L'Avenir Agricole et Rural 28 juillet 2004 à 00h00 | Par Frédéric Thévenin d´après une présentation de Philippe Gillet (ADCL)

Elevage laitier - Lait d´hiver, lait d´été ? Faites votre choix !

Régulièrement le débat s´installe : vaut-il mieux produire du lait en été ou en hiver ? Pour quel prix et à quel coût ? Philippe Gillet, technicien à l´ADCL, apporte les premières réponses…

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Pour livrer du lait à une autre saison que celle choisie depuis des années… Rien de plus simple ! Il suffit de changer la date de vêlage des vaches laitières en commençant par les primipares (la désaisonnalisation). Par contre, les problèmes viendront de l´alimentation et du suivi du troupeau. L´organisation du travail et de l´exploitation est totalement différente. Est-ce que les exploitations peuvent s´y adapter et changer leur système ?
De leur côté, les laiteries le souhaitent fortement. Elles commencent toutes à revoir leur grille de prix pour favoriser le lait d´été et améliorer la répartition de la collecte sur toute l´année. Alors, entre les besoins des laiteries et la réalité des exploitations, vers quoi se dirige-t-on ?
Première donnée : depuis plus de 20 ans, les livraisons de lait en Haute-Marne connaissent la même tendance avec un pic en mai et un creux en septembre et, selon l´immuable loi de l´offre et de la demande, les prix suivent cette tendance avec un sommet de septembre à janvier et un creux au printemps. Cette tendance qui date de 20 ans est valable en 2002, en 2003, en 2004…
Côté régularité des livraisons sur toute l´année, tant souhaitée par les laiteries, elle ne s´améliore pas. Au contraire ! Par exemple, les livraisons de 2002 sont moins régulières que celles de 1993 avec un creux encore plus prononcé sur les trois mois d´été.
La seule solution pour les laiteries serait de revaloriser le lait de printemps et d´été en le payant mieux. Jusqu´en 2002, elle n´était pas flagrante mais depuis, les laiteries en parlent de plus en plus… Cette grille incitative ne l´est sans doute pas encore assez pour que les éleveurs changent leur système.
Pas simple à gérer
Face à un manque de lait d´été, à un surplus de lait au printemps et une répartition annuelle trop inégale, les éleveurs qui souhaitent suivre les désirs des laiteries ont trois solutions :
- reculer les vêlages de deux mois pour améliorer les livraisons d´été mais aussi (hélas) augmenter les livraisons de printemps
- avancer les vêlages pour diminuer le pic de mai et augmenter les livraisons de fin d´été
- produire beaucoup en juillet et peu en juin… Cette solution est très difficile et quasiment ingérable sachant que le pic de lait d´une vache est de 2 à 3 mois après le vêlage.
De manière générale, le déplacement des vêlages contribue au rééquilibrage de la collecte mais plus les vêlages seront étalés, plus il faudra les avancer et s´ils sont trop étalés, l´éleveur va "tourner en rond". Pas simple !
Pour modifier la répartition des vêlages, l´éleveur peut envisager quatre scénarios : le recul sur fin d´hiver-printemps à partir de vêlages d´automne, l´étalement à partir de vêlages d´automne, le regroupement sur l´automne à partir de vêlages été et surtout, le plus cohérent dans les systèmes maïs haut-marnais, l´avancée à la fin juin des vêlages d´automne.

Des vêlages d´été pour améliorer la répartition de la collecte

Pour obtenir des vêlages d´été, il suffit de décaler le troupeau des vaches laitières (saillies) de deux mois. Ce décalage peut se faire surtout à partir des génisses (plus simple). Du coup, les vêlages se décalent de deux mois et le pic a lieu en août au lieu d´octobre. Immédiatement, les livraisons de lait se décalent d´autant avec un creux de livraison qui passe d´août/septembre à juin/juillet.
Les conséquences zootechniques qui découlent de la modification de la période de vêlage sont nombreuses. En terme de production laitière, les vêlages d´avril à août entraînent une baisse moyenne de 600 kg par vache par rapport à des vêlages d´octobre et de 200 kg par rapport à des vêlages de septembre. La seule solution pour contrecarrer cette perte remarquée avec les vêlages de printemps est une maîtrise parfaite de l´alimentation. Les effets sont ramenés à - 100 kg par vache.
Sur les taux, les conséquences sont une perte moyenne de 0,5 point de TB et TP. Ces données varient selon les conditions d´élevage et de suivi et sont très variables.

