est de s’attaquer au lycée agricole public alors qu’en septembre 2007, les pouvoirs publics exprimaient leur désir de favoriser les filières «production». La Haute-Marne est d’autant plus concernée qu’elle se situe en zone de revitalisation rurale. Il existe donc un gouffre entre les discours et la réalité administrative…
Face au danger, la mobilisation est générale. Dans un premier temps, professeurs et élèves (64) se sont rendus à Châlons-en-Champagne afin de rencontrer le directeur régional de l’agriculture à l’occasion du CREA. Cette délégation a empêché la réunion de se tenir par de nombreuses questions préalables. L’objectif était d’obtenir une révision de la copie. La seule réponse a été : «pas d’autres propositions». Les protagonistes devraient se revoir au début du mois de mars.
Le lendemain, dans la matinée, les enseignants étaient en grève tout en assurant leur cours. Une assemblée générale avec débrayage a eu lieu à 13 heures et, à 15 heures, les élèves ont pris le relais en se joignant à la manifestation en faveur de la fonction publique.

Mobilisation

La mobilisation vient également de la Profession (voir la lettre de Françoise Henry), des élus du département (voir lettre de Luc Chatel) et des parents d’élèves (voir lettre d’Elisabeth Dreyfus). Ils ont tous la volonté de faire prendre conscience que le lycée agricole répond à une demande professionnelle et sociale en rendant service à des élèves et à un territoire.
D’ailleurs, de l’avis général, il serait important que les lycées agricoles puissent entrer dans les collèges et lycée afin de présenter ces filières technologiques lors des orientations. Là encore, un verrou doit sauter…

Luc Chatel à Michel Barnier

«J’ai été interpellé dernièrement par des représentants du personnel du lycée agricole de Chaumont, des parents d’élèves, des professionnels et par l’intersyndicale de la profession concernant les prévisions du SRFD Champagne Ardenne pour la prochaine rentrée scolaire.
Si les informations qui m’ont été communiquées devaient se confirmer, le passage de l’unique classe de seconde générale à l’éducation nationale et la fermeture de la filière productions végétales placeraient le lycée dans une situation très délicate.
En effet, ces modifications entraîneraient la disparition à court terme de la classe de première et de terminale Bac Technologique ainsi que celle de la filière production végétale.
Pour les élèves et les familles, cette situation rendraient en outre obligatoires de longs déplacements dans des départements voisins pour accéder à ces formations.
La Haute-Marne est un département de polycultures et élevage mais aussi un des territoires à vocation céréalière particulièrement affirmée et la perte de cet enseignement public de qualité signerait inévitablement le début de grandes difficultés pour la filière.
Sachant que les établissements de Haute-Marne sont demandeurs d’arbitrage portant sur la spécialisation en filière, je vous serais reconnaissant de bien vouloir demander un examen attentif de ce dossier».
Françoise Henry à Bruno Sido

(...) Si l’Etat supprime la section «Production Végétale» du BEPA, très rapidement, le BEPA lui-même sera remis en cause car il n’y aura plus assez d’effectif avec la seule spécialisation en Production Animale.
Il serait à notre avis pertinent de prévoir, à titre expérimental, la fusion PV-PA dans le cadre d’un BEPA unique polyculture élevage qui serait d’ailleurs conforme à l’orientation technico-économique des exploitations de la Haute Marne.
Il est par ailleurs question de réformer le BEPA pour mettre en place le Bac Pro en 3 ans. Il n’y a donc pas d’urgence à sacrifier le BEPA actuel de Chaumont.
Concernant la seconde agricole, il serait là aussi pertinent de proposer à titre expérimental, un déplacement de l’Education Nationale vers le Lycée Agricole plutôt que l’inverse. L’établissement de Chaumont, qui a la particularité d’être quasiment dans la ville, se prête particulièrement à cette expérimentation qui aurait aussi l’avantage de faciliter les échanges de tous ordres entre l’Enseignement agricole et l’Education Nationale.
Nous comptons vivement sur votre intervention pour réorienter la politique actuelle du Ministère de l’Agriculture qui accélère le processus de désertification de notre département.
Ce dossier nous paraît exemplaire (...)
SOUTIEN D'ELISABETH DREYFUS, PARENT D'ÉLÈVES
 
«(…) Alors que l’opinion publique commence à prendre conscience de l’urgence à préserver l’environnement au travers notamment d’une politique agricole plus respectueuse des hommes et des territoires, la mise à l’écart de l’enseignement agricole par le système éducatif général aboutit à présent à une crise majeure du recrutement dans les établissements agricoles qui, au-delà de la fermeture de nombreuses classes, aura pour conséquences à terme d’interdire l’accès des jeunes aux métiers susceptibles précisément de permettre la mise en place d’un développement durable.
Par ailleurs, fermer des classes de lycées agricoles au motif de la faiblesse de leurs effectifs, alors même que l’information concernant l’existence de ces filières est véritablement occultée dans les collèges et lycées de l’Education Nationale, me semble d’autant plus absurde et inadmissible que l’enseignement qu’elles dispensent permet de réintégrer avec succès, dans les cursus de formation qui les intéressent, des élèves démotivés par l’enseignement général.
Je précise que je suis orthophoniste, de fait confrontée quotidiennement d’une part à l’incapacité croissante de l’Education Nationale à dispenser des savoirs (incapacité que je mesure par l’augmentation exponentielle et affolante, depuis quelques années, des demandes de prises en charge orthophoniques émanant des enseignants), d’autre part à l’angoisse de très nombreux adolescents face à l’absence de perspectives que leur offre le cursus en lycée général : «L qui ne mène à rien» , «S, trop difficile pour moi» ; «ES qui ne m’intéresse pas».
Si réellement la nature, le monde rural, le monde agricole et de manière plus générale les sciences relatives à la vie de la terre n’intéressent plus les enfants et les jeunes, pourquoi alors sont-ils si nombreux à répondre, quand on leur demande ce qu’ils aimeraient faire plus tard, qu’ils voudraient «être vétérinaire ou travailler avec les animaux» ?
Or, qui mieux que les établissements d’enseignement agricole peut aujourd’hui organiser et proposer un très large éventail de formations de tous niveaux, pour tous publics, permettant au final de formaliser ce qui, dans l’enseignement général, risque de ne rester qu’un rêve de gosse ?
(…) L’enseignement agricole possède encore quelques solides vertus pédagogiques et un sens pragmatique capable d’aider de nombreux adolescents à trouver leur place dans la société.

Pour toutes ces raisons (et bien d’autres encore !), je n’admets pas que l’on saccage l’outil et la richesse que représentent les établissements d’enseignement sous tutelle du Ministère de l’Agriculture (…)».

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