L'Avenir Agricole et Rural 31 mars 2011 à 10h35 | Par E. DAUPHIN

ELEVAGE - La reproduction, gisement d'efficacité

une réunion conjointe animée par Philippe Caussin, chargé du contrôle de croissance à la Chambre d'Agriculture et Julien Homand, spécialisé en reproduction au contrôle laitier ont permis d'aborder les facteurs impactant la reproduction, aussi bien en troupeau allaitant qu'en troupeau laitier.

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Des marges de progrès identifiées


Le constat est sans appel ; d'après l’ADCL, depuis 13 ans, la fécondité se dégrade de 1,8 jour de VIF/an et le délai moyen de mise à la reproduction a augmenté de 16 jours, passant de 77 jours en 1997 à 93 jours en 2010. Cette tendance est-elle irréversible ? Si le prix de vente des produits de l'élevage est souvent désigné comme le facteur responsable de la moindre rentabilité de l'activité d'élevage, il existe des marges de progrès sur lesquelles peut agir l'éleveur en matière de reproduction. Celles-ci ont été quantifiées à travers deux études. L'une a été menée par le contrôle laitier à partir des données collectées auprès des adhérents. L'autre porte sur l'année 2010 et concerne le troupeau allaitant. Elle est issue des bases de données des EDE de la région (sauf Aube) et a été adressée individuellement à chaque éleveur.


Taux de productivité au sevrage


En allaitant, le rapport fécondité/mortalité est déterminant, il peut générer un manque à gagner allant jusqu'à 155 €/VA. Le taux de mortalité total (de 0 à 200 jours) en Champagne Ardenne est compris entre 3 et 5 %, soit inférieur à l'objectif de 7 %. A un niveau individuel, les taux de mortalité au-delà de cette valeur sont convertis en veaux qui auraient pu être commercialisés, ce qui détermine les marges de progrès.Le taux de productivité numérique au sevrage est une autre façon de quantifier l'impact d'une bonne gestion de la reproduction. D'après les estimations de Philippe Caussin, pour un troupeau moyen de 60 VA, un écart de 10 % de taux de productivité au sevrage (90 % à la place de 80 %) génère à l'arrivée un écart de produit/UGB de 35 euros.

L'index génétique


Les index traduisent les écarts qu'on peut attendre en fonction du choix du taureau en matière de facilité de vêlage, d'aptitudes bouchères et de qualités maternelles. L'institut de l'élevage a mis au point des tables de correspondance évaluant le progrès permis par l'utilisation d'un taureau d'index donné par rapport à celle d'un taureau d'index moyen. En allaitant, un taureau favorablement indexé en VF, soit atteignant 115, permet d'améliorer de 6 % la fréquence de vêlage facile (à utiliser préférentiellement sur génisse), de limiter les frais vétérinaires et les pertes à la naissance. De même, un index VB de 110 permet d'obtenir en moyenne 9 kg de carcasse supplémentaire.En production laitière, les choix génétiques en matière d'indexation ne prennent en compte l'antagonisme productivité laitière/fertilité que depuis cinq ans. Cette dégradation semble s'être stabilisée grâce à l'apparition de l'index fertilité, d'autant que l'effet est cumulatif : d'après les estimations de Julien Homand, augmenter d'un point son index fertilité permet d'atteindre un taux de réussite de 60 % en première IA au bout de trois générations. A contrario, avec un index fertilité inférieur d'un point, le taux de réussite en première IA au bout de trois générations n'est que de 40 %, soit au total un écart de 21 points de fertilité.


Maîtriser le délai de mise à la reproduction


En allaitant, le repérage des chaleurs permet de réduire l'intervalle vêlage-vêlage afin d'approcher l'objectif d'un veau par vache et par an. L'étude menée en Champagne Ardenne montre qu'il varie selon les races, de 387 jours en limousine à 392 jours en charolaise.L'improductivité est évaluée à partir du nombre de jours supérieurs à 365, soit pour un troupeau moyen de 60 VA charolaise :(392-365) x 60 VA = 1 620 jours d'improductivitéConsidérant qu'une vache coûte un euro par jour à entretenir, la marge de progrès est de 1 620 euros.En troupeau laitier, il est constaté que la durée de tarissement a également un impact sur la fertilité. Au-delà de 70 jours de tarissement, le taux de réussite en IA1 se dégrade de trois points et le pourcentage de vêlages difficiles passe de 6,6 à 9 %