Les éleveurs et leurs pouvoirs d´adaptation

La modification de la période de vêlage d´octobre à juillet/août entraîne les plus forts changements au niveau du système et de la conduite de l´élevage. Le système fourrager doit être totalement revu avec l´apport de maïs dès la mi-juillet, complémenté par du foin ou de l´enrubanné puis de l´ensilage herbe et du foin dès octobre. Dans ce cas de vêlage avancé, la phase de pâturage est réduite à avril, mai et juin.
Du coup, les vêlages d´été ont une incidence notable sur la gestion des stocks. Il faut penser aux silos de report (adaptés et suffisants). Il faut maîtriser les fronts d´attaque des silos (échauffement). Il faut savoir utiliser les pâtures des vaches laitières qui sont taries au printemps et il faut modifier la chaîne de récolte (ensilage herbe, enrubannage) en limitant les charges de structure.
En terme de conduite d´élevage, l´éleveur devra veiller à ce qu´il n´y ait pas de ruptures de stocks. Il devra également gérer de nombreuses complications comme des problèmes sanitaires (cellules, mouches…), comme le suivi des génisses qu´il faut rentrer très tôt pour les saillies et comme des problèmes de reproduction (plus de non délivrance). Seul avantage : les pertes des veaux d´été sont moins nombreuses (moins de diarrhées).
Au chapitre des inconvénients, l´éleveur va devoir gérer un problème spécifique de l´été : la chaleur. A 30º et avec une humidité à 50 %, une vache ne produit que 75 % de son potentiel par rapport à des conditions normales (20º et 50 % d´humidité). A 30º et 60 % d´humidité, elle ne produit que 62 % de son potentiel.

Impact économique de 1 à 2 % de l´EBE.

L´intérêt immédiat du décalage de deux mois de la période des vêlages est une amélioration du prix du lait. Il est de 2 à 6 % selon la grille et les primes. Mais, les charges augmentent également avec plus de vaches durant la période de transition entre les vêlages d´automne et d´été, plus de fourrages conservés (500/700 kg de matière sèche de maïs) et plus de concentrés (5 à 10 %).
Par conséquent, l´incidence sur l´EBE est plutôt faible avec + 1 à 2 % selon les simulations réalisées. Mais alors qui peut le faire, qui a intérêt à produire du lait d´été ? Les éleveurs devront s´interroger sur leurs motivations, le contexte de leur exploitation, les disponibilités en bâtiment et en équipements et les possibilités d´évolution du système fourrager.
Le travail reste un élément essentiel du choix, en fonction de la main d´oeuvre disponible, le travail d´astreinte et ses surcharges, la cohérence avec les autres ateliers, la vie de famille et la possibilité de congés. Dans ce contexte, les formules sociétaires paraissent les mieux adaptées (MO, spécialisation et qualification, mécanisation efficace, infrastructure existante, remplacement possible, système conserve toute l´année et présence d´ateliers complémentaires).
En définitive, le choix d´un calendrier de vêlage dépend plus des contraintes propres à chaque exploitation que de la grille de prix. Pour changer cette situation et véritablement inciter les éleveurs, les laiteries vont encore devoir améliorer leur prix d´été et faire des efforts.
Le déplacement des vêlages doit être étudié au cas par cas et une phase d´auto-diagnostic est un préalable souvent nécessaire (contacter l´ADCL pour cette étude).

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