L'Avenir Agricole et Rural 28 juin 2018 à 10h00 | Par L'Avenir Agricole et Rural

ENERGIE : LA CONTRIBUTION DE L'AGRICULTURE AUX ÉNERGIE RENOUVELABLES

Dans le cadre du débat public sur la Programmation Pluriannuelle de l’Energie (PPE), Bérangère Abba, députée de la première circonscription de Haute-Marne, a visité l’EARL de Grivée à Colombey-les-Choiseuil le 11 juin en matinée. Elle a ensuite animé les ateliers du PPE à Chaumont l’après-midi.

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Philippe Collin a présenté son projet à Bérangère Abba, et aux collectivités locales à l’EARL de Grivée.
Philippe Collin a présenté son projet à Bérangère Abba, et aux collectivités locales à l’EARL de Grivée. - © T MORILLON

L’agriculture peut apporter sa pierre à l’édifice au niveau environnemental. Pour Bérangère Abba, la Haute-Marne pourrait en tirer des atouts, « il est nécessaire de se saisir de ces questions car on connaît les difficultés du monde agricole. De plus, on tend vers l’autonomie énergétique et les circuits courts ».

 

Du carburant vert

Philippe Collin est le premier agriculteur haut-marnais a installé un méthaniseur sur son exploitation, s’était en 2010 à Colombey-les-Choiseuil. Aujourd’hui, le méthaniseur en co-génération de 360 kW électrique est alimenté par 50 % d’effluents d’élevages. « On utilisait beaucoup de cultures, mais il faut que ce soit cohérent avec le système d’exploitation » explique l’éleveur. La chaleur est valorisée, entre autres, grâce à un séchoir.

 

Philippe s’intéresse à la possibilité d’utiliser le biométhane comme carburant. Doté d’un véhicule roulant au GNV (Gaz Naturel Véhicule), il a installé une station de bioGNV sur son exploitation. Il espère que d’autres apparaîtront dans le département, ainsi les collectivités, voire les entreprises privées, pourraient s’approvisionner chez les agriculteurs équipés. Il a exposé sa vision des choses à Bérangère Abba et à des élus de communes voisines, ces derniers étant intéressés pour alimenter des bus scolaires. On pourrait imaginer que les fromageries, gros consommateurs de carburant, puissent se doter de camions roulant avec ce carburant renouvelable. D’autres professionnels pourraient l’utiliser : artisans, commerçants, aides à domicile, taxis...

 

Le bioGNV est beaucoup moins polluant : -70 % de dioxyde d’azote par rapport au diesel, sans aucunes particules fines. Ce carburant est également économique. Pour 10 Ä, on peut faire 130 km avec de l’essence, 172 km avec du diesel et 198 km avec du bioGNV. Actuellement, le tarif d’achat du GNV n’est que de 1,26 Ä/kg TTC, c’est-à-dire qu’une fois la TVA déduite, les entreprises ne paieraient que 1,06Ä/kg. « On garantit le coût du carburant sur la durée d’utilisation du véhicule » explique Philippe Collin qui est persuadé que la réussite d’un tel projet passera par un maillage étroit du territoire. En effet, il faut une réelle proximité entre les consommateurs et les stations pour que l’opération soit rentable. La possibilité d’avoir du biogaz porté est également à l’étude : le client pourrait alors emporter l’équivalent de 15 pleins pour alimenter une micro-station.

Philippe Collin a le projet d’installer deux micro-stations de bioGNV pour fin 2018.
Philippe Collin a le projet d’installer deux micro-stations de bioGNV pour fin 2018. - © T MORILLON

Cap vers la transition énergétique

Une soixantaine de personnes s’est réunie au Syndicat départemental d’Energie et des Déchets (SDED 52) à Chaumont, afin de débattre de l’orientation du PPE. Cette programmation va déterminer la politique énergétique de la « croissance verte » en France. Elle doit exprimer les priorités d’action des pouvoirs publics pour la gestion de l’ensemble des formes d’énergies pour les années à venir. L’actuelle révision de la PPE couvrira les périodes 2018-2023 et 2024-2028.

 

Thierry Daniel, délégué territorial Nord Est GRT gaz, indique que les émissions de CO2 en France étaient de 400 millions de tonnes par an en 1990 et qu’elles ne seront plus que de 240 MT en 2 030. Du côté de GRDF, le chef de projet régional biométhane Denis Mecrin affirme que la France comptera 30 % de gaz renouvelable en 2 030. D’après Olivier Flahaut, du pôle transition énergétique de l’ADEME Grand Est, la consommation énergétique de la France se réduira de 29 % entre 2 010 et 2 035.

 

Pour Elise Bertin, déléguée RTE Est, tout sera une question de gestion d’équilibre entre la production et la consommation énergétique. Elle prévoit un fort développement de l’auto-consommation dans les prochaines années. Jacques Dubruque, directeur territorial Enedis, veut « accompagner le développement des énergies renouvelables en zone rurale et étudier de nouveaux modèles de distribution adaptés au monde rural ».

 

Notre région a la première place nationale au niveau de la production de gaz d’origine agricole ainsi qu’en puissance éolienne. Françoise Souliman, préfet de Haute-Marne souligne que 10 % de la production régionale en éolien provient du département. Maurice Dartier, vice-président du SDED 52 a affirmé qu’avec le développement de nouvelles zones de production sur le territoire, il faudra renforcer les 6 000 km de réseau d’électricité en Haute-Marne.

 

Didier Petit, conseiller à la Chambre d’agriculture de Haute-Marne rappelle que la méthanisation améliore les pratiques environnementales : baisse de l’IFT, fertilisation maîtrisée, baisse du bilan carbone…

 

Des ateliers pour débattre

Elus, agriculteurs, acteurs de l’énergie et associations ont ensuite réfléchi aux freins et aux opportunités liés au développement des énergies renouvelables dans les exploitations agricoles. Les participants ont débattu autour du bois-énergie, de la méthanisation, de l’éolien et du solaire.

 

Le bois-énergie constitue une ressource forestière importante en Haute-Marne, et donc des emplois non-délocalisables. C’est également une énergie peu coûteuse qui a un bilan carbone neutre. Mais cette filière souffre d’un manque de volonté politique et elle offre peu de plus-value. De plus, la compétitivité du bois est variable et les investissements financiers sont lourds.

 

La méthanisation a l’avantage d’améliorer les systèmes d’exploitation, c’est également une valeur ajoutée ancrée dans le territoire. Enfin, la production reste constante et constitue une durabilité économique. Cependant la filière a besoin de stabilité et il n’y a pas de vision réglementaire. Elle est soumise aux aléas climatiques, à l’accès au réseau de gaz et a un lourd coût d’installation.

 

L’éolien est une énergie propre (aucune émission), inépuisable et compétitive. De plus, il est possible de démonter complètement une éolienne et de la recycler à 95 %. Mais l’exploitant n’est pas l’unique décideur, une part de la fiscalité revient aux communes et la filière manque de coordination entre les différents acteurs.

 

Le solaire à l’avantage d’avoir un faible impact écologique. Il y a beaucoup de surfaces disponibles et très peu de main-d’œuvre est nécessaire. La rentabilité est rapide si l’investissement est faible. En revanche, la production énergétique est irrégulière, la durée de vie des installations reste inconnue et les tarifs sont versatiles.

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