S'améliorer la reproduction


Respecter les cycles


Une bonne détection des chaleurs résulte de la surveillance de l'éleveur. Les premières chaleurs ont lieu idéalement 50 jours après vêlage et la mise à la saillie est faite dans les six semaines en allaitant. Chaque vache a son propre agenda, explique Julien Homand, d'où l'importance de noter les chaleurs et d'inséminer sur des cycles normaux (19 à 25 jours).Les facteurs environnementaux ont un impact non négligeable sur la fertilité des bovins. Philippe Caussin révèle que les conditions de logement influencent la cyclicité des génisses : en race charolaise, 52 % des génisses bénéficiant d'un parcours étaient cyclées contre 28 % seulement en étable entravée. Avec l'intensification des élevages, l'espace par vache diminue, freinant de fait l'expression des chaleurs et leur détection. L'absence de luminosité, l'éclairage artificiel, les sols glissants sont autant de facteurs limitant.A prendre en compte, l'anoestrus saisonnier en fin d'hiver, cause importante et courante de retard dans la fécondation. C'est un syndrome caractérisé par l'absence du comportement normal de l'oestrus. Il est dû à une déficience de fonction hypophysaire, à un mauvais fonctionnement de l'ovaire ou de l'utérus.


Gestion de l'alimentation


Ration acidogène, carence en minéraux, vitamines et oligo-éléments... L'alimentation peut entraîner des problèmes de fécondité.Que ce soit en allaitant ou en troupeau laitier, la note d'état corporel (NEC) idéale est comprise entre 2,5 et 3,5. La période de mise à la reproduction doit correspondre à une phase de gain de poids maîtrisée. Ainsi, en race charolaise, le taux de gestation global est de 91 % pour des vaches avec une NEC de 1,5 à l'entrée de l'hiver associée à un haut niveau de ration alimentaire, contre 85 % pour un troupeau avec un NEC de 3 dans les mêmes conditions.En vaches laitières, les troupeaux les plus maigres ont d'avantage de difficulté à féconder. La perte d'état est évaluée à travers l'écart de TP. Dans le cas d'un écart de TP négatif (vache maigre), l'IV-IA1 est de 102 jours contre 86 jours dans le cadre d'écarts de TP positifs, la réussite en IA1 est de 43 % seulement contre 52 % et l'IV-IAF est supérieur de 26 jours.En revanche, il n'est pas nécessaire d'être « généreux » sur le coût de ration pour améliorer les résultats en matière de fécondité. En effet, un écart de concentré atteignant 17 euros/1 000 litres ne se traduit pas par des écarts significatifs, ni en terme de réussite en IA1, ni en IV-IAF, ce constat conforte le technicien dans ses préconisations d'achat de matières premières plutôt que d'aliments élaborés.


Le vêlage


Étape cruciale, une bonne maîtrise des conditions de vêlage permet de réduire le taux de mortalité précoce. Paradoxalement, Julien Homand, préconise d'intervenir le moins possible. Le technicien établit une corrélation entre la fréquence d'intervention au vêlage et la dégradation de la fertilité. Ainsi, on passe de 50 % à 44 % de RIA1 entre un élevage où l'on intervient le moins possible et un élevage où l'on intervient systématiquement au vêlage. Plus significative encore, la part de vêlages difficiles bondit de 3 à 20 % en fonction du niveau d'intervention.Cette préconisation n'exclut pas cependant la surveillance de la vache gestante. Les signes précurseurs sont bien connus : le relâchement des ligaments sacro-sciatiques, le développement de la mamelle, la tuméfaction de la vulve, la chute de température rectale au cours des dernières 36 heures et l'ouverture du col de l'utérus huit heures avant vêlage.De nouveaux dispositifs technologiques existent pour faciliter la surveillance des vaches gestantes. Philippe Barbier, du GAEC de Séville témoigne sur l'utilisation du vêlephone. Il reçoit un SMS lorsque la vache chute en température, ce qui lui évite de se relever dans la nuit inutilement. Il met en garde cependant contre les risques de métrites. L'hygiène des mains, du local de vêlage et du matériel est en effet un facteur essentiel lors du vêlage, souligne Julien Homand.Post-vêlage, il faut faire relever la vache si elle était couchée, vérifier si il n'y a pas de jumeaux, d'hémorragie, que la délivrance soit expulsée dans les 12 heures et s'assurer de l'absence de mammites. Concernant le veau, il faut lui faire boire le colostrum dès les deux premières heures, quand la paroi intestinale permet le passage des anticorps, puis s'assurer qu'il tète normalement.

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